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Accepter de prendre le temps nécessaire. Analyse.

mardi 9 mai 2006, par Jean-Michel Joubier

Au niveau mondial, les forums sociaux permettent l’émergence de forces progressistes dans les pays ou les régions où ils se déroulent. Je l’ai bien vu à Karachi : même s’il était essentiellement pakistanais, l’étiquette Forum social mondial (FSM) a donné au forum l’autorité nécessaire pour débattre publiquement de sujets comme la paix, le terrorisme ou le syndicalisme, pas si simple au Pakistan. Les forums, mondiaux comme européens, sont utiles car ils ont permis de montrer que face à la pensée unique de la fin de l’Histoire et du libéralisme indépassable, il y avait d’autres solutions.

Mais, alors que le FSM est organisé de façon fermée (le comité international fixe le lieu et les grandes orientations et ensuite le comité du pays d’accueil l’organise) et que ce processus produit des résultats intéressants, le FSE se prépare de façon beaucoup plus transparente et ouverte (tous ceux qui ont les moyens de se déplacer peuvent participer aux assemblées européennes de préparation et les décisions sont globalement prises au consensus), mais en fait, cette démarche nous paralyse. À Londres comme, dans une moindre mesure à Athènes, cela a parfois été très difficile de faire admettre qu’il valait mieux discuter de ce qui touche directement les citoyens et les salariés, plutôt que de tout concentrer sur des grands discours anticapitalistes ou antiimpérialistes. Faute de changement dans les modalités de préparation, je crains qu’on en arrive à la fin des FSE. En même temps, il faut répondre à la petite musique de « l’essoufflement » des forums : le mouvement ouvrier s’est construit en 150 ans pour, à la fin, arriver à un échec, que ce soit pour la social-démocratie comme pour le bloc socialiste. Et on voudrait que le processus des forums, né il y a cinq ans, ait trouvé la méthode pour surmonter les difficultés éprouvées avec les formes traditionnelles ! Je comprends parfaitement l’impatience et face aux urgences sociales, il faut, bien sûr, organiser des luttes, trouver des convergences. Mais pour aller plus loin, on doit prendre le temps de chercher les solutions politiques, économiques et sociales qui permettraient les changements durables.

Jean-Michel Joubier (CGT)

(Paru dans l’Humanité du 6 mai 2006.)

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