Accueil > Thématiques > Alternatives, émancipations, communisme > Toutes les contributions

Féminisme : la problématique

vendredi 5 mai 2006, par Josette Rome Chastanet , Liliane Halls-French, Nicole-Edith Thenevin

Problématique de l’atelier I : "Le Féminisme comme vecteur de l’émancipation de toutes et tous."

Peut on parler de communisme sans poser la question de l’égalité entre les hommes et les femmes ? Marx disait que le degré de civilisation d’une société se mesurait à la place des femmes dans cette société. Cette pensée est vivante et pleine d’actualité.

L’inégalité de sexe est l’un des fondements universels de l’inégalité sociale et un obstacle majeur au développement des sociétés. Le féminisme en luttant pour l’émancipation remet en cause le fonctionnement politique de ces sociétés.

Parce qu’il est porteur de l’égale valeur de tous les êtres humains, des valeurs de démocratie, de justice, le féminisme ne peut se séparer de la lutte des classes (qui, laissée à elle-même, reproduit l’idéologie patriarcale).

Le mouvement féministe est une dynamique et une force, pourtant les femmes sont maintenues dans la subordination et restent l’objet de toutes les discriminations. Comment cette situation peut-elle perdurer dans les pays occidentaux dits démocratiques
alors que pour la moitié de la population, la démocratie ne fonctionne pas ?

Comment expliquer que les choses avancent si peu, comment expliquer l’échec dans ce domaine des partis politiques et des divers mouvements sociaux, y compris ceux qui proclament dans leur programme vouloir lutter pour l’égalité de tous les êtres humains mais qui cantonnent la " question des femmes " et celles qui s’en occupent dans des commissions spéciales, journées spéciales, conférences spéciales ? Ces ateliers donnent une certaine visibilité à cette question mais servent souvent d’alibi pour justifier son absence des autres thématiques. Le rapport de domination des hommes sur les femmes n’a toujours pas le statut de question politique majeure.

Le mouvement féministe radical des années 70 a marqué un tournant par rapport à l’analyse de la domination patriarcale cependant aucun parti n’a accepté la façon dont le féminisme réinterroge l’ensemble des questions politiques. Dire que le privé est politique, c’est
reconnaître que le patriarcat, comme système, vertèbre tous les autres systèmes... Cela n’est jamais discuté dans les partis, l’articulation entre discrimination de classe et de sexe n’est pas plus investiguée. Aucun parti n’intègre la dimension du féminisme comme analyse transversale à toute question de changement social. La lutte contre la domination patriarcale reste essentiellement une affaire de femmes et ne relève pas du " vrai ", du " noble " travail politique...

Construire un rapport de forces

Quels moyens et quelles formes d’action mettre en oeuvre pour créer un rapport de forces politique efficace ? Sur quelle base imposer ce rapport de forces ?

Une alternative aux sociétés qui régissent l’organisation
capitaliste du monde ne peut se construire sans intégrer
pleinement la nécessité d’une rupture radicale quant aux rapports sociaux entre les sexes.

Le mouvement des femmes doit retrouver la radicalité du féminisme en donnant la priorité à des processus politiques de transformation. La lutte contre la domination de sexe n’a de sens en effet que dans le cadre d’un projet global de remise en cause de toutes les formes d’exploitation.

Comment définir l’articulation entre féminisme et politique ? Le féminisme est le chaînon manquant dans la pensée fondatrice du politique, il doit être l’un des éléments constitutifs de cette refondation. Le féminisme ne constitue pas un " apport " au processus de libération, il est constitutif de toute pensée politique transformatrice, et doit être envisagé comme un moteur de
l’émancipation humaine.

La résistance des structures sociales et politiques à intégrer cette " question " doit nous amener à interroger les causes de cette résistance : la forme-parti dans sa structure hiérarchisée, la reproduction de l’idéologie patriarcale par le mouvement ouvrier et les organisations sociales, la résistance des hommes d’autant lorsqu’ils ont un pouvoir mais aussi des femmes qui contribuent à la
reproduction du système.

Dès lors, en ce qui concerne les partis communistes, quel travail théorique sérieux est-il accompli et quels apports théoriques extérieurs sont-ils intégrés dans la réflexion à mener sur les questions du féminisme ? Pour l’instant, n’en restons-nous pas à des déclarations d’intention qui, pour présager des alternatives pour un
communisme du 21ème siècle, devront nécessairement prendre corps ?

Liliane Halls-French, Josette Rome Chastanet, Nicole-Edith Thenevin

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0