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« Maintenant, on cherche quelque chose de plus ». Analyse.

mardi 9 mai 2006, par Natacha Theodorakopoulou

Par Natacha Theodorakopoulou, animatrice du Forum social grec, membre du comité organisateur du FSE d’Athènes.

« Avec les Forums sociaux, on le sait, des organisations de pays différents, avec des cultures et des pratiques différentes, apprennent à se mobiliser ensemble. En Grèce, le dialogue est particulièrement difficile entre les partis de gauche, et entre les syndicats et les différentes organisations sociales. C’est la première fois depuis longtemps qu’on travaille les uns avec les autres et que cela aboutit. Notre objectif est de montrer aux participants le lien entre les questions abordées au FSE et les problèmes actuels de la société grecque. Notre pays est gouverné par une droite très dure, ultralibérale, avec une situation de l’emploi qui s’aggrave et des mobilisations sociales de grande ampleur depuis deux ans qui ne sont pas entendues. Cette situation se retrouve dans tous les pays au sein de l’Union européenne. Mais la liaison avec l’Europe n’était pas évidente pour une majorité d’organisations grecques, qui se demandaient, avant le Forum, comment des discours sur les phénomènes européens pourraient servir à mobiliser au niveau national.

Or ces organisations constatent maintenant que cela leur a donné la possibilité de s’adresser d’une façon différente aux gens. Les Grecs sont devenus très méfiants à l’égard des syndicats, vus comme une bureaucratie lourde et peu active, de plus en plus de gens sont recroquevillés sur leur travail et leur environnement immédiat. Là, nous avons l’occasion d’expliquer à un public large comment les politiques néolibérales finissent par toucher tout le monde, d’une façon ou d’une autre. C’est pour moi l’intérêt évident des FSE : créer une dynamique interne. En France, par exemple, le fait que les organisations du pays aient fait vivre le deuxième FSE a, à mon avis, beaucoup joué par la suite, aussi bien pour la victoire du « non » au référendum européen, qu’indirectement pour le CPE.

Ce qui est déjà frappant ici, à Athènes, c’est que l’organisation du FSE a réuni un très grand nombre de bénévoles venus non pas directement des organisations participantes, mais qui gravitent autour de ces organisations. C’est un premier pas. Il y a une véritable ouverture de ces jeunes vers l’engagement militant, et une ouverture des gens qui militent déjà vers les problématiques européennes. Cela donne des situations surprenantes. Mercredi, une rencontre a été organisée juste avant le Forum entre les syndicats européens. Parmi les Grecs présents, certains étaient membres de la centrale des travailleurs de droite : ils étaient enchantés de cette initiative et voulaient même un stand au FSE ! Ils ne faisaient pas le lien entre les critiques qu’ils partageaient sur les attaques antisociales dans l’UE et la politique du gouvernement qu’ils soutiennent. Je crois d’ailleurs qu’il nous faudrait creuser cette imbrication entre les luttes nationales et les FSE.

Par rapport aux précédents Forums, c’est la première fois qu’il y a autant de séminaires sur les questions sociales, avec une forte participation. L’avenir de l’UE, son orientation politique et économique, la défense des droits des citoyens, tout cela intéresse beaucoup les gens. Ces thèmes étaient déjà présents dans les FSE précédents, mais il y était aussi beaucoup question de lutte contre la guerre, de l’Amérique latine... Et même sur ces questions, il y a une évolution : les participants ne veulent plus seulement exprimer leur solidarité avec l’Irak ou la Palestine, ils cherchent à approfondir ces discours, à établir la liaison avec les militants de ces pays. D’une certaine façon, le FSE arrive à maturité. Grâce à l’expérience accumulée lors des forums précédents, il y a des réseaux qui travaillent déjà ensemble, des groupes qui se connaissent et s’apprécient de plus en plus.

Je ne pense pas qu’il y a une usure des Forums sociaux. Mais la conjoncture politique pèse sur leur succès, c’est certain. Le mouvement anti-CPE en France et les élections récentes en Italie ont aidé à mobiliser. Maintenant, on cherche quelque chose de plus. On ne se contente plus seulement d’arriver à un consensus sur les constats, l’ambition aujourd’hui est de travailler sur les alternatives. Et là, on est conscients que l’on pourrait ne pas rester uni sur une seule alternative, ou alors que deux ou trois grandes alternatives apparaîtraient. Mais ce n’est pas quelque chose qui doit nous empêcher de cheminer ensemble. »

(Propos recueillis à Athènes par P. F. paru dans l’Humanité du 6 mai 2006.)

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