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24/01/07 : Espace Frantz Fanon. Synthèse.

vendredi 25 mai 2007

Serge GUICHARD (Espaces Marx/Transform)

Nous proposons de travailler en 3 temps :

• 1er temps : opportunité du réseau. Nous pensons qu’il est nécessaire, mais il est important de précises ses objectifs.

• 2ème temps : discussion d’un texte d’appel sans qu’il soit finalisé à l’issue du forum. Il servira de base au réseau et ne peut pas que nous appartenir. Plus de 350 personnes de divers pays du monde sont déjà inscrites pour un réseau éventuel. La proposition de texte leur sera soumise. Tout cela est à discuter car il faudra se donner du temps de travail, du temps de réception des documents et des temps de finalisation.

● 3ème temps : mise sur pied d’un groupe de travail international de fonctionnement de ce réseau. C’est la première étape. Nous voulons le constituer dans l’esprit de Frantz Fanon, c’est donc un espace thématique ouvert qui n’appartient à personne mais qui doit nous appartenir à tous, un lieu de débat et de confrontation.

Sur le 1er point, l’opportunité du réseau, pour ceux qui ont assisté aux différents séminaires, la question s’est un peu précisée. Nous avons évolué sur la question pendant le FSM. Ce que nous souhaitons mettre sur pied c’est un réseau qui apporte aux forums sociaux une dimension qui est abordée mais demande à être travaillée, précisée.

Nous travaillons beaucoup tous ensemble, au FSM, à la manière dont le libéralisme fonctionne, s’en prend aux droits, aux services publics, aux terres... mais ce que nous avons à travailler c’est comment cela fonctionne dans les esprits, pourquoi cela fonctionne et comment préciser les alternatives. C’est là que la pensée de Fanon nous est apparue importante et utile.

Le réseau pourrait avoir cela comme objectif et être un lieu d’échanges, d’expériences, de débats et éventuellement d’actions.

Sidi Mohamed BAGHDADI (Forum Social Algérien)

J’interviens sur l’opportunité de ce réseau.

Les Algériens sont, plus que tout autre, sensibles à la pensée de Fanon, parce qu’il est algérien par le combat qu’il a mené dans l’armée de libération nationale, mais il ne nous appartient pas. Il appartient à toutes les femmes et tous les hommes libres.

Si je prends la parole, aujourd’hui, c’est surtout pour faire état d’une démarche discriminante qui a été utilisée au sein de ce réseau. Je regrette d’en faire état au cours de la constitution de ce réseau.

Le réseau n’appartient à personne, il appartient à toutes celles et tous ceux qui veulent s’y investir et apporter quelque chose.

Notre participation a été gelée un certain temps. Ce sont des valeurs humanistes et non des valeurs politiciennes qui doivent être au fondement de notre appartenance au réseau.

Serge GUICHARD

Effectivement, en France, dans les réunions préparatoires au Forum Social qui étaient un embryon du réseau, nous avons souhaité le faire de manière très ouverte avec un collectif d’associations, ouverture pour constituer les choses, ouverture à d’autres pays.

Des ouvertures ont été réussies avec l’Amérique latine et quelques pays d’Afrique. Pour l’Algérie, cela a été tout de suite plus difficile. Comme l’a dit Baghdadi, le réseau doit être ouvert. Il est évident que chacun de nous est dans le cadre du Forum Social, dans le cadre de la charte des forums sociaux et adhère à la charte de Porto Alegre. A l’intérieur de cela, il ne peut y avoir de refus, de rejet.

Ce débat a fait, que pendant un temps, le forum social algérien n’apparaissait plus dans les organisateurs. Mais, j’ai eu l’opportunité de les rencontrer en Algérie et je peux témoigner qu’ils sont dans l’esprit de la charte de Porto Alegre et travaillent dans des conditions très difficiles, avec un gouvernement qui leur met beaucoup de bâtons dans les roues, voire les réprime.

En conclusion, bienvenue, ce qui fera notre rassemblement, c’est notre travail commun.

Chantal DELMAS Espaces Marx/Transform

Il serait important, dans notre déclaration, de dire qu’il faut faire circuler les informations et qu’il faudrait que l’on prenne appui, que l’on fasse connaître le travail déjà fait.

Nous avons axer notre travail sur 4 axes :

• les dominations coloniales,

• psychiatrie, désialénation,

• ségrégation urbaine,

• choc des civilisations...

