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Le casse-tête européen

jeudi 10 mars 2016


Au cours de l’année qui vient de s’écouler, les victoires électorales remportées par Syriza, la percée de Podemos en Espagne, la progression de la gauche radicale et la formation d’un gouvernement anti-austérité au Portugal ont montré la capacité de la gauche radicale à construire des majorités électorales autour du refus de l’austérité et d’un projet de changement politique. Mais on a pu voir également les limites du rapport de force actuel au sein des institutions européennes, dans un contexte où l’hégémonie néolibérale n’est pas brisée, où les mouvements sociaux, le militantisme syndical et les partis politiques de la gauche européenne sont encore trop faibles.
Au moment où les pouvoirs en place sont dans une fuite en avant néolibérale, où la critique de la politique de l’Union européenne et des choix des gouvernements libéraux et socio-libéraux prend de l’ampleur, le besoin d’alternative et de rupture ainsi que la nécessité de dépasser le sentiment d’impuissance se font pressants.
Plus que jamais les citoyens s’interrogent : quel projet politique ? Quelle stratégie adopter pour mettre en échec les politiques d’austérité néolibérales et mettre en œuvre des politiques alternatives ? Comment construire les rapports de force nécessaires aujourd’hui face aux forces néolibérales coalisées ? Pour Elisabeth Gauthier, cela ne pourra se faire qu’en refondant la gauche à partir de la diversité des mouvements et de l’ensemble des luttes émancipatrices de notre temps. S’appuyant sur l’analyse de la confrontation entre le gouvernement de Syriza et les institutions européennes, elle montre que refonder l’Europe nécessite une ambition politique répondant concrètement aux besoins réels des Européens dans leur diversité et prenant en compte toutes les questions qui se posent aujourd’hui à nos sociétés.
Partant de son expérience de l’affrontement entre le gouvernement de gauche grec et la troïka, Yánis Varoufákis présente des propositions détaillées pour un programme réalisable immédiatement dans le cadre d’un nouveau réseau européen en construction. Sans réduire les conflits internes au sein de Syriza à un conflit entre une aile «  radicale  » et une aile «  conservatrice  », Michalis Spourdalakis tire un bilan des premiers mois du gouvernement de gauche. Il souligne que Syriza doit renouer en profondeur avec la base sociale du parti pour revenir sur le terrain social et rester au gouvernement.
Étienne Balibar nous propose avec ses thèses des réflexions stimulantes portant notamment sur «  l’autre Europe  », mot d’ordre au cœur de rassemblements ces dernières années. Il aborde la dialectique entre transformation de l’intérieur et transformation de l’extérieur, la nécessité d’inventer une démocratie transnationale, de donner force à un «  parti de l’Europe  » qui soit un parti européen et un mouvement préservant sa diversité interne. Walter Baier aborde le défi posé à la gauche radicale pour s’opposer tout à la fois au néolibéralisme autoritaire qui s’impose en Europe et au nationalisme que la droite radicale présente comme l’alternative. La gauche radicale doit être actrice de l’intégration européenne et refonder une Union européenne démocratique et sociale en rupture avec l’UE d’aujourd’hui.
On l’a vu dernièrement, les dirigeants européens n’hésitent pas à fouler aux pieds la démocratie et la volonté démocratiquement exprimée par les citoyens d’un pays lorsqu’elle se heurte aux objectifs néolibéraux. Riccardo Petrella analyse la nature post-démocratique et néolibérale des institutions de l’UE.
Joachim Bischoff étudie le lien entre la financiarisation, l’austérité et la stagnation tandis qu’Axel Troost formule des propositions pour réformer en profondeur l’union économique et monétaire et la mettre au service du renforcement du modèle social européen.
Malgré des points de vue différents, une même certitude : pour la gauche, le mouvement syndical, et autres mouvements sociaux, il ne peut y avoir de retour à une intervention sur la seule base nationale.
Michael Brie s’intéresse à la notion de transformation dont les origines remontent à la Révolution française. Il aborde les questions de changements graduels et de rupture, de changements au sein du système, de la nécessité d’absorber les réalisations positives de la société capitaliste, tout en les transcendant.
La gauche radicale a tardé à prendre en compte la nécessité d’élaborer des propositions alternatives de politiques industrielles. Cette réflexion est devenue plus urgente avec la crise. Jürgen Klute analyse l’orientation de la Commission européenne en faveur du marché, mais aussi sa légère évolution vers une reconnaissance de la nécessité d’investir dans l’industrie et de prendre en compte une meilleure protection sociale et écologique. Maxime Benatouil présente le travail sur la reconstruction productive mené par Transform ! Europe au cours de la dernière période, et Javier Navascués l’aborde dans le contexte de l’Espagne et d’autres pays du sud de l’Europe.
On ne peut penser la transformation et la reconstruction productive sans s’intéresser à l’important mouvement autour des biens communs et des communs dans sa diversité. Michel Bauwens, Vasilis Kostakis, et Alex Pazaitis, Pierre Dardot et Christian Laval, Theodora Kotsaka, Alfonso Gianni, et Roberto Musacchio présentent l’historique, l’état actuel de la théorie et de la pratique des communs.
Adoración Guamán et Raúl Lorente montrent comment les politiques de l’UE ont affecté le droit du travail en Espagne et les tentatives faites pour leur résister. Ilona Švihlíková aborde cette même question dans le cadre de la libéralisation, des privatisations et de la déréglementation en République tchèque.
Enfin Transform ! s’attache à présenter la situation de la gauche et les défis auxquels elle est confrontée dans les différents pays. Michalis Spourdalakis, Ilona Švihlíková Felicity Dowling et Kate Hudson, Murray Smith, ainsi que l’entretien de Leo Panitch et de Hilary Wainwright avec Jeremy Corbyn nous permettent de mieux comprendre les évolutions en Grèce, en République tchèque, en Grande-Bretagne.
L’ouvrage s’achève avec le regard porté par Maxime Benatouil sur l’activité et les initiatives du réseau Transform ! Europe en 2015.
Ce réseau a été créé en 2001, lors du forum social mondial de Porto Alegre, par un petit groupe d’intellectuels de six pays européens, représentant des instituts de recherche ou des revues de gauche désireux de coordonner leurs travaux. Aujourd’hui, Transform ! se compose de 28 organisations membres et observateurs de 19 pays.
Le réseau est coordonné par un exécutif de huit membres, et son bureau est situé à Vienne. Transform ! développe un site Web multilingue et publie un nombre sans cesse croissant de rapports, d’analyses et de documents de travail sur les questions liées au processus d’intégration européenne à sa crise et aux alternatives.
Tout comme la revue semestrielle publiée par Transform ! de 2007 à 2013, le livre annuel est publié simultanément en plusieurs langues ; il paraît maintenant en anglais, français, allemand, grec et italien. Le développement de notre audience et l’élargissement de l’horizon des expériences reflétées dans Transform ! ne sont pas les seules raisons pour lesquelles nous publions notre revue en plusieurs langues. Traduire est au cœur du travail de Transform ! Europe. Ce n’est pas pour nous un simple défi linguistique, mais un moyen de rapprocher des cultures politiques qui trouvent leur expression dans des langues différentes et dans l’utilisation variée de concepts politiques apparemment identiques. Cela permet de mieux comprendre ce qu’est aujourd’hui la gauche en Europe et de rechercher l’unité dans la diversité en combinant différentes expériences, traditions et cultures.
Nous remercions tous ceux et toutes celles qui ont apporté leur contribution à cet ouvrage, auteurs, traducteurs et traductrices, collaborateurs et collaboratrices à tous les niveaux – coordination, mise en page, impression… – ainsi que les éditions du Croquant.
Dominique Crozat, Elisabeth Gauthier

