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Réaction au Cahier des charges proposé

lundi 13 mars 2006, par Jean Dorval

Chers amis et camarades,

Voici mes réactions au cahier des charges proposé par Roger Martelli. J’espère n’être pas trop en retard par rapport à la réunion de mardi, et surtout que vous ne serez pas indisposés par la vivacité du ton de ces remarques, je suis plus à l’aise dans les débats francs.

1. Surprise

Et pour être franc, je suis un peu surpris par l’orientation générale de ce cahier des charges : il est assez complet, très clair, ouvert et très pertinent dans les questions qu’il pose, mais il est entièrement centré sur le questionnement du parti, ou plus exactement sur le questionnement des « théoriciens » du parti ou qui travaillent régulièrement avec le parti, non seulement dans sa formulation, mais quant au fond. On a donc un peu l’impression que le but poursuivi est de faire l’inventaire des questions théoriques en débat dans cette mouvance, plutôt que de poser, directement, franchement et concrètement, la question de notre projet politique. Il me semble que cette orientation, pour nécessaire qu’elle puisse être (l’est-elle ?) ne répond donc que très partiellement à la question qui nous est posée avec l’organisation de cette rencontre. Je crois que nous (membres du PCF et proches) avons besoin d’un véritable décentrement par rapport à nos débats, nos références politiques et théoriques. Je dois dire avoir beaucoup hésité à vous présenter ce que pourrait être un cahier des charges décentré, mais j’y renonce, de peur de tout compliquer. Je vais donc non pas suivre le texte, il est trop difficile de faire entrer mes remarques dans le cadre proposé, mais vous faire part de quelques reflexions dans lesquelles j’enchâsserai les remarques de Roger, pour souligner les convergences.

2. Décentrement

Avant de commencer, un mot tout de même sur la nécessité du décentrement. Nous, membres du PCF, et amis proches de nous, qui travaillent régulièrement dans les associations qui pilotent la rencontre, n’avons pas le monopole du communisme.

Nous (PCF) avons déjà reconnu souvent que nous n’avions pas le monopole de la pratique communiste, ce qu’exprime la thèse selon laquelle il existerait des gens « qui font du communisme sans le savoir ». Reste que, même si c’est mieux que rien, cette reconnaissance est bien indulgente avec nous-mêmes, la catégorie de praticiens inconscients du communisme permettant de qualifier de communistes potentiels des braves gens pleins de bonnes intentions mais hélas incapables de parvenir à la conscience de soi, et donc en attente de... nos Lumières.

Nous vivons donc encore dans un monde qui n’est peut être plus tout à fait plein de nous, mais qui reste complètement PC-centrique. Pourtant, il faut se rendre à l’évidence, nous n’avons pas le monopole de la pratique communiste, mais n’avons pas non plus le monopole de la théorie communiste. Et disons même les choses franchement, en matière de théorisation du communisme, le moins qu’on puisse dire, c’est que ça se passe plutôt ailleurs depuis une cinquantaine d’années. Contentons-nous de la France : qui pense la démocratie radicale ? Balibar, Rancière, Robelin, Mouffe, Négri, etc. Qui pense la subversion radicale des hiérarchies, la possibilité d’un ordre non hiérarchique ? La mouvance deleuzienne et d’autres (qui d’ailleurs nous sont parfois très hostiles, politiquement, sans doute parce qu’en matière de hiérarchie, nous avons longtemps été indépassables...). Qui pense les nouveaux fronts de l’émancipation humaines (luttes féministes, homo, etc.) ? Les noms qui me viennent à l’esprit de ceux qui sont les plus proches d’une démarche communiste qui croise largement notre approche de ces questions sont anglo-saxons (Judith Butler, etc.) ou, pour la France, des gens comme Derrida (qui a osé proposer la suppression du mariage, proposition à mon sens très communiste que nous sommes loin d’être capables de formuler), et aucun à ma connaissance n’est adhérent au PC. Qui pense les conditions d’une mondialisation véritable, pacifique et non-occidentalocentrique ? Là encore, j’ai une pagaille de noms à proposer, aux consonnances assez peu européennes, dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler dans nos débats.

