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Bolivie/Europe. Regards sur les gauches

Alvaro Garcia Linera

jeudi 2 avril 2015

Álvaro García Linera est vice-président de la Bolivie depuis 2005. Il est aussi sociologue. À ce titre, il est un des penseurs les plus féconds des réalités actuelles en Amérique latine. Fait marquant, la plupart de ces pays sont aujourd’hui en situation de rupture avec les politiques néolibérales et la domination des États-Unis.
Ses réflexions s’ancrent au coeur même des expériences que vit aujourd’hui son pays, au croisement d’un projet émancipateur et de la mise en valeur des formes communautaires traditionnelles d’un pays où les populations indiennes originaires sont majoritaires, tout en ayant toujours été dominées jusqu’ici.
Pour Álvaro García Linera, les gauches européennes portent trop le deuil des défaites passées, alors qu’il y a besoin de gauches sans complexe face à l’avenir. Il confronte sa vision avec celles de chercheurs et d’hommes politiques européens et trace des pistes pour repenser, au-delà du cas bolivien, l’imaginaire d’une gauche de combat.
On Pourra lire également les interventions de : Obey Ament, Etienne Balibar, Isabelle Garo, Razmig Keucheyan, Pierre Laurent, Michaël Löwy et André Tosel.

Préface

Le vice-président de l’État plurinational de la Bolivie, Álvaro García Linera, a donné le 8 avril 2014 au siège du Parti communiste français dont il était l’invité, une conférence sur le thème «  La gauche européenne et la transformation sociale  : où en est-on à partir d’un point de vue marxiste  ?  ». Son intervention a été suivie de plusieurs contributions d’intellectuels et de chercheurs français  : Étienne Balibar, Razmig Keucheyan, Michael Löwy et André Tosel, ainsi que de quelques réflexions de Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti communiste et président du Parti de la gauche européenne (PGE). La soirée a été préparée en coopération avec Jean-Paul Guévara, ambassadeur de Bolivie en France, et animée par Patrice Cohen-Seat et Élisabeth Gauthier, président et directrice de l’Association Espaces Marx qui édite ce livre.

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Isabelle Garo nous a envoyé plus tard ses réactions à la conférence d’Álvaro García Linera. Obey Ament, spécialiste de l’Amérique latine et du mouvement altermondialiste, a répondu à quelques questions. Ce sont ces interventions et contributions, complétées par quelques autres textes, qui constituent la matière de ce livre qui se veut illustration de la façon dont les questions de la gauche et plus généralement celles de la transformation sociale et de la révolution se posent aujourd’hui dans le monde.
Regards divers, par conséquent, mais aussi regards croisés à partir d’expériences et d’histoires individuelles et collectives très différentes. Si les lecteurs européens sont relativement familiers avec les analyses faites en Europe et plus particulièrement en France à propos des révolutions d’Amérique du Sud, ils savent moins que des intellectuels, militants et dirigeants politiques latino-américains, de José Carlos Mariátegui il y a près d’un siècle à Álvaro García Linera aujourd’hui, ont élaboré une pensée originale, profondément ancrée dans la réalité de pays souvent pauvres, au développement très inégal et où la question du colonialisme aux dépens des populations indigènes originaires continue à marquer profondément les structures sociales et, par conséquent, à déterminer des formes originales du combat pour l’émancipation. Un des marqueurs essentiels de cette pensée a toujours été que la voie latino-américaine vers le socialisme et le communisme sera un cheminement original et non pas la reprise d’un modèle venu d’ailleurs.

L’expérience vécue par les gauches en Amérique latine depuis trois décennies a été mouvementée. Dans les années 1970 en effet, tous les pays d’Amérique du Sud, à l’exception de la Colombie et du Venezuela, étaient placés sous la coupe de dictatures militaires. En Amérique centrale, ce sont les guerres civiles qui ravageaient les pays, les États-Unis soutenant, dans le cadre de la guerre froide, des régimes autoritaires et/ou corrompus, au service des oligarchies, contre des mouvements populaires de libération nationale. Seul le Mexique faisait exception, la stabilité du pays reposant toutefois sur un parti unique qui ne laissait guère de place à une opposition démocratique.
Cette situation a changé très rapidement  : en une dizaine d’années, les régimes militaires ont disparu en Amérique du Sud, y compris en Argentine et au Chili où les militaires avaient pratiqué à grande échelle la violence d’État et une répression forte et systématique à l’égard de tout mouvement d’opposition à la dictature.

