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Syndicats, mouvement social et politique

mercredi 20 juin 2007, par Chantal Delmas

intervention de Chantal Delmas au FSE d’Athènes 2006 lors du séminaire "Syndicats, mouvement social et politique"

Le thème de ce séminaire étant syndicat, mouvement social et politique.

1-J’aborderai brièvement ce qui les caractérisent et quels sont quelques unes des préoccupations actuelles de ces organisations dans l’évolution de la société du XXI ème siècle

2-J’aborderais les relations qu’elles ont entre elles.

3-Je parlerais ensuite de la situation française depuis le 21/04/2002 et de ce qu’elle révèle dans les évolutions possibles des relations et constructions entre ces trois composantes.

4- Nous pourrions ensuite voir le chemin parcouru et ce qui pourrait nous mener vers les évolutions nécessaires afin qu’un autre monde soit possible. Celui auquel nous faisons tous référence ici lorsque nous disons : »le monde n’est pas une marchandise ».

Mon propos se limite uniquement à ouvrir quelques pistes de réflexions.

Le Défi qui nous est à tous posé, c’est d’un coté un Capitalisme en mutation(capitalisme financiarisé, mondialisé) avec des formes de résistances pas toujours adaptées(du point de vue de l’efficacité) et de l’autre l’homme en temps qu’être social, le citoyen qui de par l’évolution de la société a d’autre exigences sur ses modes de représentations sociales syndicales et politiques.

Il se vit en temps qu’être global pouvant passer dans les différents champs, politique syndical ou social et il aspire majoritairement à une alternative à cette société.

1) Les caracterristiques actuelles de ces trois composantes

1- ce qui caractérise les syndicats :

Je citerais Patrick Brody ,secrétaire fédéral CGT (fédération du commerce et des services :*La classe ouvrière telle qu’on la connaissait telle qu’on la représentait,telle qu’elle avait une conscience d’être une classe(par exemple le métallurgiste de la région parisienne a été remplacé par un nouveau prolétariat ,celui du secteur devenu dominant des économies de l’Union Européennes :les services. Celui-ci est plus féminin, éclaté, divisé, ils et elles travaillent dans le commerce, le nettoyage,les hôtels le tourisme,les services au particulier ou aux collectivités locales,la prévention, la sécurité etc Cela représente 6 millions de salariés soit plus en nombre que les métallurgistes du temps de la belle époque.
Une des questions qui est posé au mouvement syndical,c’est comment passer d’un syndicalisme orienté et organisé pour l’ouvrier d’industrie ou le service public vers des formes d’organisations qui prennent en compte ces mutations. Il y a obligation de s’adapter aux salariés d’aujourd’hui et non que ceux -ci s’adaptent aux structures du syndicat. Il n’est pas question de s’adapter,de s’accommoder des injustices produites par le système d’exploitation capitaliste mais de trouver des solutions d’organisation pour ces salariés .C’est un des thèmes centrales du dernier congrès de la CGT que de répondre mieux à tous les salariés précarisés(intérimaires ,CDD, stagiaires et aussi chômeur)

2-Les partis politiques fonctionnaient avec la démocratie représentative.

Ils avaient la bonne parole ,ils savaient ce qu’il fallait faire pour changer la société,
On les élisait pour réaliser leur programme , le citoyen déléguait ses pouvoirs. au politique.

Ce système fonctionnait quand l’Etat Nation était un niveau cohérent dans le cadre du capitalisme productiviste .Il ne l’est plus quand ce même Etat Nation ne joue plus que le rôle de facilitateur de la concurrence libre et non faussée nécessaire dans un marché globalisé.

Face à cela le citoyen revendique de plus en plus l’égalité des droits sociaux .Le contrat social s’éloigne .Il ne croit plus non plus aux lendemains qui chantent.

La coélaboration,le contrôle citoyen,la démocratie participative est de plus en plus au cœur du nouveau contrat social qu’il serait nécessaire de mettre en place pour redonner à la politique ses lettres de noblesse.

3-Les mouvements sociaux

Certains existaient (mouvements pacifiste, féministes), mais beaucoup se sont créé suite aux carences du politique et du syndicalisme dans les mutations à effectuer et qui tardaient :

Mouvement altermondialiste
- mouvement écologique
- mouvement des « sans terre »,
- associations des précaires et des chômeurs
- association, collectif sans papier...