Résumons : nous faisons 3,37 %, (ou même le triple, ce qui ne change rien à l’affaire), et nous avons, ces trente dernières années, échoué non seulement à élaborer un projet communiste, mais même à en produire des prémisses assez prometteuses pour qu’elles fassent l’objet d’un débat public au-delà de nos rangs, dans une période où pourtant ces questions ont assez le vent en poupe pour que des ouvrages consacrés au sujet puissent être des best-sellers mondiaux (je pense à Empire, à No Logo, etc.) Rappelons que le dernier grand théoricien proche du PCF (il en était membre, mais de façon très distanciée) dont les livres sont largement lus parmi ceux qui veulent se libérer des rapports de domination doit être Althusser. (Evidemment, ce que je dis là inclut aussi les miens, qui n’ont jamais dépassé 1000 exemplaires vendus).

Pas de quoi pavoiser, donc. Je ne dis pas ça pour que nous nous flagellions, mais pour que nous conservions le sens des réalités. Nous sommes héritiers d’une tradition moribonde (un certain marxisme, et peut être pas le meilleur) et si la question du communisme devait ressurgir politiquement, il y a fort à parier que cela se fasse largement hors de nous.

En disant cela, je ne pense certainement pas à la mouvance de l’extrême gauche, genre Ligue, qui partage avec nous la même trajectoire théorique, mais qui occupe actuellement la place qui était la nôtre il y a vingt ans... Surtout, et au moins pour ce qui concerne la France, je doute fortement que le renouveau de cette force politique puisse se faire sans nous, PCF, parce que les forces concernées sont trop fragmentées et trop faibles pour cristalliser ensemble sans adjuvant extérieur. C’est donc là, me semble-t-il, que réside notre rôle politique et l’intérêt de ces rencontres : être l’adjuvant qui va permettre à ces micro-communautés, à ces personnalités isolées mais désespérées de l’être, à ces tendances, à ces idées en l’air, à ces textes qui s’écrivent, etc., de faire émerger de leur rencontre quelque chose d’un peu substantiel qui puisse se voir dans le paysage idéologique et dire quelque chose au grand nombre. Etre d’abord et avant tout un lieu, une énergie, un moteur. Certainement pas un cadre, une orientation.

Autrement dit, nous devons faire notre petite révolution galiléenne à nous : nous ne sommes pas le centre de notre système solaire (dans la galaxie « communistes »), d’ailleurs, il y a fort à parier que ce système n’a pas de centre. Par conséquent, nous ne nous parlons pas à nous-mêmes, ni aux proches qui nous connaissent, nous parlons à des gens qui n’ont pas notre culture politique, pas nos catégories mentales, pas nos expériences, pas nos tics de langage, mais qui sont peut être beaucoup plus avancés que nous sur la voie que nous nous sommes donnés pour but de parcourir avec eux. C’est bien pourquoi il convient de s’adresser à eux non pas à partir de notre culture politique, nos catégories mentales, nos expériences, nos tics de langage (ni à partir des leurs d’ailleurs), mais bien à partir des questionnements théoriques concrets qui nous sont communs.

Pour dire les choses en « historiens » : nous devons être l’espace de rassemblement des divers courants théoriques de la transformation sociale, notre but premier étant de surmonter les querelles de chapelle, divisions intestines et tendances à la balkanisation théorique qui caractérise l’histoire du communisme français.

Disons les choses encore autrement : être communiste, ce n’est pas vouloir « dépasser le capitalisme ». Etre communiste, c’est vouloir changer la vie, en finir avec tous les rapports de domination non nécessaires, œuvrer pour réaliser les conditions de l’épanouissement de chacun. Une manière possible d’être communiste est de vouloir dépasser le capitalisme, mais c’est loin d’être la seule et l’on ne peut pas commencer par là. Il y a pleins de gens qui dans leur for intérieur pourraient bien se dire communistes, mais qui ne savent pas du tout ce que signifie « dépasser le capitalisme », ni si c’est très différent de son « abolition ». Notre lieu théorique n’est pas le seul lieu communiste existant. J’en viens au texte.