Mais la fin des dictatures n’a pas signifié l’avènement de la démocratie. Les années 1980-1990 ont été, dans la plupart de ces pays, celles des politiques libérales directement inspirées, à l’exemple du Chili, par les économistes de l’École de Chicago sous la houlette de Milton Friedmann et de ses collègues. Ces programmes basés sur la libéralisation et la privatisation de tous les secteurs d’activité, la réduction de la sphère de l’État dans la société, l’ouverture des économies aux entreprises multinationales ont abouti, partout où ils ont été mis en œuvre, à l’explosion de la pauvreté, des inégalités sociales, de la corruption des systèmes et des personnels politiques et à l’exclusion de pans entiers de la population de la citoyenneté (les communautés indigènes en particulier). Mais, contrairement à ce qu’on peut observer en Europe, par exemple, la résistance populaire et les processus électoraux ont permis de mettre en cause ces modèles économiques néolibéraux et l’influence américaine, de façon relativement modérée comme au Brésil ou en Argentine, de façon plus radicale, notamment au Venezuela ou en Bolivie.

La place des mouvements sociaux

Emblématique des particularités de l’Amérique latine, on trouve la grande place des mouvements sociaux dans les luttes sociales mais aussi dans le combat politique proprement dit. Et, seconde originalité, la place du mouvement indigène au sein de ces mouvements sociaux, plus particulièrement en Bolivie, où la population indigène originaire est majoritaire, au sein de la paysannerie notamment.
Dans un article publié sur le site de Mémoire des luttes (1), Christophe Ventura a traité cette question de façon très documentée. Pour lui, «  pour expliquer l’émergence et l’affirmation des gouvernements progressistes (2) en Amérique latine depuis la première élection de Hugo Chávez à la présidence du Venezuela en 1998, il faut prendre la mesure du rôle joué par les mouvements sociaux dans cette région au cours des vingt dernières années.  »
Ces mouvements ont des histoires, des bases sociales et revendicatives et des ancrages dans les territoires ruraux ou urbains très différents. Ils sont néanmoins capables de mobiliser collectivement autour d’objectifs communs, notamment lorsqu’un projet politique gouvernemental, supranational ou économique (la stratégie d’une multinationale prédatrice par exemple, comme on le verra avec la «  guerre de l’eau  » de Cochabamba) menace les secteurs qu’ils représentent.
Pour Christophe Ventura, «  il est possible d’identifier quelques familles structurantes au sein de cette nébuleuse d’organisations locales, régionales ou nationales dont l’histoire commune s’est forgée dans les résistances aux oligarchies et aux politiques néolibérales depuis une trentaine d’années  :
– les mouvements indigènes (très actifs en particulier dans les pays andins)  ;
– les mouvements et syndicats paysans (présents sur l’ensemble du sous-continent et dont le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil – le MST – est le plus emblématique et le plus puissant)  ;
– les mouvements de femmes  ;
– les syndicats ouvriers et de la Fonction publique  ;
– les mouvements de jeunes et d’étudiants  ;
– les associations environnementales.  » (3)
Ces mouvements ont contribué de plusieurs manières à ce que l’Amérique latine soit aujourd’hui la seule région du monde où les gouvernements sont majoritairement de centre gauche et de gauche. Ces catégories – centre gauche, gauche – demanderaient certainement à être précisées. Elles ne sont de toute manière pas transposables telles quelles en Europe. Mais en Amérique latine, et du fait de son histoire propre des dernières décennies résumée très sommairement plus haut, fragiliser le pouvoir séculaire des oligarchies, rompre avec le néolibéralisme «  dur  » des années 1980-1990, sont des paradigmes qui font sens. Cette forme unique d’hégémonie de gauche dure depuis plus de dix ans et s’est renouvelée élection après élection, malgré la violence des campagnes de la droite, en général soutenue ouvertement par les États-Unis, comme au Venezuela ou en Équateur. Et quand il y a été mis fin comme au Paraguay en 2012, il a fallu ce que Cristina Kirchner a appelé un «  coup d’État  ». Signe des temps, ce «  coup d’État  » (le président élu a été démis de ses fonctions par le Sénat, au mépris de la législation en vigueur et au profit du vice-président) a valu au Paraguay d’être exclu du Mercosur, Marché commun du Sud (4) , de l’Union des nations sud-américaines (Unasur (5) ) et de la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (Celac) (6) .

