Accueil > Thématiques > Alternatives, émancipations, communisme > Toutes les contributions

Intervention à l’atelier D "Logiques et formes économiques alternatives"

samedi 29 juillet 2006, par Jimmy Jancovich

Je voudrais faire deux remarques sur l’introduction de Maurice Decaillot.

Il a remarqué, très correctement que tout activité économique doit passer par des échanges. Or, un des défauts de toutes les formes de coopératives évoquées jusqu’à présent est qu’elles sont toutes des coopératives de production, sans débouchés évidents. Ils seront donc dans la situation peu enviable de la majorité des PME/PMI - c’est-à-dire de travailler en grande partie comme sous-traitantes aux grandes entreprises ou des multinationales. Et donc à la merci de leurs donneurs d’ordres.

Or, en Grande-Bretagne, où le mouvement coopératif a été inventé au 19ème siècle, celui-ci a commencé avec des coopératives de consommation, pour assurer à leurs sociétaires des articles de consommation (et, surtout, de la nourriture) de bonne qualité à des prix raisonnables en les achetant en gros. Les ateliers de production coopérative, produisant pour ces magasins coopératifs, ont suivi plus tard - souvent financé par les coopératives elles-mêmes. En France, avec sa tradition “révolutionnaire” teintée d’anarcho-syndicalisme, ce genre de coopérative ne semble pas avoir très bien pris - sans doute jugé trop “réformiste” pour mériter d’être soutenu. Or, si nous voulons encourager le développement des formes de production coopératives, il faut aussi penser à leur créer des débouchés qui les rendraient indépendantes des grandes entreprises. Pas facile, étant donné la quasi-disparition des magasins coop., mais, à terme, essentiel.

La seconde est la définition par Maurice des utopies “irréalistes” - sans classes, sans salariat et sans argent. Or, bien que je suis assez marxiste pour insister sur le fait que le communisme est un processus de transformation sociale, pas une société idéale inventée tout entière, tout processus doit avoir néanmoins une finalité. Sans prétendre qu’on peut dessiner cette finalité en détail, il y a des choses qu’on refuse dans notre société capitaliste et dont l’absence définit en quelque sorte cette finalité - qui n’est pas pour demain, mais pour laquelle nous nous battons.

À ma connaissance, il n’y a eu qu’une utopie marxiste écrite - en 1890 le grand poète anglais William Morris, dans une longue nouvelle appelée “Nouvelles de nulle part” (News from Nowhere). Et bien que marqué à la fois par son époque (l’Angleterre était encore en grande partie rurale - moins que la France mais beaucoup plus qu’aujourd’hui) et par le manque d’intérêt de Morris pour les sciences mécaniques (il était issu du mouvement romantique, qui en Angleterre avait développé une forte critique de la société marchande), cette utopie a toujours eu - et a encore - une grande influence dans la gauche britannique.

Sa grande qualité est justement de montrer que les rapports humains peuvent s’épanouir sans marché, sans argent et sans salariat, que travailler est naturel et même, quand ce n’est pas dans un contexte d’exploitation, un plaisir en soi. Sa société n’est pas “idéale” dans le sens où il n’y aurait plus de peines et douleurs personnelles, mais dans le sens que, en l’absence des intérêts sordides de possession, celles-ci sont surmontables. Il a été traduit en français - il faut le re-éditer et diffuser.

Jimmy Jancovich

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0