3. Le texte

Question 1 de Roger : dépassement du capitalisme.

Il faut avoir été militant, et avoir suivi tous les congrès depuis ces dix dernières années, pour comprendre de quoi il est question. La question posée ici est d’une incroyable abstraction, elle repose sur mille préssuposés (ou conditions...), tous très discutables : que le capitalisme est l’ennemi, qu’il y a un sens de l’histoire, que la dynamique de l’histoire lui est immanente, qu’elle procède de manière dialectique, à travers des luttes, etc. Bref, il faut être au pire néo-hégélien, au mieux ( ?) marxiste orthodoxe pour comprendre en quoi cette histoire de « dépassement du capitalisme » a un rapport avec le projet communiste. Osons une hypothèse, camarades : et si le communisme se foutait de la théorie de l’histoire, mais aussi de l’économie marxiste et de la dialectique hégélienne renversée ? Et si, par voie de conséquence, il se foutait des débats internes du PC, si la question « dépassement/abolition », « interne/externe » etc., n’était au fond pas les vraies lignes de faille de ce débat politique ?

Il me semble donc que cette question doit être complètement reformulée, parce que ce qu’elle signifie concrètement, c’est la chose suivante : vu la réalité de la vie dans laquelle chacun d’entre nous, de manière à la fois très collective et très intime se trouve plongé, vu la somme de frustrations, de gâchis, de contraintes absurdes que génèrent les mécanismes et institutions qui organisent un large domaine de nos vies, comment faire pour vivre mieux, plus libres et plus heureux, moins contraints ? Cette question est évidemment, existentiellement et logiquement, la première. Elle est tout de suite suivie d’une batterie d’autres : comment faire donc pour nous débarasser des forces, des institutions, des habitudes et des comportements qui nous oppressent, individuellement et collectivement ? Bien sûr, nous qui sommes insatisfaits, révoltés même, nous voulons de grands changements : mais nous sommes faibles. Comment réaliser de grands changements dans ces conditions ? Et ce n’est qu’à ce point que se pose la question de savoir comment nous nous situons dans le monde tel qu’il est pour le changer : nous situons-nous au sein de ce monde pour le transformer de l’intérieur, quitte à ce qu’il déteigne sur nos pratiques, ou hors de ce monde, quitte à ce que nous nous condamnions à l’impuissance ? (Roger aborde cette question dans son texte, dans le § 4)

Avant donc de se poser la question du dépassement du capitalisme ou de son abolition, avant de discuter interne/externe, il convient, non pas tant de « caractériser » théoriquement le capitalisme comme mode de production ou système social que de se demander ce que nous voulons, pourquoi ce que nous voulons, nous ne pouvons pas l’avoir, et ce qu’il nous faudrait faire pour l’acquérir, toutes questions qui sont évidemment très concrètes, mais n’en doutez pas, très théoriques. Je note d’ailleurs avec une certaine tristesse que j’ai parfois l’impression que nous, communistes, ne savons plus ce que nous voulons concrètement, que nous confondons ce que nous voulons avec les catégories mentales scolastiques qui nous servent à penser le monde : personnellement, je veux être libre et heureux, je veux élever mes enfants dans une société amicale et pacifique, je ne veux pas, en tout cas pas immédiatement et pas en tant que tel, le « dépassement du capitalisme ».

Bref, je crois que la première question ne tourne pas autour de la caractérisation du capitalisme et de son dépassement, mais autour de trois questions qu’il faut dissocier :

A - que voulons nous ?

B - quelles sont les causes qui nous empêchent d’y parvenir ?

C - comment faire pour surmonter ces causes ?

Peut-être répondrons-nous « capitalisme » à la question B et « dépassement » ou « abolition » à la question C. Mais peut-être aussi certains répondrons « hiérarchie » à la question B, d’autres « dominations » et ils inclueront le capitalisme là-dedans. Peut-être aussi répondre « subversion », « dépassement », « abolition », ou toute autre chose n’apparaîtra plus comme tellement contradictoire et tellement diviseur, ainsi placé en queue de questionnement et une fois qu’on se serait mis d’accord sur ce qu’on veut. Je vous en prie donc, commençons par poser la question A, et ne faisons pas comme si tout le monde allait évidemment et naturellement répondre comme nous à toutes les questions : le cahier des charges, c’est que les bonnes questions soient posées, pas que les bonnes réponses y soient sous-entendues.

