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Quelques réflexions pour aller plus loin...

mardi 8 août 2006, par Christian Vermeulin

Que les réseaux et par conséquent leur étude soient importants ça me semble lié d’abord au fait que l’homme est un animal social. La société est un ensemble de réseaux quelques fois juxtaposés mais le plus souvent en interaction : réseaux de communications, de production de marchandises, de consommation, de distribution d’énergie, réseaux d’influence politique ou institutionnelle, etc.
Quelque fois un réseau spécialisé occupe une position monopoliste à une échelle donnée de la société (par ex la distribution de l’énergie) quelques fois plusieurs réseaux peuvent cohabiter de façon plus ou moins antagoniste (par ex la production des biens, les réseaux politique ou d’informations).

Connaître la robustesse d’un réseau, les nœuds clés (les centres névralgiques) leur possibilité de mutation et de réorganisation, ses interactions avec les autres réseaux, etc. donne une vision plus concrète et plus dynamique de nos sociétés et donc une meilleures possibilité d’intervention.

Il me semble intéressant de nous pencher également sur les phénomènes d’émergence. Je crois qu’on ne peut les associer systématiquement aux phénomènes de bifurcation qui dans bon nombre de cas donnent des situations prévisibles et où nous sommes face à plusieurs possibles connus, seul le « choix » fait par le système est inconnu. L’émergence est issue (souvent ?) de bifurcations mais le système y acquière un ensemble de propriétés radicalement nouvelles. Il est clair que par définition le phénomène émergent ne peut être prédictible mais savoir quelles sont les situations qui on été véritablement émergentes dans la société, telle que l’on été la Vie et la Pensée pour la nature, c’est-à-dire dont les propriétés essentielles n’étaient pas contenues dans les prémices et les constituants de départ me semble être un bon exercice qui évite de prendre des vessies pour des lanternes et devrait aider à repérer plus rapidement ce type de phénomènes dans l’évolution de la société.

Je crois que pour appréhender ces situations il faut donner à la bifurcation une dimension qui accepte l’histoire et la contingence. Il faut accepter l’unique dans le collectif et voir comment le temps peut devenir un des éléments constructeurs, un élément constitutif. Il est constitutif parce qu’il permet de parcourir une large gamme de possible et même les plus improbables et leur donne la possibilité d’évoluer (cette remarque n’est-elle pas également vrai pour l’espace ?). Il est constitutif parce que dans l’essentiel des cas, il interdit tout retour en arrière ; on ne recréera pas la vie sur Terre.
Seule des « méthodes » de pensées dialectiques me semblent être à même d’appréhender de telles situations complexes et de prendre en compte leur dynamique et donc leur temporalité.

Un aspect me semble important, c’est la notion « d’équilibre ». Je crois que pour les sociétés, comme pour la nature ce sont les systèmes hors d’équilibre qui sont le plus susceptibles d’évoluer. L’équilibre signifie la fixité même si contrairement à la mécanique, dans les systèmes vivants (et les sociétés) ce sont des équilibres dynamiques avec des flux d’entrée et de sortie. Ces équilibres dynamiques sont complètement pilotés par des systèmes de rétroactions positives mais surtout négatives (sans jugement de valeur).

Dans certains cas les systèmes hors d’équilibre acquièrent des capacités d’auto organisation. Est-ce que cela est également vrai pour les systèmes complexes que sont nos sociétés ? Peuvent elles à certains moments de leur histoire être suffisamment hors d’équilibre pour acquérir une organisation de type « supérieure ». Si oui, comment et sur quoi influer pour aider à atteindre cet état instable hors équilibre ?

Ou les sociétés sont-elles tellement liées (ou constituées) à un système complexe de réseaux que le système se trouve « figé » ? C’est-à-dire dans quelle mesure les réseaux sont-ils des éléments de stabilisation ou d’évolution ?

Pour une société, l’équilibre tant recherché par les politiques, l’économie et les actionnaires et en bonne partie par les salariés, pour fixer en durablement fonctionnement, est-il un élément favorable ou porteur à long terme de facteur de dysfonctionnement et de dégénérescent ?

Pour les forces sociales en présence, l’enjeu est-il de fixer un équilibre bon pour les actionnaires ou bon pour les « travailleurs » ?

Dans tous les cas, tenter de fixer la société me semble être le moyen efficace pour aller dans le mur. Nous sommes sur une planète avec des moyens limités, y compris à court terme et il faut repenser l’organisation des sociétés : productions des biens, distribution, utilisation de l’énergie, etc.

Acquérir une meilleure maîtrise dans la connaissance des systèmes hors d’équilibre, c’est aussi mieux connaître les moyens d’en déplacer les points de fonctionnement. Comprendre les systèmes de rétroactions me semble être fondamental pour sortir de l’idée politique dominante qui tente de mettre en place un état stable le capitalisme et au pire un système bistable : le libéralisme pur et dur ou le libéralisme social (qui en est la version soft).
C’est vrai que la notion d’équilibre ou de déséquilibre est contenue dans les deux premiers points mais elle me semble avoir une importance et des propriété tels qu’elle mérite une réflexion particulière sans la couper bien sûr de l’ensemble des aspects que nous avions abordé sous le vocable pratique de « nouvelle rationalité ».

Je ne pense pas, quand nous parlons de rationalité classique, qu’il y ait plusieurs rationalités, au moins, dans la culture occidentale (celle qui tend à se mondialiser). Encore serait-il intéressant de voir et de comprendre ce qu’il en est dans les cultures asiatiques, indiennes, etc.

Je pense que la rationalité classique est un système de règles utilisables dans divers domaines scientifiques et de la vie. Ce qui change dans son utilisation dans ces domaines différents et par les différents acteurs (capitalistes, salariés, etc.) ce sont les prémisses ou les conditions de départ sur les quels s’appliquent ces règles. Prémisses réelles ou idéologiquement imposées.
Parler de rationalité capitaliste me semble dénué de sens comme l’était la notion de sciences capitalistes et sciences socialistes et nous avons vu quels dégâts ont généré ces confusions.

Je crois que le problème qui nous est donc posé c’est de dégager d’autres jeux de règles qui dépassent la rationalité dite classique et qui permettent de traiter et de comprendre - puis d’agir - sur des situations complexes évoquées si dessus.

Travailler sur ce domaine implique donc d’associer différents acteurs - scientifiques des sciences de la nature et des sciences historiques, les acteurs économiques - salariés, dirigeants d’entreprises et scoop, des acteurs de la vie associative, etc.

Cela implique aussi de trouver les moyens pour que ces travaux entrent le plus vite possible dans la réflexion collective pour qu’ils soient mis à l’épreuve. C’est-à-dire qu’ils soient popularisés au sens étymologique du terme.
Et ces deux points ne me semblent pas évidents à mettre en œuvre tant avec les scientifiques qui présentent de grandes réticences à dépasser des outils conceptuels qui ont fait leurs preuves qu’avec les partis de gauche et/ou associations car cette proposition remet en cause fondamentalement leurs bases d’organisation et de fonctionnement.

Alors par quel bout commencer ????

Christian Vermeulin, juillet 2006

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