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Marx, Saint-Augustin, Héraclite & les autres : tentative de définition de l’atelier L

mercredi 27 septembre 2006, par Pierre Assante

On pourrait sans doute sous-intituler l’atelier L : « dialectique de la nature » ou comment l’approfondissement de la connaissance de l’univers peu nous donner des moyens d’agir sur notre destin humain....

Je me permets de donner copie d’un extrait du N° 6 de « La Somme Et Le Reste », revue animée par Armand Ajzenberg, où je me pose cette question. Je me pose cette question et ce ne sont que des questions : je n’ai ni la prétention d’apporter des réponses auxquelles les physiciens les plus en avance sur celle-ci n’ont pas répondu, pas plus que les philosophes qui y travaillent, il me semble. Ce que je pourrai dire, par contre, avec conviction, mais sans certitude, évidemment, c’est le détriment apporté par l’incommunication dans l’opposition que j’illustre par ces exemples, pas tout à fait synchroniques, mais peu s’en faut à l’échelle de l’histoire : Lucrèce/Saint Augustin, Diderot/Pascal etc..., bien que je ne conteste en rien la valeur des choix dans les références à une pensée. L’approfondissement du fonctionnement, du processus de la pensée est mis abstraitement en antagonisme avec celui de la connaissance de matière. Il y a opposition symbolique entre mythe et savoir, alors que la contradiction réelle entre le symbolique et la donnée recueillie ne se résume pas à l’antagonisme idéalisme/matérialisme. A mon sens Karl Marx a été le premier (il y a du en avoir d’autres dans l’histoire humaine, inconnus, ou peu connus) à creuser leur complémentarité, mais le mouvement qui s’en est suivi n’a considéré qu’un versant de la réflexion et de la conceptualisation, celui que le moment historique favorisait. Marx nous dit : " Dès lors, il est pratiquement impossible de se demander s’il existe un être étranger au-dessus de la nature et de l’homme. En effet, une telle question impliquerait l’inessentialité de la nature et de l’homme. L’athéisme, dans la mesure où il nie cette inessentialité, n’a plus de sens, car l’athéisme est une négation de Dieu et, par cette négation, il pose l’existence de l’homme. Mais le socialisme en tant que tel n’a plus besoin de cette médiation.....Il est la conscience de soi positive de l’homme, non médiatisée par la suppression de la religion.... (Karl Marx, manuscrits de 1844)". Il ne s’agit pas là de plaider pour un syncrétisme ni pour un quelconque œcuménisme, mais pour souligner qu’il y a un dépassement à cette opposition. Et j’ajoute que je ne considère pas personnellement cette position de Marx comme l’effet d’une analyse de jeunesse dépassée elle-même. La suite de son œuvre va être marquée, à l’intérieur de ses recherches économiques par l’autonomie des idées et des sentiments par rapport aux conditions matérielles qui les ont créés. Cela est vite dit, mais cela peut être discuté pour peu que l’on soit plus d’un à trouver le sujet intéressant et opérationnel dans la perspective du devenir humain.... Si j’enfonce une porte ouverte, tant mieux.

VOICI CET EXTRAIT :

..........................L’enfance de l’humanité correspond-elle au stade de développement de « son » milieu naturel, c’est-à-dire de son univers de plus large connu et inconnu ? Il a-t-il dissymétrie des développements universel et humain ? Cette dissymétrie est-elle de l’ordre de la dissymétrie qui assure le mouvement, et par conséquent la mise en équilibre précaire de la vie ? Ce qui me ferait supposer l’enfance de l’humanité comme entité globale composée d’individus, ce serait son comportement autistique global, c’est-à-dire qu’elle en est au niveau de la conscience, mais pas à la conscience de la conscience. Elle n’entend pas le retour de son action. Ce qui me ferait supposer que l’univers naturel de l’humain, en se plaçant d’un point de vue humano-centriste, serait à une phase de dépérissement, c’est l’incohérence apparente de cet univers. En faisant la différence entre « son » milieu naturel et l’univers naturel de l’humain. Ces distinctions sont floues car elles entrent dans un domaine de l’inconnu. Elles demandent à faire la distinction entre des développements autonomes les uns des autres parce de niveaux différents ou de natures différentes. Mais dans leurs « autonomies » ils ne sont pas « indépendants », ce terme n’étant en rien universel parce que la chose ne l’est pas, indépendante. Le terme d’indépendance est propre à l’étude d’une micro réalité.