Donc :

A. Que voulons nous ?

La question est, à proprement parler, celle de notre projet communiste, i.e. de ce qui, sur le plan politique, ne serait voulu par personne si nous ne le voulions pas. Je m’inspire dans les lignes qui suivent d’un travail entamé avec Jean-Louis Sagot-Duvauroux il y a quelques semaines, quoique les formulations soient miennes.

Je crois qu’on peut organiser les pistes de débat autour de cinq axes :

A.1 - Nous voulons agir librement, et donc être moins contraints dans nos activités.

Ce qui nous empêche d’y parvenir, c’est la nécessité de travailler pour vivre (nécessité naturelle) et l’organisation du travail qui prend la forme du travail contraint (nécessité sociale). Depuis quelques décennies, la forme la plus répandue de travail contraint n’est plus le servage, mais le salariat. Nous sommes conscient de l’existence d’une nécessité naturelle, les hommes doivent produire des richesses pour survivre, mais nous pensons qu’il est possible de le faire de manière plus efficace, donc demandant moins d’efforts, moins de contrainte : nous sommes donc contre toutes les formes de travail contraint. Que nous sommes pour libérer l’homme non seulement du salariat, mais encore du travail ? (Et que pensons-nous de la paresse ?) Et comment concevons-nous une activité libre ? Est-ce une activité choisie ? Une activité épanouissante, et selon quels critères décider des activités qui sont épanouissantes et celles qui ne le sont pas ? Que faire de ceux, très nombreux, qui aiment la contrainte - ceux qui aiment contraindre, bien sûr, mais aussi ceux qui aiment être contraints - Etc.

Sans doute ici se pose la question des rapports entre liberté et égalité : nous sommes partisans de la liberté de chacun, notre but politique est même entièrement organisé autour de cet idéal de liberté. Mais en plus, nous sommes pour que tous soient également libres, ce qui complique singulièrement les choses.

- Il me semble que c’est ici que les questions 1.1. de Roger sur la nature du capitalisme trouvent leur place (sauf qu’elles ne se posent pas de manière abstraite) : comment pensons-nous le recul (je ne discute pas sérieusement le fantasme de la disparition de toute nécessité, nous sommes corruptibles et mortels) de la nécessité naturelle par le développement de la technique ? Et comment penser les contraintes imposées par le système technique lui-même, cette “ seconde nature ” qui pèse sur la destinée humaine comme un nouveau destin, artificiel certes, mais pas moins contraignant. Ici, on peut discuter de l’articulation technique/société en régime capitaliste, mais ce n’est pas la seule entrée, loin de là.

- Pour bien préciser qu’il y a là une rupture nécessaire avec une manière courante de faire chez nous, je me permets de copier/coller une remarque que je vous ai fait parvenir sur les amendements de Yves à la version précédente du texte de Roger. Un texte que vous avez déjà eu donc, mais que je vous ressers par sadisme.

J’y écrivais :

« [ le premier texte de Roger suggère à tort que ] les conditions historiques de la lutte politique s’imposent à nous et aux capitalistes, que les révolutions technologiques, démographiques et environnementales seraient des phénomènes qui s’imposent à nous et à partir desquels il convient d’élaborer des réponses politiques, alors que, je crois que nous en conviendrons tous, le devenir de ces révolutions est évidemment le fruit de processus complexes qui sont de plain-pied politiques. Ainsi, pour ce qui est des mutations démographiques, elles sont liées à la fois à la volonté politique de faire de la médecine une des priorités du développement scientifique, de politiques volontaristes de développement dont les modèles sont évidemment politiquement non neutres, et de représentations symboliques nouvelles liées à la diffusion de nouveaux modèles familiaux, qui sont elles aussi des enjeux immédiatement politiques.

