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Le Groupe Français d’Education Nouvelle ( GFEN ) dans l’Espace Frantz Fanon

lundi 23 avril 2007

Le Groupe Français d’Education Nouvelle (GFEN ), créé en 1921, au sein de La Ligue Internationale de l’Education Nouvelle, intervient aux forums mondiaux depuis 2001 (Forum de l’éducation de Porto Alegre). Il est membre du LIEN (Lien Internatinal de l’Education Nouvelle) dont les premières rencontres eurent lieu à Namur en 2003. Il intervint au Forum Social de Nairobi en collaboration avec Espaces Marx et c’est donc tout naturellement qu’il a proposé parmi d’autres démarches, un « Atelier de lecture Frantz Fanon », élaboré pour le FSM (sur le modèle de l’ « Atelier de lecture Mahmoud Darwich » créé par le groupe Ile de France pour les premières rencontres du LIEN).

Après une rapide présentation de l’atelier, de ses objectifs, de son déroulement et de Frantz Fanon, les participants choisirent de travailler sur une des trois thématiques.

1 - Frantz Fanon - La politique du corps.

2 - Frantz Fanon - Une pensée de dépassement du territoire.

3 - Frantz Fanon désaliéniste, porteur d’insoumission.

Ils se répartirent donc en trois groupes autour de trois dossiers, composés chacun d’extraits des œuvres de Frantz Fanon. Mais aussi, en écho, de documents de l’époque coloniale, et d’extraits d’œuvres d’André Breton, Michel Foucault, Sékou Touré, Bernard Doray, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Françoise Verges...

Chacun, dans chaque groupe était invité à parcourir les textes et documents et à prendre en notes extraits, réactions, pensées... Puis à les échanger, compléter, confronter avec ceux de son groupe avec pour objectif de restituer aux autres groupes leurs lectures, analyses, interprétations, découvertes, surprises, interrogations, propositions...

Après quoi, eurent donc lieu les compte-rendus des trois groupes, sous des formes diverses, choisies par chaque groupe : un rapporteur ou plusieurs, lectures d’extraits ou synthèse... Confrontation aux réalités d’aujourd’hui, lecture du monde, de ses rapports de forces, de ses leviers d’action, de ses incontournables, de ses représentations, mais aussi, de la puissance des mots, de la force d’une pensée qui n’épargne rien, ni personne, pour élaborer une humanité digne...

Et à Nairobi, dans ce stade résonnant de paroles amplifiées, de chants de résistance, dans cet espace de tribunes ouvertes à tous vents, les paroles qui fusèrent alors avaient de la chair... Nombreux sont ceux qui improvisèrent alors la lecture d’extraits, nourrie de leur colère, de leur engagement, de leur projet... Que les participants découvrent Frantz Fanon ou qu’ils soient venus en avertis curieux, je crois qu’aucun d’entre nous n’en sortit comme il était entré trois heures plus tôt.

Je retiendrai particulièrement ce jeune homme africain, animé d’une colère maîtrisée, vibrant d’une exigence de devenir, qui recherchait un passage où Frantz Fanon comparerait l’Afrique « à une arme dont le Congo était la gachette »...

Je retiendrai aussi cet « expert » de Frantz Fanon qui entreprit dans son groupe, d’expliquer à ses partenaires « ignorants » la pensée de celui-ci, poussant à la fuite et au malaise une jeune femme qui, privée de sa recherche personnelle, s’affirma comme incapable de comprendre et de poursuivre. Et comment notre « expert », réalisa, lors de la restitution riche et passionnée faite par les autres groupes, qu’il avait été un « mauvais professeur » et déclara « n’avoir pas compris la consigne de départ ». Il l’avait en effet restreinte à « comprendre » Frantz Fanon et avait cru nécessaire de l’expliquer aux autres, pensant sans doute qu’il n’y a pas 36 façons de bien comprendre... En expliquant (en professant le révolutionnaire Frantz Fanon !), on empêche souvent les autres de penser, d’être, d’enrichir le groupe de ses expériences et analyses !

Et nous n’étions pas venus dire autre chose : « les valeurs n’existent que dans les pratiques qui les construisent » et notre « auto-socio-construction » (née de l’expérience au Tchad de Henri et Odette Bassis) n’est pas une pédagogie de l’activisme mais une pensée en pratiques, celle d’un autre rapport aux savoirs. Et l’affirmation qu’il n’y a d’intelligence que celle qui s’élabore avec l’autre, dans la liberté et le respect.

L’atelier prit fin avec la recréation mot à mot, après deux écoutes du texte de la dernière page de Peau noire, masque blanc. Un moment intense de concentration collective. Du choix des mots et du choc des idées... Resymboliser le monde pour résister et le transformer...

Pratiques d’éducation, mais aussi, en ce lieu, pratiques de dialogue et de création collective : une autre conception de la rencontre, de l’échange et des savoirs.

Parce que d’autres mondes sont ! Et que la décolonisation, la désaliénation des esprits se construisent aussi dans ces moments d’appropriation et de partage de la pensée.

M.-H. Millet

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