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La pluralité est notre richesse essentielle. Analyse.

mardi 9 mai 2006, par Antonio Martins

Par Antonio Martins, journaliste brésilien, animateur de la Ciranda (réseau de médias alternatifs), membre du conseil international du Forum social mondial  [1].

Les critiques récentes portées contre le Forum social mondial (FSM) sont mues par les meilleures intentions, mais elles ont une signification rétrograde. Elles voudraient ramener dans l’altermondialisme les logiques qui ont marqué la gauche du siècle dernier et qui l’ont portée à une défaite historique. (...) À l’issue de la sixième édition du FSM (dans sa version « polycentrique » à Bamako et à Caracas en janvier dernier - NDLR), plusieurs tribunes, publiées par des journaux très importants dans la galaxie altermondialiste, ont soutenu que la grande rencontre mondiale sur les alternatives n’était désormais pas loin de s’épuiser. (...) Leur argument peut être résumé en trois thèses essentielles.

- À cause de sa dispersion, chaque année, en plusieurs milliers d’activités et plusieurs centaines de propositions, sans aucune hiérarchisation, le FSM maintient la fragmentation entre les participants et se réduit à une fête « folklorique » des bonnes intentions ;

- Le chemin à emprunter afin d’éviter que ce grand projet se perde consiste à faire du Forum une grande « assemblée générale de l’humanité », au cours de laquelle seront choisies les actions prioritaires, adoptées par tous les participants ;

- Un premier pas dans cette direction a été fait à Porto Alegre en janvier 2005, quand dix-neuf intellectuels ont lancé, de l’hôtel Sáo Rafael, un « Manifeste » désignant à l’altermondialisme douze combats à engager, sous peine de demeurer « moralement victorieux, mais inefficace ». (...)

Or, si l’idée de l’émancipation est revenue pour atterrir dans le carnaval des luttes sociales, c’est parce qu’elle s’est libérée, à travers le mouvement altermondialiste, de ce qui la retenait dans le monde des morts. Un nouveau projet de transformation doit nécessairement se confronter au capitalisme du XXIe siècle. Et pour y parvenir, il ne peut pas se baser sur les recettes offertes, avec peu de résultats d’ailleurs, dans les périodes passées du système. Au-delà de l’espace d’articulation des actions communes qu’ils constituent, les FSM sont un instrument formidable des sciences sociales, où se réélaborent en permanence les théories de la transformation. (...) Le débat sur les idées ne se déroule ni sur le plan académique, si sur celui de la direction politique (au sens des partis). Le Forum brise les barrières entre théoriciens et activistes. Des intellectuels qui travaillent sur des projets internationaux et des leaders de courants politiques discutent avec tous les autres participants, dans les mêmes lieux, là où il n’y a ni vérité, ni leadership préétablis. Dans ce cadre, les forums sociaux et l’altermondialisme produisent leurs premiers résultats. Le refus de la répétition des vieilles formules, la disponibilité pour apprendre à partir de points de vue multiples et la dilution des antiques hiérarchies académiques et politiques permettent la naissance d’une nouvelle culture politique. (...) Il n’existe pas de sujets sociaux « historiques », plus capables que d’autres de conduire la transformation du monde. Il n’existe pas de campagnes qui seraient a priori plus importantes que d’autres. Il n’y a pas de directions, politiques ou intellectuelles, autorisées à déterminer ces campagnes en notre nom, en dehors de notre espace de dialogue. (...) Cet ensemble de principes n’est pas seulement un code de bonne conduite que les participants des forums sociaux ont défini entre eux. Il est fort probable que c’est exactement dans cette conception des forums que se niche le cheminement vers un nouveau projet d’émancipation.

Antonio Martins

Notes

[1Traduit du portugais (par T. L.). Ce texte a été publié sur le site du FSM dans le cadre du débat sur la « stratégie » du mouvement altermondialiste.

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