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L’œuvre de Frantz Fanon, de Renate Zahar

vendredi 22 septembre 2006, par Yves Benot

Mini-biblio critique.

Tentative d’exposition synthétique de toute l’œuvre de Fanon (complétée par une bibliographie fort utile, et qui signale plusieurs inédits), le petit livre L’œuvre de Frantz Fanon de Renate Zahar n’est cependant pas une simple présentation. A travers une grande abondance de citations et de références diverses, il s’oriente peu à peu vers une analyse critique des notions de violence et de spontanéité dans la pensée de Fanon. Il essaye de les infléchir pour leur donner sens à l’intérieur d’une analyse plus attentive aux rapports de classe à l’échelle mondiale, aussi bien qu’à la diversité des conditions concrètes.

Je ne veux pas ici engager la discussion sur les réponses proposées par l’auteur, qui s’appuie sur une citation bien connue de Lin Piao sur l’encerclement des villes (les pays capitalistes) par les campagnes (les pays sous-développés). C’est peut-être ici l’occasion de noter que cette idée elle-même a déjà une histoire et qu’elle vient en droite ligne, d’une résolution du VI° Congrès de la III° Internationale en 1928, congrès dont on sait que les résultats pratiques n’ont pas toujours été des plus heureux. Qui qu’il en soit, je poursuivrai d’autant moins cette discussion que l’œuvre maîtresse de Fanon, Les Damnés de la Terre, à été l’objet, dans La Pensée (1963, n°107) d’un compte-rendu de Nguyen N’Ghe, auquel se réfère d’ailleurs Renate Zahar

Deux questions, cependant. La critique même de certains aspects d’une œuvre, dont l’influence mondiale reste aujourd’hui grande, oblige à se demander quel est le rapport, au sein de cette unité, entre ces thèses-là et les analyses psycho-physiologiques et psycho-sociologiques que le critique, au contraire, retient et souligne. Je ne vois pas de réponse claire à cette question fondamentale dans un livre, souvent trop proche de la paraphrase à mon goût, bien qu’il soit, heureusement, autre chose aussi.

D’autre part, l’auteur souligne que l’expérience sur laquelle s’appuie Fanon dans ses analyses est essentiellement celle de l’Algérie (bien qu’en fait il ait également bien connu l’Afrique Occidentale). Dès lors, on s’attendrait à ce que soient étudiés de plus près les rapports entre cette œuvre et la réalité algérienne, historique et sociale. Quand Fanon parle, d’une manière générale, de la paysannerie, il faut se demander de qui il parle : des petits paysans individuels ruinés par la colonisation ? Ou bien de ce prolétariat agricole qui existait effectivement dans les trois pays d’Afrique du Nord où l’exploitation coloniale a été celle d’une colonie de peuplement, avec confiscation des terres et grands domaines européens (comme au Kenya et, là aussi, il y a eu guerre et lutte armée des paysans africains) ? Peut-être, à partir de là, pourrait-on expliquer mieux le processus et la raison de l’idéalisation de la paysannerie chez Fanon.

Yves Benot, La Pensée, n°155, février 1971

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