Les modes d’intervention des mouvements sociaux

On peut en distinguer deux, auxquels les mouvements peuvent recourir à tour de rôle ou simultanément  :
– de fortes mobilisations, quasi insurrectionnelles comme en Argentine, en Bolivie ou en Équateur au début des années 2000, contre les régimes politiques et les oligarchies dominantes, parfois aussi contre les partis politiques qui en sont l’instrument  ;
– la formulation de revendications et de propositions pouvant inspirer ou définir les programmes des candidats progressistes, à qui les mouvements peuvent aussi fournir des bases sociales organisées lors des campagnes électorales.
L’histoire de ces mouvements est déjà longue de deux décennies. Christophe Ventura la résume ainsi  :
«  C’est à la faveur des commémorations officielles du “Cinquième centenaire de la rencontre de deux mondes” en 1992 que les mouvements sociaux deviennent plus visibles. En effet, ces festivités officielles promues par les gouvernements d’Amérique latine et d’Europe ont été contestées par une campagne continentale qu’ils ont organisée. Elle visait à célébrer, partout sur le continent et en même temps, “Cinq cents ans de résistance indigène, noire et populaire”. Initiée par les organisations paysannes et indigènes andines, ainsi que le Mouvement des sans terre (MST) brésilien, la campagne a permis de créer, dans chaque pays et au niveau régional, des coordinations durables associant Indigènes, Noirs, paysans, femmes, mouvements de jeunes, syndicats, etc. Et ce, dans le contexte de l’offensive généralisée du néolibéralisme.
Dès 1994, de nouvelles dynamiques se sont développées à partir des acquis des mobilisations de 1992. Parmi celles-ci, on peut signaler l’apparition du “Grito de los excluidos” (le “Cri des exclus, pour le travail, la justice et la vie”). Cette initiative a donné naissance à l’une des premières coordinations continentales de “réseaux de mouvements et d’organisations populaires présents dans divers pays d’Amérique latine et de la Caraïbe”. Cette même année naît au Mexique le mouvement insurrectionnel zapatiste. Ce dernier a pris pour cible l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, entré en vigueur cette année-là (7).
Au même moment, la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC) a été fondée par 84 organisations issues de 18 pays et s’est liée au réseau international Via Campesina. On assiste enfin à d’imposantes marches des cocaleros (producteurs de feuille de coca) en Bolivie, des Indigènes en Équateur, des paysans au Brésil, au Paraguay, au Guatemala pour la réforme agraire, etc.  » (8) .
Cette activité redouble à la fin des années 1990, avec le projet Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) – ALCA en espagnol – impulsé par les États-Unis. S’inspirant de l’Alena, ceux-ci veulent en étendre la logique à l’ensemble des pays du continent. Un calendrier de discussion entre les 34 pays concernés a même été arrêté. Comme les autres accords de ce type, l’ALCA encourage les privatisations, les libéralisations, la réduction du rôle de l’État dans l’activité économique, l’exploitation des ressources naturelles par le secteur privé des pays économiquement dominants, etc. Il a immédiatement suscité un fort rejet de la part des syndicats et des mouvements sociaux du continent. En avril 1997 est ainsi créée l’Alliance sociale continentale (ASC) à Belo Horizonte (Brésil). Cette coordination va regrouper les mouvements sociaux de 35 pays des Amériques et de la Caraïbe pour lutter contre le projet de l’ALCA. Entre 1998 et 2005, l’ASC organise trois «  Sommets des peuples des Amériques  », pour faire contrepoids aux Sommets des Amériques des chefs d’État et de gouvernement. Chacun d’entre eux permet de mobiliser les mouvements sociaux, ONG, syndicats de tout le continent, et d’élaborer, dans le cadre de l’adoption de «  Déclarations  », des propositions, des revendications et un agenda commun de mobilisations contre les politiques menées par les gouvernements latino-américains et les projets hégémoniques des États-Unis.
La combinaison de trois facteurs va permettre de faire capoter les négociations  :