SOMMAIRE

Préface
Dominique Crozat, Elisabeth Gauthier : Le casse-tête européen

Le casse-tête européen
Elisabeth Gauthier : Sur la complexité de la nécessaire refondation de l’Europe et les défis pour la gauche
Etienne Balibar : Plus que jamais, pour ll’autre Europe ! Thèses du 29 août 2015
Walter Baier : L̓hiver survint en juillet : la gauche doit repenser l’Europe
Entreitien avec Yánis Varoufákis réalisé par Haris Golemis : Que s’est-il pas passé en Grèce ? – Quelles étaient les possibilités ? – Quel programme européen est réalisable aujourd’hui ?
Michalis Spourdalakis : Raviver l’espoir : défis et perspectives pour Syriza
Riccardo Petrella : Recul de l’Europe et abandon du pouvoir souverain à la Banque centrale européenne
Joachim Bischoff : Financiarisation – stagnation séculaire – politique néolibérale d’austérité
Uta von Winterfeld : Remarques sur la nature, la crise et la domination
Axel Troost : Pour une réforme en profondeur de l’Union économique et monétaire européenne

Royaume-Uni, des réalités en mouvement
Entretien avec Jeremy Corbyn : Les premiers mois d’une longue lutte
Felicity Dowling et Kate Hudson : Le Royaume-Uni et le référendum sur l’UE
Murray Smith : Un an après le référendum sur l̓indépendance : l’écosse et la crise de l’état britannique

Déréglementation du droit du travail
Ilona Švihlíková : Transformation de la République tchèque : libéralisation, privatisation et déréglementation
Adoración Guamán, Raúl Lorente : Mesures d̓austérité et réformes du droit du travail en Espagne : une nouvelle norme ?

Stratégies de transformation : reconstruction productive et communs
Michael Brie : Double transformation – Défis stratégiques pour la gauche
Jürgen Klute : Renaissance de la politique industrielle en Europe. Un défi pour la gauche européenne
Javier Navascués : La reconstruction productive dans la périphérie sud de l’Union européenne
Michel Bauwens, Vasilis Kostakis, Alex Pazaitis : Vers une société des communs
Pierre Dardot et Christian Laval : Commun, essai sur la révolution au XXIe siècle
Alfonso Gianni : Le mutualisme entre tradition et modernité 226
Theodora Kotsaka : Le référendum grec sur l̓eau, quelle différence entre biens publics et biens communs ?
Roberto Musacchio : Coopérative et autogestion en Italie
Maxime Benatouil : Regard sur Transform ! Europe 2015

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