Je n’ai d’autre modèle que ce que l’humain a, dans tous les domaines de ses observations : naissance d’un objet, croissance et développement, maturation, dégénérescence, mort. Ce modèle, transposé à l’universel, nous montre que la complexification s’accompagne soit de cohérence soit d’incohérence, ou les deux ou l’une et d’autre, reproductibles mais dans différent stades du processus d’un même objet. Ce modèle, transposé à l’universel, nous fait toucher deux visions possibles de la volonté humaine :
- L’éléatisme, l’attente du reste du temps. Dans ce cas c’est la question de la douceur de la vie qui est au centre. Est-ce la question du christianisme original par exemple ? Il mesure le temps qui reste, il s’appuie apparemment sur le messianisme, mais en fait le détruit puisqu’il ne pose pas ce qu’il est convenu d’appeler le progrès comme centre du développement humain. Il pose en premier lieu la question de l’utilisation non utilitaire du temps.
- La philosophie du devenir. Elle suppose un progrès linéaire avec des ruptures possibles, des régressions, des morts de possible, mais elle garde ce fond de devenir. En ce sens elle est avant tout messianique, contrairement aux apparences.

Ces deux visions, partant de deux points, deux centres d’observations différents se rejoignent sur la douceur, dans la mesure où elles gardent leur pureté, c’est-à-dire leur niveau d’interrogation permanente, d’observation permanente. Dès qu’elles les quittent, elles sont dominées par leurs effets mécaniques au lieu d’infléchir le mouvement par leur volonté. Dans l’histoire de l’humanité, l’éléatisme a été récupéré par cet utilitarisme impuissant, avant la philosophie du devenir. Ce qui représente le danger que la philosophie du devenir se croie prémunie de cette maladie.

On peut renverser, comme la représentation de la rotation du soleil autour de la terre, la vision d’un univers se complexifiant en s’organisant. Notre univers peut être soit par essence soit par phase, par stade, au contraire en état de désorganisation en se complexifiant. Cela supposerait que l’agitation de ce stade correspond à une diminution d’énergie et non une augmentation d’énergie. C’est-à-dire que le vide soit un stade d’organisation maximum, que l’apparition de la matière dans l’état où nous la connaissons soit une « naissance » par diminution d’énergie et de cohérence, qu’en fait ce vide soit le plein, et pas le vide au sens de l’état vers lequel tend par exemple l’espace interstellaire : que la naissance de cet univers aille d’un plein vers une mort-vide, stade de l’incohérence maximum. Dans ce cas la question du progrès est inversée. Elle ne tend bien sûr pas à une vision des conservatismes dominants, repris par les religions. Elle tend vers une cohérence, c’est-à-dire aussi une action révolutionnaire gardant les idéaux d’égalité, de développement, mais sur la base du temps qui reste et non du temps à conquérir. Mais chaque phase universelle contient sa naissance et sa mort. Il n’y a donc pas lieu de concevoir le temps qui reste comme une mort, et c’est ce qu’ont fait les religions en se fossilisant, c’est-à-dire en se plaçant en position d’équilibre permanent artificiel, ce qui leur vaudra un écroulement, avec tout ce qui veut y adhérer de force.

Le mouvement est à l’image de ces courbes sinusoïdales. Les fréquences « rapides », « courtes », peuvent mourir sans être entrées en résonance avec les fréquences « lentes », très longues. La fréquence humaine, au niveau de ses générations comme au niveau de son histoire globale le sera-t-elle quelquefois, souvent ou pas du tout avec des fréquences universelles. Il doit y avoir des variations d’ordres divers. Mon principe espérance, s’il n’est pas d’ordre messianique, me fait croire en la trace.