– Au début des années 2000, plusieurs victoires sociales et/ou politiques déterminantes sont obtenues par les opposants à l’accord dans plusieurs pays  : élection de Hugo Chávez au Venezuela (1998)  ; guerres de l’eau (2000) et du gaz (2003) en Bolivie suivies de l’élection de Evo Morales à la présidence du pays en 2005  ; élection de Lula au Brésil (2002-2006)  ; crise de la dette en Argentine (2001) débouchant sur l’élection de Néstor Kirchner en 2003.
– À peu près au même moment (2001), le Forum social mondial et ses diverses déclinaisons continentales, nationales et locales se mettent en place, offrant un cadre très favorable à la coordination des luttes sociales et politiques, partout dans le monde mais plus particulièrement en Amérique latine.
– Enfin, les premiers gouvernements progressistes issus de ces mobilisations populaires apparaissent en Argentine, en Bolivie, au Brésil et au Venezuela.
L’articulation entre mouvements sociaux et partis de gauche
Cette forte activité des mouvements sociaux, alors que les partis politiques traditionnels s’étaient discrédités, d’abord par leur attitude sous les dictatures et ensuite leur alignement idéologique sur le néolibéralisme, peut, on le verra dans la suite de ce livre, fortement atténuer, voire gommer la ligne de démarcation entre partis politiques de gauche et mouvements sociaux. Ce qui, en retour, contraint à des pratiques politiques et à des formes démocratiques tout à fait inédites. «  Dans certains cas, les mouvements sociaux ont impulsé la formation de partis ou y ont largement contribué  : en Bolivie avec le Movimiento al socialismo (MAS), en Équateur où la création de la coalition Alianza PAIS a bénéficié d’un fort appui de mouvements indigènes engagés contre les gouvernements antérieurs, au Brésil où ils ont participé à la fondation du Parti des travailleurs (PT)  » (9).
Cette articulation nouvelle entre partis et mouvements permet de faire des revendications des mouvements des éléments clés des politiques menées dans le cadre des régimes progressistes  : rejet du néolibéralisme  ; refondation de la souveraineté populaire et nationale à travers l’élection d’assemblées constituantes et/ou développement de formes de démocratie participative ou d’implication populaire (des «  révolutions citoyennes  » en Équateur)  ; reconnaissance, dans ce cadre, des droits des peuples indigènes  ; récupération des ressources naturelles et énergétiques (avec parfois des nationalisations)  ; mise en place de programmes sociaux d’envergure dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la lutte contre la pauvreté  ; émancipation des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, etc.) et des États-Unis (10)   ; développement de nouvelles formes d’intégration régionale inédites (Unasur et Celac, déjà citées et très larges, mais aussi sur une base plus restreinte mais avec un programme plus radical, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des peuples, ALBA-TCP).
S’agit-il d’un pas vers le socialisme  ? Comme le précisera Álvaro García Linera dans sa conférence, les gouvernements progressistes d’Amérique latine n’en sont pas encore là. Pour eux, c’est un processus de transition qui est en cours, sans remise en cause de l’économie de marché et avec intégration de la région sud-américaine dans l’économie globale.
Avec cependant une dimension inconnue jusqu’ici  : avec la victoire électorale, ce sont les relations entre les mouvements, les partis et les États, qui se posent de façon entièrement renouvelée, comme plusieurs des textes qui suivent l’illustrent à partir d’exemples concrets.
Le livre est organisé à partir de la conférence d’Álvaro García Linera, qui aborde au fond et à partir de l’expérience bolivienne les questions qui ont été simplement esquissées dans cette préface. Le vice-président bolivien sait, comme il l’exprime sans détour, que passer à une société post-capitaliste, «  ce n’est plus l’affaire d’un pays aussi petit que la Bolivie, c’est une tâche planétaire  ». D’où son appel aux gauches européennes, en forme d’interpellation sans concession, afin qu’elles sortent de l’état de léthargie dans lequel elles semblent sombrer aujourd’hui pour prendre leur part dans ce combat qui ne pourra être efficace pleinement que lorsqu’il sera élargi à un nombre significatif de pays et de peuples, avant de l’être à tous.