Un 5ème axe est apparu important dans les débats, par des activités faites par le GFEN :

• éducation, désialénation

En France, nous avons l’objectif de faire un maximum de restitutions dans les quartiers populaires, dans la jeunesse, pour travailler justement à cette désialénation politique.

Nous allons faire des restitutions avec des films, des textes. Ces films seront à la disposition de tous sur le réseau.

Nous avons un site où il y a déjà beaucoup de textes sur Fanon. C’est le site d’Espace Marx à l’intérieur duquel existe un espace Fnaon. Vous pouvez y avoir accès et pouvez nous donner des textes. Nous sommes demandeurs de textes dans de nombreuses langues, car l’objectif, c’est de créer une nouvelle subjectivité qui dépasse l’aliénation colonisé, colonisateur.

Intervenant du FORUM SOCIAL CARIBEEN

Nous sommes tout à fait d’accord sur le fait que Fanon n’appartient pas à n’importe quel terroir mais appartient à l’humanité.

Ce qui me paraît curieux, c’est que l’on soit obligé d’affirmer que Frantz Fanon n’appartient à personne. Est-ce qu’il viendrait à quiconque l’idée de dire que Freud ou que Young, en psychiatrie, appartiennent à quelqu’un ? Pourquoi cette nécessité d’affirmation ?

Au Forum Social Caribéen, nous sommes prêts à travailler dans un réseau qui aurait pour objectif de développer et d’étudier la pensée de Fanon. Particulièrement dans une région où les conséquences du colonialisme ont été la balkanisation et l’émiettement des populations et où, aujourd’hui encore, le poids des pays coloniaux que sont l’Angleterre, la France, la Hollande, l’Espagne, est encore très important.

La Guadeloupe et la Martinique, ainsi que la Guyane, sous couvert de départements français d’Outre-mer sont, en fait, encore les derniers pays colonisés de la région.

Nous sommes partie prenante de ce travail qui sera bénéfique à nos populations dans l’objectif d’une libération de nos pays.

Roger FERRARI (SNES-FSU, France)

C’est vrai que Fanon n’appartient à personne, mais, en même temps, il ne faudrait pas reproduire un modèle qu’il a combattu, c’est à dire un modèle de domination.

En tant qu’organisation, par rapport à notre participation à l’espace Fanon, nous n’avons pas pu dire les choses mais nous avons senti à travers un certain nombre de contacts qu’il y avait problème par rapport à cette question.

Je pense qu’il faut que les Français participent à ce réseau ainsi que ceux qui ont été dominés mais, ceux-ci doivent y occuper la plus grande place.

C’est l’une des conditions pour pouvoir réussir un travail avec les éléments que nous a laissés Fanon, de manière à travailler sur sa pensée avec, en même temps, quelque chose d’actif par rapport à cette pensée.

Victor PERMAL (Cercle Frantz Fanon Martinique)

Le cercle Frantz Fanon Martinique a été créé à la suite du mémorial Frantz fanon (1982), à partir de Marcel Manville, avocat du FLN, et Joby Fanon, le frère aîné de Frantz Fanon.

A cette occasion, nous avons pu réunir l’ensemble du monde. Tous les continents étaient représentés. Ceci me semble important pour dire que Fanon est déjà très présent, dans tous les pays, même de manière clandestine. Un peu comme après sa mort, en 1961, quand, nous Martiniquais, ne pouvions lire Les Damnés de la Terre, interdit par l’Etat français.

Il n’y a pas de risque que la pensée de Frantz Fanon devienne un dogme.

Mon souhait est que cela devienne l’idéologie dominante et que le monde entier, comme le Japonais présent hier, s’approprie cette pensée.

Je suis pleinement de l’avis du FSU, sur le fait que dans le réseau il faudrait qu’il y ait un maximum de gens au Sud, de manière à ce que la pensée du Sud puisse être de plus en plus connue parce qu’elle n’est pas connue.

Dans cette logique, il me semble qu’il y a des expériences qui peuvent être soutenues, par exemple comme celle de la Bolivie et qui peuvent être amplifiées en Occident alors que nous, du Sud, nous ne pouvons pas le faire.

Serge GUICHARD

Le collectif de préparation du FSM est devenu, très rapidement, international.

C’était notre volonté.

