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Débattre de l’émancipation humaine : les enjeux des 19&20 mai 2006

mercredi 19 juillet 2006, par Elisabeth Gauthier, Lucien Degoy

Article paru dans l’Humanité du 18 mai 2006.

Vendredi 19 et samedi 20 mai 2006 s’est tenu à Paris un colloque public international intitulé « Alternatives, émancipations, communisme ». Elisabeth Gauthier, secrétaire générale d’Espaces Marx et coanimatrice du réseau européen Transform ! en décortique les enjeux de civilisation.

Le programme de ces deux journées d’études tenues à
l’initiative de nombreuses organisations progressistes est d’une densité impressionnante. Il fait le tour de tout ce qui bouge à peu près sur la planète,- du féminisme aux luttes des minorités, des formes de propriété aux formes de
démocratie, de la révolution informationnelle à la méthodologie révolutionnaire. N’est-il pas un peu prétentieux de vouloir impliquer dans chacun de ces mouvements la « visée » communiste ?

Elisabeth Gauthier. La question n’est pas tant de savoir si un point de vue communiste serait en capacité de s’exprimer sur chacun des sujets abordés, mais de chercher avec tous ceux qui s’inscrivent dans la recherche d’une alternative non capitaliste, à partir de différents courants de pensée, à repérer les potentiels transformateurs, à les valoriser, à ouvrir des perspectives. La, ou les approche(s) communiste(s) constituent, comme d’autres visées, une contribution
originale à l’interprétation du monde et sa transformation. La période récente a montré que le concours d’apports multiples a fait grandir les résistances et les mouvements émancipateurs. Il s’agit par conséquent de favoriser les confrontations constructives, dynamisantes, ce que nous essayons de faire.

Vous insistez sur la diversité géographique, culturelle, idéologique des critiques du capitalisme et du libéralisme qui s’expriment dans le monde. Mais face à un processus de mondialisation capitaliste unifié, globalisé ne
faudrait-il pas davantage unifier l’analyse et les luttes qui le critiquent et cherchent à le dépasser ?

Elisabeth Gauthier. Le monde n’est plus divisé en blocs, la mondialisation capitaliste fait s’étendre partout les logiques néolibérales avec son cortège de destructions et crises. Mais la création d’espaces nouveaux auto-organisés tels que les forums sociaux, reflète précisément la conscience, ou l’intuition, que la confrontation de classes s’organise mondialement, ce qui nécessite de nouvelles constructions communes. L’enjeu c’est un processus d’unification
antilibérale dans lequel il faudra faire grandir les choix de dépassement du capitalisme.


Le fait que le communisme n’ait jamais été réalisé comme une forme sociale aboutie renforce l’idée courante que ce mot ne recouvre qu’une utopie nuageuse... Pourquoi garder cette référence dans l’action concrète ?

Elisabeth Gauthier. Si le communisme n’est pas un état à atteindre ni un idéal selon lequel aurait à se forger la réalité, mais un mouvement de transformation, alors la question se pose autrement. En menant des luttes émancipatrices à l’égard de toutes les aliénations, dominations, exploitations, nous fabriquons du communisme, ici et maintenant. Nous partons du monde tel qu’il est, tel que
nous le vivons et nous articulons dans le même mouvement notre action à une visée transformatrice de ce monde capitaliste, la visée communiste.

Entre le risque de reproduire le schématisme ou le dogmatisme attachés à une partie de l’histoire communiste ,comme des mouvements révolutionnaires, et celui de délayer la visée communiste dans la pluralité de points de vue souvent
contradictoires il y a où est la solution ?

Elisabeth Gauthier. Aucune visée communiste ne peut se construire réellement en dehors du mouvement réel de la société. Théorie et pratique communistes ne peuvent vivre à part. Marx s’est en permanence confronté avec le mouvement des idées et des sociétés et a bâti sa théorie critique dans ce rapport. Plusieurs facteurs font que le pluralisme n’est pas à considérer aujourd’hui comme une difficulté, un compromis dans des rapports de force, mais une condition pour avancer, créer, dynamiser, élargir, être en prise avec le réel. Dans la pensée
communiste moderne cœxistent un socle commun et des divergences. Dans l’espace antilibéral aussi un se forge un socle d’analyses, de propositions communes alors
que de nombreuses différences d’analyses, des divergences et contradictions font l’objet de confrontations, débats, disputes. Mais la qualité nouvelle de la coopération qui se manifeste dans une série d’initiatives rend possible des
confrontations constructives, utiles pour tous. Notre colloque vise à créer un cadre de travail spécifique permettant d’ouvrir un chantier dans la durée plus cohérent que dans le passé, favorisant des synergies et échanges plus denses,
plus permanents.

Entretien réalisé par Lucien Degoy

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