Pour résumer la question sur le parcours de la vie à la mort d’une entité, le parcours de l’entité humaine en temps qu’humanité et le parcours de « son » milieu universel en tant qu’univers, sont-ils en phase, ou plutôt en quel rapport de phase sont-ils. Dans une supposée et messianique construction de cohérence, l’humain se situe-t-il dans un univers en dissolution de cohérence. C’est par comparaison, se poser la question du mouvement du nageur en fonction de la direction et du type de courant du fleuve. Dans notre ignorance, il est clair que nous savons qu’il faut nager, c’est l’héritage génétique qui nous l’indique. Et notre pensée, produit de cette nage s’efforce sans cesse d’adapter sa raison à cet héritage pour assurer une adhérence entre les deux. Il y a peut-être dans la découverte de la nature du vide, qui serait au contraire de notre conception, élément cohérent « plein » en dissolution, c’est-à-dire en complexification dans une situation temporelle particulière ou pas de l’univers, la réponse au contenu de la construction éventuelle de notre micro-cohérence, c’est-à-dire de la douceur. La douceur ne veut pas dire l’absence de dureté, l’absence de dissymétrie, l’absence de contradiction, l’absence de mouvement. Mais un sens de la nage, dans la diversité, la multiplicité des mouvements, relativement partagé en tant que résultante universelle.

Merci Héraclite, merci Paul. L’enfance du concept, c’est le syncrétisme. Et si Héraclite et Paul, ce n’était justement pas du syncrétisme, mais l’entrée, avec des mots non encore identifiés, dans le concept des mouvements universels et universel ? Ce qui en ferait douter, ce sont les réponses patriarcales et dominatrices de ces auteurs. Ce qui y ferait croire, ce sont ces mêmes réponses assorties de leur contreparties universelles : « la femme comme l’homme est le temple de dieu », Paul. « Les hommes philosophes doivent être de bons enquêteurs, en toute chose » Héraclite.

Cette réflexion sur une tentative de vision dialectique de la nature ne nous éloigne pas de notre sujet.................

J’ajoute, maintenant, à posteriori, quelques choses que j’ai dites lors de l’atelier : hors des formules scientifiques, équations mathématiques, nous ne pouvons prétendre vraiment qu’à la métaphore pour décrire la réalité dont nous n’avons qu’une représentation. Si nous pouvions décrire l’univers dans sa réalité, nous en serions les créateurs, ce qui est quelque peu contradictoire avec notre aspiration et nos choix en matière de courant de pensée. Je me permets aussi d’illustrer l’ensemble de ces propos par deux informations : 1 Giorgio Agamben traite, à mon avis de la dialectique de la nature dans son ‘le temps qui reste » à travers quelques phrases des épîtres de Paul. 2 Saint Augustin, lui, pose des question à mon avis tout à fait cohérentes sur l’état de la matière dans le livre XI de se « Confessions ». Un exemple de chapitre : « Si c’est par le temps que nous mesurons le mouvement des corps, comment nous pouvons mesurer le temps même ». Ce n’est pas parce qu’il répond par « Dieu » ou par « La matière naît de rien » que ses interrogations sont devenues obsolètes. A chaque étape des connaissances, si nous croyons vraiment que nous ne sommes pas les créateurs, l’énigme de notre existence se reposera, différemment, et avec d’autant plus de force que sera forte l’envie de vivre de notre espèce.

Pardon d’introduire des interrogations qui peuvent paraître plus poétique au sens littéraire, que scientifiques, philosophiques, pourtant la question des phases de développement est une vraie question. Opérationnelle ou non en fonction des capacités à y répondre dans le moment historique donné. Mais s’y exercer c’est peut-être casser des schémas qui nous stérilisent. A suivre...

Voici le lien ou trouver le texte complet : http://www.espaces-marx.eu.org/IMG/pdf/S_R-6.pdf

Pierre Assante

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