Accueil > Thématiques > Europe

Une confrontation à l’échelle européenne ?

Tribune dans l’Humanité de Maxime Benatouil

lundi 6 juillet 2015

Par Maxime Benatouil (Transform ! Europe)

La semaine d’action européenne « Avec les Grecs, contre l’austérité » bat son plein. Partout en Europe, des collectifs unitaires ont répondu présent à l’appel du mouvement social grec, organisé des manifestations dans plusieurs capitales les 20 et 21 juin. À Paris, des mouvements sociaux, des syndicats et des partis politiques solidaires de SYRIZA ont voulu dire à Hollande et Valls : Arrêtez de participer à l’étranglement du peuple grec ! Pas en notre nom ! Partout, dans chaque pays, il s’agit de changer les rapports de force. Des initiatives se poursuivront toute au long de cette semaine qui se clôturera le 27 juin par une action symbolique à Athènes, au berceau de la démocratie européenne. Un sondage publié dimanche par JDD montre que l’opinion publique en France s’est retournée, avec maintenant une nette majorité (53%) favorable à un bon compromis pour la Grèce.

La confrontation autour des choix politiques du peuple grec et de son gouvernement constitue un premier moment de cristallisation d’un front social et politique transnational. Cette dynamique européenne prend la forme d’une mosaïque en gestation composée d’intellectuels qui s’engagent publiquement, de syndicalistes et mouvements en phase avec le mouvement social grec, de la gauche radicale, et de responsables politiques issus des Verts et de courants socialistes de gauche. C’est un concert à voix multiples, dans une configuration jusqu’alors inédite. Pour la première fois, un bloc d’une grande pluralité émerge à l’échelle européenne sur la base du soutien à l’exigence grecque d’une autre politique.

Les récentes confrontations entre Athènes et ses créanciers –les institutions européennes et le FMI - ont rendu visible le caractère éminemment politique des « négociations ». Refusant de poursuivre l’austérité néfaste, Alexis Tsipras s’efforce de répondre à la catastrophe humanitaire tout en travaillant à des réformes de fond : reconstruire un système productif anéanti par les années de crise, engager le pays vers un nouveau modèle de développement qui prendrait en compte les besoins sociaux et d’emplois de qualité ainsi que l’impératif de transition écologique.

Les moyens d’aboutir à une solution pour éviter la faillite et relancer l’économie grecque existent. Mais les pompiers pyromanes privilégient l’étranglement de la Grèce à un compromis juste et équilibré : le consensus néolibéral ou le déluge. Pour la première fois, un gouvernement européen lutte avec un mandat populaire clair pour sortir de l’austérité et tente d’imposer d’autres logiques. Face à cela, les forces dominantes veulent à tout prix prouver qu’il n’y a pas d’alternative.

C’est là tout l’enjeu du rapport de force entre le gouvernement Tsipras et les forces dominantes en Europe. Aujourd’hui, la Grèce a besoin de notre soutien. Mais ce n’est pas seulement l’avenir de la Grèce qui se joue en ce moment, c’est celui de l’Europe. Les valeurs de solidarité, de démocratie, l’exigence d’une autre Europe, les mouvements sociaux et la gauche qui lutte pour une alternative, se renforceront-ils dans cette séquence de la confrontation ? Une victoire grecque bénéficierait à ceux qui luttent pour une alternative et, au-delà, à l’ensemble des peuples européens. L’issue de cette confrontation concerne tout un chacun. Si SYRIZA et ses alliés échouaient, nous aurions tous beaucoup à perdre. Si, par contre, notre soutien accompagnait le succès du gouvernement grec, quel encouragement à changer la donne partout, quelle victoire sur le sentiment d’impuissance politique si paralysant !

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0