Ils ont rendu visibles des problématiques qui étaient invisibles dans le champs syndical (préoccupé surtout des salariés statutaires.),dans le champs politique,préoccupé essentiellement de politique nationale et d’électeurs.
Les mouvements sociaux ont mis sur le devant de la scène ce qui était invisible dans la société. ils ont entre autre crée les forums sociaux .Leur création est bien souvent fondé au départ sur le rejet des structures conventionnelles syndicalisme et politique qui ne voulaient pas entendre ou considéraient comme secondaire les problématiques dont ils étaient porteurs .

2)Leurs relations

Aujourd’hui, ,Le syndicalisme de par ses échecs(non satisfaction des revendications)mais aussi de par son nouveau rapport au mouvement social prend mieux en compte les nouveaux défis , le nouveau corps salarial.

Le Politique (je parle de ceux qui luttent contre le libéralisme) tente de se sortir de la représentation, de la délégation de pouvoir et essaie de coélaborer avec les citoyens des propositions en partant des revendications, des aspirations.

Le mouvement social après avoir rejeté la question du Politique ,se pose à son tour la question du Politique(appel de Bamako,Charte pour une autre Europe.

L’ensemble de ces forces se retrouvent dans des mouvements à géométrie variable et commencent à converger ,tout en gardant leur spécificité .

3)L’exemple Français, depuis le 21/04/2002

Je prendrais la France, comme illustration de ce propos.
Une période importante s’est ouverte en France depuis les élections présidentielles de 2002.

a- Tout d’abord le 21/04/2002 avec Chirac et Lepen gagnant du premier tour. Cela a provoqué un électro-choc auprès des jeunes générations qui ont réalisé qu’on ne pouvait rester dans la posture du « tous pourri ».

On ne pouvait se désintéresser totalement de la politique. Il fallait s’en mêler.

b-Le mouvement contre la guerre en Irak a été l’objet d’un travail commun très important entre forces politiques , mouvement sociaux et syndicats. Il y a eu des manifestations très importantes et une prise de conscience du mouvement international , de son poids.

c-La campagne du referendum sur la constitution européenne
a été victorieuse en France car elle s’est appuyée sur une dynamique des forces de gauche antilibérales alliant mouvement social ,syndicat ,partis et simple citoyens. Cette dynamique a permis de défier la pensée unique et l’esprit de résignation (rappelons que le oui était majoritaire au départ ,et c’est ce travail d’explication et de débat inlassable accompli par toutes les composantes de ce mouvement, chacune avec leur identité qui a permis au »non » de devenir majoritaire.

d-La lutte contre le CPE dans un registre au départ plus revendicatif a pu l’emporter grâce au même mouvement, d’une ampleur encore inégalée,chez les lycéens et les étudiants,par l’unité syndicale que cela a entraîné ,et aussi l’unité des partis de gauche contre ce CPE.

Celui-ci a permis d’unifier toute la société,les jeunes et les retraités ,les étudiants et les jeunes sans diplôme,sans qualification,les salariés ,les précaires ,les chômeurs,les sans papiers tous uni pour dénoncer une société qui ne crée que de la précarisation ,et l’insécurité sociale.

Une fois encore c’est la gauche antilibérale unie qui gagne.
Bien que niée par la pensée unique dominante , une conviction se forme en France sur la possibilité de l’emporter socialement, politiquement si nous continuons à travailler en ce sens.

4)Chemins parcourus ,les obstacles et les possibles

A chaque bataille , les relations politique mouvement social et syndicats se modifient Ils dessinent les contours d’une autre Europe solidaire, de ce que pourrait être une sécurité sociale de l’emploi,une réelle liberté de circulation des hommes...

Cependant des freins existent encore :

Il y a une réelle difficulté à sortir de son pré carré Il y a pourtant nécessité impérative à se poser à la même table en toute indépendance avec la conscience que seul la pierre de chacun mouvement social, syndical ,politique peut mener à une réelle alternative au libéralisme.

Nous en avons tous la responsabilité en terme de moyen de lutte face au Capitalisme mondialisé mais aussi de propositions alternatives pouvant amener à ce que nous appelons tous de nos vœux en disant, »que le monde n’est pas une marchandise ».

L’ensemble des forces syndicales , mouvement social, politiques doivent avoir le souci permanent tout en gardant leur identité d’un travail collectif modifiant les rapports de force dans la société et seul capable de politiser les citoyens. La volonté et l’espoir d’un changement antilibéral doit devenir plus fort que l’esprit de résignation qui nous est sans cesse inculqué dans ce capitalisme mondialisé,tel est l’enjeu de nos sociétés contemporaines.

Chantal Delmas

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