D’autant que l’idée de ce séminaire n’est pas venue des Français. Ce sont des membres du secrétariat du forum social qui l’ont proposée. Il y a Murthy de l’Inde, Demba Moussa du Sénégal. Mais la question doit être en permanence présente et travaillée.

Il y a déjà des correspondants et des participants en Amérique latine. Le discours du nouveau président bolivien gagne à être connu.

On établira la liste de ceux qui se sont inscrits et dans un premier temps, l’ossature devra s’étendre à partir de ce qui existe et il faudra être attentif et agir pour élargir.

Intervenante CANADIENNE

Je voudrais dire mon accord et ajouter à ce qui a été dit à propos de l’importance que l’initiative provienne du Sud.

Quand nous parlons du Nord et du Sud, il ne faut pas oublier cependant le cas des premières nations du Nord, ceux que l’on appelle les Amérindiens. Ils sont actuellement victimes de l’oppression coloniale.

Dans le mouvement de jeunes auquel j’appartiens, la pensée de Franz Fanon joue un rôle important.

Roberto ROSSO (Italien, membre de Punto Rosso, Attac)

C’est bien de se confronter à la pensée de Fanon, car en Italie, il y a une crise de l’idéologie.

Les Italiens n’ont pas su se confronter à leur histoire coloniale. Ils ont fait face au fascisme mais pas à la colonisation.

L’Italie a une industrialisation récente et il y a une crise des liens sociaux qui s’étaient formés dans les luttes, dans les années 70.

Enfin, il y a une récente explosion du phénomène migratoire qui va bouleverser l’organisation sociale et l’idéologie italienne.

Mireille FANON MENDES-FRANCE

Je suis la fille de Frantz Fanon, mais je ne suis pas là en tant que sa fille. Je travaille sur les questions de droits humains et de droit international.

Je suis d’accord avec les gens qui disent que les idées de Fanon appartiennent à l’humanité, c’est ce qui me plaît et ce sur quoi, je crois, il travaillait.

Mais le nom de Frantz Fanon, n’appartient pas à tout le monde, il est personnel. Il appartient à la famille. Il est important de le savoir.

Toutefois, il a été fait, dans ce forum, un espace, c’est très bien. J’ai un point de vue différent, mais c’est une très bonne idée. Il y a eu quelques problèmes avant mais je remercie P.K. Murthy qui est à l’initiative de ce qui se fait ici.

Maintenant, pour moi, que signifie travailler sur les idées de Fanon en tant qu’altermondialiste, ici, dans le monde où nous sommes ?

Tout le monde sait qu’il y a des dominés et des dominants et la position de Fanon a été de travailler sur cette condition dominants-dominés. Pour nous Africains, qui sommes ici, et altermondialistes, il est très important que nous ne reproduisions pas ce fait.

Or, où sont, actuellement, les idées de Fanon les mieux mises en pratique, les mieux réfléchies, les mieux travaillées ? Curieusement, ce n’est pas au Nord, c’est au Sud. Je voyage beaucoup : les Palestiniens connaissent Fanon par cœur, les sud-Américains aussi et ils travaillent sur sa pensée.

Si sa pensée n’appartient à personne, il faut inverser le processus et le faire à partir du Sud, au travers du regard du Sud. Il changera le regard du Nord.

C’est pour cela que je propose que cet espace soit positionné complètement dans le Sud et non pas dans le Nord.

Je ne sais pas si cet espace doit avoir le nom de Frantz Fanon, ce peut être un autre nom.

Je pense, et je parle en tant que militante, que si on veut travailler sur les idées de Frantz Fanon, c’est bien sur la rupture qu’il a voulu faire sur le rapport de force dominant, au niveau économique, financier, culturel et autres.

On a à construire, y compris à l’intérieur du mouvement social alternatif, une dynamique égalitaire, de sorte que ce que voulait Fanon, c’est à dire « l’homme debout », avec les valeurs universelles qui lui sont reconnues, puisse exister.

Parallèlement, depuis un certain temps, on me demandait, dans le Sud de créer une fondation. Elle existe. On a déjà un fonds qui va être ouvert aux chercheurs où sont tous les textes, de Frantz Fanon et sur Frantz Fanon, toutes les photos. On l’a fait pour les scientifiques, les chercheurs et toutes les personnes intéressées par Fanon.

Un fond, c’est aussi un travail qui a deux niveaux :
• un travail de recherche. On prépare un colloque pour novembre.
• un travail de continuation de travail militant du côté Fanon et il y aura des recherches à l’intérieur.

