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Atelier D "Logiques et formes économiques alternatives". Compte-rendu.

mardi 1er août 2006, par Ian Brossat

L’atelier consacré aux logiques et formes économiques alternatives était centré sur la question des nouveaux concepts de développement. Dans le cadre de la réflexion sur un communisme du XXIème siècle, il s’agissait de s’interroger sur la faisabilité et la validité de formes alternatives d’appropriation sociale. La question trouve sa place et son actualité dans un contexte marqué conjointement par l’échec des tentatives étatistes conduisant à tout nationaliser, et par le refus croissant des politiques libérales encore confirmé par le référendum du 29 mai. De là, émerge la question de nouvelles formes de productions et d’échanges. La discussion, animée par Sylvie Mayer (Espaces Marx), Maurice Decaillot (expert en économie solidaire) et Jean-Marc Schiller (Observatoire des Mouvements de la société) a principalement porté sur deux points : le regard qu’on peut porter sur les tentatives actuelles pour produire autrement, et les perspectives qu’on peut tracer pour l’avenir.

La discussion sur l’état de la situation économique et sociale que traverse le monde a abouti à un accord très général. De l’avis de tous les intervenants, la situation du monde marquée par une croissance profondément déséquilibrée, malsaine, est préoccupante pour les hommes comme pour leur environnement. Plusieurs ont souligné la montée des mouvements de révolte, l’importance des tentatives pour trouver d’autres voies. C’est dans ce cadre qu’a été posée la question des autres formes de production.
Nombre d’intervenants ont souligné le poids de ces formes alternatives. Sylvie Mayer a pu ainsi montrer, chiffres à l’appui, que la place de l’économie sociale et solidaire (mutuelles, coopératives, associations), n’est pas négligeable en France : il représente 2,2 millions de salariés, 10% du PIB, 60% des dépôts bancaires, 41 millions de mutualistes dans la santé et l’assurance. Ailleurs dans le monde, des formes d’économie alternative se cherchent : un intervenant bolivien, membre de la Coordination de défense de l’eau et de la vie a fait part de l’expérience de certaines communautés indigènes de Bolivie qui produisent et s’autorégulent selon leurs propres besoins, en exerçant un contrôle social strict sur les entreprises. Contre les logiques libérales, il s’agit de promouvoir le bien commun.

Des intervenants, s’appuyant pour l’essentiel sur les expériences françaises ont indiqué les limites de tentatives qui s’inscrivent dans un cadre général marqué par une offensive libérale sans précédent. Comment ne pas en rester à un espace restreint ? Comment ne pas être happé par des logiques qui contredisent les principes d’une économie sociale et solidaire ? Un intervenant a par exemple montré comment les SCOP finissent, dans certains cas, par être ramenées au droit commun sous la pression du marché financier. On se trouve donc confronté à des entreprises qui promeuvent d’autres formes de production et finissent, dans certains cas, par se mettre au diapason du capitalisme actuel. Dépasser ces limites, c’est donc poser la question d’une généralisation des formes économiques alternatives.

La question des perspectives à tracer, à partir des expériences déjà existantes, a occupé une part importante de la discussion. Sylvie Mayer, dans son intervention liminaire, a ainsi posé les termes du débat. Dans la mesure où il ne s’agit pas de tout nationaliser, comment développer des formes d’entreprises qui échappent à la logique marchande et au productivisme ? Maurice Decaillot a ainsi fixé l’objectif d’une sortie du trafic marchand. Il ne s’agit pas, souligne-t-il de renoncer à l’échange « mais, bien au contraire, [de] retrouver un échange véritable, visant l’équité, l’échange sans spoliation d’aucune partie. »

C’est à cette condition que la perspective d’une transformation radicale des rapports de production devient envisageable. Il s’agit en somme d’instaurer des liens entre le travailleur et l’entreprise qui sortent de la logique salariale. Cette perspective ouvrirait à la fois sur une libération des hommes eux-mêmes et celle d’une nouvelle efficience de la production.

Plusieurs intervenants ont indiqué qu’une telle perspective va de pair avec des changements profonds dans les formes de propriété. Il convient ainsi de lier l’interrogation sur les modes de gestion à celle qui porte sur la propriété. Isabelle Halary a ainsi relevé le cas éclairant de salariés impliqués dans la gestion d’une entreprise et confrontés à l’exigence d’actionnaires réclamant un taux de rentabilité de 15%. Le risque est grand de les voir contraints à licencier des salariés sous le coup du chantage des actionnaires pour sauver l’entreprise. Les enjeux de la gestion et de la propriété devraient donc être posés conjointement.

Dans le droit fil de ces réflexions, quelques pistes ont permis de conclure le débat sur des propositions concrètes : relevant que près de 600 000 PME et PMI françaises seront à céder dans les 10 ans à venir pour cause de départ à la retraite, certains ont ainsi proposé un droit de préemption des salariés de ces entreprises pour un passage en SCOP. Par ailleurs, les avantages d’une mise en réseau des entreprises relevant de l’économie sociale et solidaire ont été mis en exergue à plusieurs reprises.

Ian Brossat

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