Il me semble donc que le projet communiste ne fait pas « face » à des enjeux qui lui serait extérieurs, il propose une vision du monde dans laquelle certaines questions deviennent cruciales : l’intelligence humaine, le travail intellectuel, l’explosion de nouveaux savoirs, l’accès aux connaissances élémentaires pour millions de personnes qui jusqu’ici en étaient privées sont le point de départ d’un capitalisme nouveau, fondé sur la propriété intellectuelle, ce que certains appellent le capitalisme cognitif, et offrent ainsi à une minorité des moyens accrus de domination, mais offrent aussi des points de résistance, des espaces de liberté inédits - un partage inoui des connaissances et des richesses, l’expansion de la sphère de la gratuité dans des propositions jusqu’ici impensables, etc. Nous, communistes, proposons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contribuer à étendre ces sphères de liberté, pour subvertir la logique de domination qui pilote aujourd’hui ces évolutions. C’est possible, non pas parce que ces phénomènes seraient politiquement neutres et en attente d’une « bonne » réponse politique, mais parce qu’il est toujours possible de contester toutes les dominations, de défendre et d’étendre la liberté individuelle et collective. » ]

Il me semble donc que la question du capitalisme, de sa nature, etc., ne se pose que dans le cadre conceptuel que trace notre projet politique, et que c’est à la lumière de ce dernier qu’il faut aborder ces questions. C’est la raison pour laquelle tout le 1. de Roger me paraît à la fois intéressant (mais moi, je suis membre du PCF et familier de ses débats internes) et à re-prendre dans cette perspective. Bref, re-politisons les enjeux soulignés par Roger en 1.

A.2. - Nous ne voulons pas être privés de biens que nous jugeons nécessaires à notre épanouissement.

La raison essentielle de cette privation est l’inégale répartition de ces biens, ou encore l’accumulation de richesses, sous la forme de capital, de savoirs, d’informations et de pouvoirs, qui permet à une très petite minorité de jouir du superflu alors que l’essentiel manque au plus grand nombre, mais surtout d’organiser à leur profit la distribution des biens, et les institutions redistributrices : marchés, mais aussi systèmes scolaires, médias, etc. Nous sommes donc pour fixer de strictes limites au marché (à moins que nous soyons contre toute forme de marché, ou à moins encore que ce qui nous gène avec le marché, ce soit sa domination par des masses considérables de capitaux, et que donc nous soyons pour un marché équilibré, égalitaire, etc.). Par ailleurs, qu’entendons nous par « biens nécessaires » ? Les biens requis pour la survie, bien sûr, mais plus généralement pour une vie bonne : et qu’est ce qu’une vie bonne, aujourd’hui ? Qui est maître d’en décider ? Jusqu’où une collectivité politique peut être laisser les individus en décider ? [ vous voyez, camarades, les questions théoriquement très concrètes sont parfois théoriquement très redoutables ]. Ici, il faudrait discuter de la frontière public/privé, des biens qui, à notre avis, devraient faire l’objet d’une gestion publique, pour que l’accès à ces biens soit garanti pour tous. (Nous sommes certainement pour le libre accès à l’air, mais sommes-nous tous, et est-ce très communiste, d’être pour le libre accès à la télévision ?)

C’est à ce point, évidemment, qu’il faudrait discuter propriété, et éventuellement faire le point sur notre manière de concevoir l’appropriation collective des moyens de production, etc. Mais il ne s’agit pas seulement de production, mais aussi de consommation, de distribution et surtout pas seulement de richesses, mais de savoirs et de pouvoirs, la question gagnerait grandement à être élargie (qu’est-ce que le pouvoir symbolique, qu’est-ce que le pouvoir scientifique, qu’est-ce que le pouvoir des images, comment les produire, les distribuer, etc). En outre, il s’agit moins de se demander ce que devient une question très classique (exercice qui relève de plain-pied de la philosophie spéculative, je vous renvoie à ce sujet à un excellent bouquin sur le sujet, M. Xif..., La propriété, étude de philosophie du droit, PUF, 2004, 29 €), mais pour ce demander ce qui, dans la propriété, et dans les autres institutions concernées par notre volonté d’acccéder aux biens nécessaires, ce qui précisément nous empêche d’y accéder durablement, et comment faire concrètement pour que ce soit désormais possible.