C’est fait.

Serge GUICHARD

On peut assurer que c’est tout à fait l’état d’esprit et l’orientation.

Pour ce qui est d’un centre éventuel de l’espace, nous en avons parlé.

Evidemment, à la demande des amis africains, il y a eu un lieu de départ. Il nous appartient, désormais, d’en faire un espace ouvert. Il me semble important que le débat ne soit ni complètement au Sud, ni complètement au Nord, mais dans les deux et dans l’interaction des deux.
(cf interventions canadienne et italienne).

Patrick FARBIAS (militant vert, représentant d’un collectif d’associations auquel collabore l’espace Frantz Fanon, organisateur de la Semaine anti-coloniale)

Cette semaine se passe totalement dans l’esprit de l’espace Frantz Fanon.

Je n’ai pu assister, entièrement, qu’à une réunion.

J’ai trouvé qu’il y avait une résonance entre ce que faisait cet espace, et le travail que nous faisons, de liaison entre la représentation coloniale dans la société, notamment dans les banlieues, puisque ce sont des associations de jeunes qui sont à l’initiative de cette semaine, et la question des mémoires coloniales, de toutes les mémoires coloniales et pas seulement de celle de Fanon.

Il faut travailler en réseau transnational.

De ce point de vue, je pense notamment à la semaine anticoloniale du 17 au 25 février 2007, en France, qui est faite parce qu’il y a eu plusieurs évènements, tels que :
• l’assassinat, par les nazis, de Manouchian et de ses camarades, symbole de l’immigration, du Nord, du Sud, et de la résistance au fascisme
• la célébration par la France du 2ème anniversaire de la loi du 23/2 sur le colonialisme positif
• la fin de la conférence de Berlin, le 26/2/1885, qui allait partager l’Afrique et qui est l’une des raisons structurantes du colonialisme du XXème siècle.

Nous proposons que cette semaine puisse être, dès l’année prochaine, une sorte d’événement commun, porté par les forces du forum, à la fois en Afrique et ailleurs dans le Nord, pour montrer qu’au-delà de la simple réflexion sur les idées de Fanon, nous arrivions à faire vivre le débat aujourd’hui, au Nord et au Sud, non seulement dans la commémoration mais aussi dans l’action positive pour faire vivre l’actualité de la lutte contre le colonialisme.

La question de la lutte contre le colonialisme d’hier, d’aujourd’hui et de demain, appartient à tous au niveau des idées.

Cette initiative qui a été prise, à partir du moment où elle est ouverte, que tout le monde peut y contribuer, est une bonne chose.

Je suis mandaté et nous participerons volontiers en proposant notre contribution.

P.K. MURTHY syndicaliste indien

C’est à Paris, en 1960, que j’ai rencontré les idées de Frantz Fanon.

Quand j’y suis revenu, les banlieues brûlaient et de là, je suis parti au Forum de Bamako. C’est à ce moment-là que certains d’entre nous se sont dits : il faut que Frantz Fanon soit remis au jour.

Car, en France, les jeunes ne connaissent rien de l’aliénation présente, d’aujourd’hui ou s’ils la connaissent, c’est par des interprétations. Peu ont lu ou ont participé à des colloques.

Dans la société indienne qui est la mienne, où un système de castes existe, nous sommes victimes d’une discrimination et je m’identifie à des personnalités que Fanon a décrites.

On applaudit Zidane quand il gagne pour la France, mais quand c’est moi qui vient en France, qui suis nègre, on me dit « t’es noir, t’es noir » et cela me vexe.

L’équipe française, c’est l’humanité. Elle traverse les frontières, les « races », les castes.

Les intellectuels indiens sont bienvenus aux Etats-Unis, par exemple quand ils travaillent pour la NASA. Mais les comportements changent si ce sont des travailleurs indiens. Ce sont alors des nègres, des noirs, des jaunes.
Si on les accepte, on doit les accepter entièrement comme êtres humains sans tenir compte de la couleur.

Le terrorisme, c’est Bush, chrétien terroriste qui, aujourd’hui, veut envahir les pays, conquérir le monde. Ce n’est pas nous qui attaquons les Etats-Unis, ce sont eux qui viennent chez nous. Nous nous défendons et ce sont les musulmans, les bouddhistes que l’on traite de terroristes.

Frantz Fanon traverse les continents, traverse les « races », traversent les castes.