Pour les éditeurs,
Louis Weber


(1) Christophe Ventura, « De la montée en puissance des années 1990 aux nouvelles contradictions des années 2010. Brève histoire contemporaine des mouvements sociaux en Amérique latine ». Sur le site : http://www.medelu.org/Breve-histoire-contemporaine-des.
(2) L’auteur se réfère, ce qui peut se discuter dans tel ou tel cas, à l’Argentine (Néstor puis Cristina Fernández de Kirchner, de 2003 à 2015), la Bolivie (Evo Morales, depuis 2005) ; le Brésil (Luiz Inácio Lula da Silva puis Dilma Rousseff, depuis 2002), El Salvador (Mauricio Funes, depuis 2009), l’Équateur (Rafael Correa depuis 2006), le Nicaragua (Daniel Ortega, depuis 2006), le Paraguay (Fernando Lugo, de 2008 à 2012, quand il fut démis de ses fonctions par le Sénat), le Pérou (Ollanta Humala, depuis 2011), l’Uruguay (Tabaré Vazquez, puis José Mujica, depuis 2005), le Venezuela (Hugo Chávez, puis Nicolás Maduro, depuis 1998).
(3) Christophe Ventura, art.cit.
(4) Le Mercosur a été créé le 26 mars 1991 par le traité d’Asunción. Il est composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay actuellement suspendu, de l’Uruguay, du Venezuela. La Bolivie est en cours d’adhésion et d’autres pays sont membres associés (le Chili, la Colombie, le Pérou ou l’Équateur).
 (5) L’Unasur, autrefois Communauté sud-américaine des Nations, intègre deux unions douanières présentes dans la région : le Marché commun du Sud (Mercosur) et la Communauté andine (CAN, qui regroupe la Bolivie, la Colombie, l’Équateur et le Pérou). L’objectif est de « construire une identité et une citoyenneté sud-américaines et [de] développer un espace régional intégré ». Elle réunit les douze États d’Amérique du Sud. Le traité constitutif a été signé le 23 mai 2008, le siège est à Quito et le Parlement sud-américain devrait être installé à Cochabamba en Bolivie. Il prévoit aussi une Banque du Sud qui devrait être installée à Caracas, au Venezuela. L’Unasur est devenue membre observateur à l’Assemblée générale de l’ONU en 2011.
(6) La Communauté d’États latino-américains et caraïbes (Celac) est un organisme intergouvernemental régional qui regroupe 33 États d’Amérique latine et de la communauté caribéenne (Caricom). Il a été créé le 23 février 2010 à Cancún, Mexique. Sont absents de ce groupe le Canada et les États-Unis, ainsi que les territoires outremers de la France, des Pays-Bas, du Danemark et de l’Angleterre dans les Amériques.
(7) L’Alena est un traité de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, entré en vigueur en janvier 1994. C’est pour ce dernier pays que les effets négatifs ont été les plus évidemment visibles : hausse du chômage, de la pauvreté et des prix de l’alimentation, ruine de l’agriculture et dépendance des importations américaines, industrie devenue une industrie de sous-traitance aux salaires toujours plus bas, etc. Mais les deux autres pays ont connu des effets semblables.
(8) Christophe Ventura, art.cit.
(9) Christophe Ventura, art.cit.
 (10) Pour prendre la mesure de ce mouvement, on pourra se reporter à Janette Habel, « L’“arrière-cour” s’émancipe. Washington a-t-il perdu l’Amérique latine ? », Le Monde diplomatique, décembre 2007. L’auteur cite plusieurs personnalités américaines pour qui « L’Amérique latine est un continent perdu. » (Moises Naim, directeur de la revue Foreign Policy) ou le président de l’Inter-American Dialogue, Peter Hakim, qui formule la même inquiétude sous une forme moins affirmative lorsqu’il se demande : « Washington [est-il] en train de perdre l’Amérique latine ? »

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Sommaire

Préface

Notre tâche commune est de sortir
du néolibéralisme - Álvaro García Linera
– Bibliographie de Álvaro García Linera

De Cochabamba à l’écosocialisme, Michael Löwy
Une crise de la gauche mondiale et son avenir, Étienne Balibar
La crise de la gauche européenne, Razmig Keucheyan
Quelle politique émancipatrice dans une Europe
néolibérale ?, André Tosel
Alternatives politiques et marxisme  : Où en sommes-nous ?, Isabelle Garo
La diversité, une réalité dont il faut faire une richesse, Pierre Laurent
Bolivie  : une société et une économie en transition, Obey Ament
Documents
– A propos du parcours intellectuel et politique d’Álvaro García Linera
– La guerre de l’eau de Cochabamba (1999-2000)
– Une nouvelle constitution pour un « état plurinational »


8 €.
Chèque à l’ordre d’Espaces Marx, 6 avenue Mathurin Moreau, 75167 Paris cedex 19.

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