A.3. Nous ne voulons pas que tous les biens rélèvent d’une logique marchande.

La question précédente se dédouble : le marché n’est pas une institution statique : non seulement les biens y sont inégalement distribués, mais tous les biens qui n’y sont pas ont vocation à y être : c’est la marchandisation. Nous refusons d’avoir à payer l’air que nous respirons, l’électricité qui nous chauffe, les livres que nous aimons, nos reins ou nos utérus, etc. Cette question est celle de la marchandisation : comment poser des limites à cette marchandisation ? Par le droit ? Et comment empêcher la marchandisation sans répression féroce (il se trouve en effet toujours quelqu’un pour vendre son organe à un autre, qui est prêt à le lui acheter, non ?). Et puisqu’on parle de rein, que pensons-nous du risque de basculement dans la post-humanité dans le contexte de la révolution biologique actuelle ? Comment répondons-nous à la question jadis posée par Lucien : de quelle humanité voulons-nous ? Et pour ce qui concerne les biens que nous jugeons nécessaires à tous, sommes-nous pour garantir leur gratuité totale ? Mais alors lesquels, et comment comptons-nous y parvenir ? Faut-il des « services publics » ? Ont-ils jamais réussi à assurer cette gratuité ? Et si tel est le cas, comment les faire fonctionner ? Etc.

Ici donc trouverait sa place ce que Roger écrit dans le 1 à propos des discussions relatives à la régulation du marché, à l’économie mixte, etc., mais aussi celles qui portent sur un aspect de ce qu’on appelle à tort LA « mondialisation » (expression confuse parce qu’il me semble que le phénomène recouvre en fait des processus extrèmement hétérogènes). Une chose est certaine, il y a expansion géographique de la sphère marchande, on pourrait discuter de ça dans ce paragraphe.

A.4. - La question de l’organisation de la vie collective. Le recul de la contrainte politique.

D’abord une remarque, je vais vite : la question de la vie collective ne renvoie pas seulement à des institutions politiques, en particulier n’en relève pas la première des institutions collectives : la famille. Discutons, bien sûr, famille, phallogocentrisme, etc. Discutons d’ailleurs de savoir si nous jugeons cette question politique. J’aborde tout cela dans le § suivant.

Les questions précédentes soulèvent celles de l’organisation de la vie collective, la question politique : nous voulons conduire librement nos existences et participer librement à l’élaboration collective des conditions du vivre ensemble, nous refusons que les modalités de la vie collective, le destin des collectivités politiques auxquelles nous appartenons soient déterminés par une minorité qui contraint le grand nombre. Nous sommes partisans de la démocratie radicale parce que nous sommes contre toutes formes de coercition politique. D’ailleurs, il existe de très larges espaces de notre vie collective où règne encore le principe de l’autonomie. Ainsi, la liberté de conscience religieuse a été conquise contre les appareils religieux, et le monde ne s‘est pourtant pas écroulé. Demain, le mariage (j’y reviens) pourrait fort bien cesser d’être une catégorie du droit civil, ou plus précisément, les modalités d’union civiles pourraient être désexualisées sans qu’il ne se passe rien, sinon plus d’autonomie et de liberté dans la vie de couples sexuellement indéterminés.

Mais il est vrai que, malgré l’extraordinaire et récent développement des institutions de la démocratie participative, les exemples de ce genre sont rares : notre société est gangrénée par la coercition politique, que renforce l’inégale répartition des savoirs et des pouvoirs et leur délégation. Est-ce à dire que nous sommes contre la démocratie représentative ? Où bien souhaitons-nous articuler démocraties représentative et participative ? Et comment ? Créer des espaces de liberté politique est une chose, jouer le jeu d’institutions conçues pour la domination en est une autre : comment articulons-nous les deux démarches ? Et pensons-nous que le recul de la domination politique soit aussi un recul de la règle commune et de son application ? Confondons-nous le droit dans notre critique de l’Etat ? Ici, nous retrouvons la très classique « question de l’Etat » que nous ne traiterons pas comme telle, mais dans la perspective de considérer ce qui nous barre notre projet d’émancipation dans l’existence de ces institutions : est-ce que l’existence de règles de droit, de juges impartiaux, d’appareils destinés à sanctionner les manquements à ces règles sont des problèmes pour agir librement ? La réponse est évidemment : ça dépend des domaines de la vie, de la nature de ces règles et de ces appareils. Discutons. Au fond de ces questions, il y a l’identité politique collective, la notion de communauté politique. C’est le dernier front.