Aujourd’hui, c’est un lien entre nous, il faut continuer ensemble.

Nous avons assez parlé, luttons partout, c’est un besoin immédiat.

Hervé FUYET (interprète pour l’Espace Fanon)

J’ai été très ému par l’intervention de la fille de Frantz Fanon que j’ai trouvée profonde.

Comme j’ai 70 ans, les Algériens présents vont tout de suite comprendre de quoi je parle.

J’ai été conscrit pendant la guerre d’Algérie et forcé de faire mon service militaire.

Jean-Paul Sartre, le Parti Communiste Français et Frantz Fanon m’ont guidé et j’ai continué de faire ce que je pouvais contre la guerre. C’est Frantz Fanon qui m’a inspiré parce qu’il a dit : « vous ne faites pas ce que vous devriez faire. » Il a même dit aux communistes français : « vous n’en faites pas assez. »

Finalement que faisons-nous maintenant ? C’est Frantz Fanon et le Sud qui nous inspirent.

Le Nord, au niveau technologique, est plus puissant et il s’en sert pour faire du profit. Le Sud peut nous donner du cœur et de l’âme.

Je pense que la Fondation et cet Espace travailleront ensemble, sinon ce serait aller à l’encontre de la pensée de Frantz Fanon.

Victor PERMAL

Je voudrais lire un passage de Frantz Fanon.

« En agitant le tiers-monde comme une marée qui menace d’engloutir l’Europe, on n’arrivera pas à diviser les forces progressistes qui entendent conduire l’humanité vers le bonheur. Le tiers-monde n’entend pas organiser une immense croisade de la faim contre toute l’Europe. Ce qu’il attend de ceux qui l’ont maintenu en esclavage pendant des siècles, c’est qu’ils l’aident à réhabiliter l’homme, à faire triompher l’homme partout, une fois pour toutes. Mais il est clair, que nous ne pouvons, nous ne portons pas la naïveté jusqu’à croire que cela se fera avec la coopération et la bonne volonté des gouvernements européens. Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l’homme dans le monde, l’homme total, se fera avec l’aide décisive des masses européennes qui, il faut le reconnaître, et il faut qu’elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maîtres communs. Pour cela, il faudrait que les masses européennes décident de se réveiller, secouent leur cerveau et cessent de jouer au jeu irresponsable de La Belle au Bois Dormant. »

Chantal DELMAS

Je pense que le Sud est dans le Nord et le Nord, dans le Sud.

Nous ne savons pas encore comment nous allons appeler le réseau. Il a été créé comme réseau permanent sur la décolonisation, les résistances et l’alternative. On peut l’appeler Frantz Fanon ou autrement. C’est à travailler.

Garcin MALSA Cercle Frantz Fanon Martinique

Pour clarifier les choses : « O mon corps, fais de moi, toujours, cet homme qui interroge. »

On peut s’appuyer sur cela pour se dire que ces paroles transgressent tout et sont universelles.

Il existe, en Martinique, un lycée Frantz Fanon qui a été impulsé par le Cercle Frantz Fanon et moi-même, enseignant dans ce lycée. Il existe un cercle Frantz Fanon en Martinique.

Depuis 1999, il existe, dans les banlieues françaises, beaucoup de jeunes qui travaillent sur la pensée de Frantz Fanon. Ils ont séjourné à Ste Anne et sont entrés dans le réseau qui s’appelle « Les périphériques vous parlent » car ils ont estimé, à l’époque, qu’ils étaient marginalisés et que seule la pensée de Fanon pouvait les aider à sortir de cette marginalisation.

Ont-ils contribué aux évènements en France ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’il y avait de jeunes Arabes, de jeunes Maghrébins, de jeunes Guadeloupéens et Martiniquais, de jeunes Africains pour la plupart nés en France.

Alors, aujourd’hui, je fréquente un forum (je les ai tous faits) où on m’invite à discuter dans un espace Frantz Fanon. Quel bonheur pour le Martiniquais et le fanonien que je suis !

Maintenant que nous voudrions réveiller, et à travers le tiers-monde, ce monde qui nous a dominé, le seul réseau qui vaille c’est le réseau de la pensée Frantz Fanon.

Moussa ZACHARI

Bonjour. Je n’ai pu participer à cet espace mais j’ai voulu participer à sa synthèse.

