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Hommage à Elisabeth Gauthier

jeudi 11 février 2016

Mercredi 17 avaient lieu les obsèques de notre amie et camarade Elisabeth Gauthier qui fut pendant près de 20 ans la directrice d’Espaces Marx. Voici le texte que Yann Le Lann, nouveau président de notre association, a lu en notre nom.

"Depuis une semaine, les amis d’Espaces Marx et de Transform !, nous avançons fragiles.
Nous essayons de retrouver une force qui nous a été dérobée.
Les êtres faits d’intelligence, de combat et d’amour, comme Elisabeth, sont si puissants qu’ils peuvent entraîner les hommes et les femmes vers un monde plus juste.
De rencontre en rencontre par la puissance de ta réflexion, par la richesse de l’action en commun, Élisabeth mon alliée, ma camarade, tu as changé le monde.
Où que ton travail soit passé, tu as produis tellement grand. Tu as été tellement juste.
Chaque ami que tu m’as fait rencontrer à Espaces Marx (Hugo, Maxime, Janine...), chaque terrasse de café où nous avons cherché l’alchimie de la révolution, me rappelle ta façon de prendre la vie comme champ de liberté où tu voulais rassembler les hommes et les femmes d’égalité.
Et nous avançons fragiles depuis ce jour, ne comprenant pas pourquoi les femmes puissantes sont si rares alors qu’elles nous sont si précieuses.
Je cherche le travail que tu aurais engagé, les ruptures que tu aurais produites, sans craindre les frontières des Etats, des académies, des partis. Je cherche, sans trouver, les points de passage dont toi seule connais la carte.
Et je me rappelle comment toi seule, à force de lire et d’écrire, trouvais le commun de la politique sur les pentes les plus escarpées, dans des mondes ne parlant pas la même langue. Apprendre la langue des étrangers, marcher au plus dur de la paroi. Tu restes celle qui franchit. La puissance de ton humanité t’a menée si loin.
Dans cette Europe si dure à aimer, où les forces de l’argent ont brouillé les cartes de la démocratie, il nous a fallu un guide de haute montagne, pour trouver un chemin. Tu as été un sextant pour l’autonomie des peuples.
Depuis que je te connais nous avons toujours une publication à faire, un texte de retard. Tu étais de ces intellectuelles qui se doivent toujours une explication pour éviter les dogmes. Tu ne t’es jamais laissée tranquille.
Écrire pour trouver une voie d’émancipation. Écrire pour comprendre. Sans arrêt, tu as élevé ta conscience.
Jusqu’au mois de janvier, tu as écrit pour nous sortir des dogmes. Je me souviens que tu me disais encore qu’il fallait que tu rendes ton manuscrit qui se sédimentait lentement comme les plus beaux ouvrages. Dominique voulait que tu le rendes, toi tu voulais écrire encore, préciser, pousser jusqu’à avoir aiguisé ta réflexion.
Et je pense aujourd’hui au vers de René Char. Je voudrais te dire, avec les mots de ce poète ce que j’ai toujours voulu t’exprimer. Oui Elisabeth :
« tu es pressé d’écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s’il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci »
Qu’allons-nous faire Elisabeth ? Les amis d’Espaces Marx se questionnent avec toutes les personnes que je croise. La réponse est dure. Elle sera lente à produire à nouveau. Mais je suis sûr que nous allons garder au corps une chose précieuse de ton enseignement.
Nous allons garder ton empressement à écrire pour la liberté.
Écrire pour accéder à ce que nous avons de plus beau contre les violences des diviseurs de l’humanité et marchands de temps.
Comme s’il fallait écrire pour rattraper sans arrêt la vie pour l’amener vers les femmes merveilleuses.
Chaque fois que les continents nous sembleront immobiles nous nous rappellerons ta leçon. En enseignante tu nous as appris qu’avec la bonne tectonique nous pouvions soulever les blocs des dominants.
Je pourrais reprendre tout ce que tu as inspiré en nous. Mais aujourd’hui face à toi, je veux me rappeler une chose.
Comme tu nous l’as enseigné Elisabeth, aucune arène n’est suffisamment fermée pour que nous n’ y entrions pour un juste combat.
Rien n’est trop grand pour ceux qui croient dans l’égalité."

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