Depuis plus d’un mois, nous avons lancé le processus, avec l’idée qu’il serait bon qu’il y ait une appropriation de Fanon par le Sud, parce que toutes la problématique touche le Sud.

Nous avons découvert Fanon à l’école, heureusement. Et, aujourd’hui, dans le contexte africain le retour à Fanon est important pour notre combat.

Serge GUICHARD

L’annonce d’une fondation est une très bonne nouvelle.

Sur toute grande pensée, il est utile, nécessaire, d’avoir un lieu pour des chercheurs, des militants, un lieu patrimonial qui permette de travailler, de ne pas disperser une pensée, une œuvre. C’est très important.

La manière de travailler entre le réseau, cette fondation, d’autres chercheurs va se mettre en place.

Le réseau peut avoir une utilité dans ce qu’il peut permettre de travail à partir de luttes, d’actions, dans le cadre des forums sociaux.

Nous avons, d’ailleurs, déjà commencé à travailler ensemble puisque Mireille Fanon Mendes-France était présente à la réunion de la création du réseau à Paris.

Mireille FANON MENDES-FRANCE

La fondation ne se limite pas à l’aide aux chercheurs. Elle a aussi un rôle politique et elle établira des relations de réseaux avec différentes parties du Sud comme l’a mentionné Moussa.

Serge GUICHARD

J’aimerais qu’il n’y ait aucune concurrence sur la pensée de Frantz Fanon et que nous travaillions ensemble. C’est l’objet du réseau qui est ouvert.

Roger FERRARI

Nous sommes au FSM. Il faut travailler dans la dynamique et dans l’esprit du forum.

Aujourd’hui, c’est le jour où l’on prend des décisions, où l’on crée des réseaux, des campagnes. Il faut le faire dans l’esprit du Forum Social, avec des partenaires mondiaux.

Si on veut réussir, il faut le faire avec des partenaires qui soient d’ici, qui soient d’autres pays. Il serait intéressant d’avoir des Palestiniens qui travaillent sur Fanon, dans la création de cet espace et d’aller plus loin dans l’action.

Serge GUICHARD

Il y a des Palestiniens dans le réseau.

Roger FERRARI

Une collègue marocaine me disait que c’est par un regroupement de personnes, de pays que l’on peut créer cet espace. C’est une question de crédibilité.

C’est tout à fait possible même si l’initiative est venue de France. Cela doit passer par la création d’un site web indépendant et cet espace doit s’appeler Frantz Fanon.

Il semble, toutefois, légitime d’en demander l’autorisation à sa fille.

Chantal DELMAS

Je ne souhaite pas parler du nom. Ce qui est important, c’est ce qui est en train de se faire dans le processus, la décolonisation, la désaliénation. C’est ce qu’il faut mettre en avant.

Le processus a démarré au mois de mai et nous avons travaillé avec toutes les organisations et tous les pays du monde qui nous avaient donné leurs mails.

Pendant ce forum, nous avons récupéré plus de 300 adresses de gens venant de tous pays. Le réseau que nous sommes en train de construire sera composé de toutes ces personnes.
Le Forum Social Caribéen, le Forum Social Algérien, le Cercle Frantz Fanon, le GFEN, Transform qui est un réseau européen ont donné leur accord pour participer au réseau.

Dès le départ, l’organisation a été conçue, sans centre, avec des gens, des partenaires dans le monde entier, en réseau dans l’esprit du Forum Social.

Nous avons des propositions à faire, une déclaration à discuter. Nous pouvons peut-être passer à cette phase ?

Sidi Mohamed BAGHDADI

Pour le FSA, le nom de Frantz Fanon est important.
Soyons pragmatiques, réalistes et constructifs ! Mettons nos forces en commun pour être fidèles à la pensée de Frantz Fanon !

PK MURTHY

Nous sommes de tous les continents et ce forum a renforcé la conviction que Frantz Fanon existe. Il n’est pas d’un continent, il n’est pas d’un pays, il est universel.

Serge GUICHARD

Chaque séminaire fera l’objet d’un compte-rendu. Nous les enverrons à ceux que cela intéresse.

Comme l’a dit Murthy, si on peut travailler sur l’organisation du réseau, au-delà du secrétariat existant actuellement, on ira de l’avant, ensemble, dans l’intérêt des actions que nous allons mener. Tout le monde est bienvenu.

La session se termine par la lecture du document de travail « Appel de Nairobi » par Hervé Fuyet.

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