A.5. - Nous refusons les oppressions identitaires, et sommes pour la liberté des rencontres.

Dans l’histoire des oppressions, celle qui repose sur la hiérarchisation des identités humaines est particulièrement absurde et cruelle. Elle a causé la conquête occidentale du monde, l’extermination des juifs d’Europe, et une « litanie de maux qui affligent encore le genre humain » (c’est pas de moi, c’est de Kant, mais c’est bien dit, non ?). Dans un monde de libres rencontres, il n’y a pas de hiérarchie entre communautés humaines, le principe du respect mutuel, de l’hospitalité et de l’effort de décentrement qu’appelle la naturelle curiosité pour ce qui est différent est passé dans les mœurs. Au passage, cette pacification de la diversité à une conséquence très lourde pour le projet communiste : il n’y a pas UN autre monde possible, mais DES autres mondes possibles, des alternatives au capitalisme mondialisé, un avenir post-capitaliste de la Chine qui n’est pas l’avenir post-capitaliste de l’Europe, ni l’avenir post-capitaliste de l’Afrique. Et par conséquent, nous ne parlons pas au nom de toute l’humanité, mais au nom de notre collectivité politique, dans le respect et le désir de rencontre de toute l’humanité. A moins que les principes du communisme soient les mêmes partout, parce que l’humanité n’est pas seulement biologiquement une, mais encore moralement et politiquement une ?

Evidemment, parmi les oppressions identitaires que nous refusons, il y a l’oppression sexuelle. Nous récusons toutes formes de domination masculine, sommes pour l’égalité entre les sexes, et peut être plutôt pour l’indifférence institutionnelle à l’égard de l’identité sexuelle, voire pour le refus de faire du sexe un élément identitaire (ce que réclame le mouvement queer). Est-ce à dire que nous pensons que tout est politique ? Que nous sommes partisans d’instituer des mesures inégalitaires en faveur des femmes ? Là encore, plein de sujets de discussion... Pardonnez-moi, camarades, je fatigue un peu.

Mais il faut pourtant passer à la seconde question :

B. comment comptons nous y parvenir ?

Il me semble qu’ici se pose au moins trois questions :

1) ce que nous entendons par « faire de la politique », i.e. ce que signifie pour les communistes agir collectivement pour transformer le cours des choses.

2) Comment comptons-nous y prendre, quelles sont les possibilités réelles d’émancipation, et ce qu’il convient de faire pour réaliser ces possibilités. Ce que les anciens communistes appelaient une « théorie de la transition ».

3) Comment concrètement ces questions nous sont-elles posées à nous, communistes européens, dans le contexte politique actuel.

B. 1. La conception communiste de la politique.

Nous communistes, œuvrons à notre émancipation politique, c’est-à-dire que nous politisons les questions relatives au devenir des collectivités humaines, ou encore que nous produisons les catégories mentales qui rendent pensables un tel projet d’émancipation. C’est dire qu’il convient d’assumer entièrement la nature contingente de notre projet, ce qui ne veut pas du tout dire qu’il est impossible et relève de la bravade (je n’ajouterai donc pas ma voix au passionnant débat sur présupposés, conditions, etc.), mais simplement que s’il n’y a pas de communistes pour donner au monde les cadres mentaux qui permettent de penser des devenirs communistes des sociétés humaines et des communistes pour agir dans le sens de la réalisation de ce projet, eh bien il n’y aura pas de devenirs communistes de l’humanité.

De ce point de vue, je me permets de re-copier/coller ce que j’écrivais à propos des amendements de Yves sur le texte précédent de Roger. Là encore, c’est une resucée de ce que vous avez déjà eu :

[ « je suis très opposé à l’ajout de l’adjectif « nécessaire » dans l’expression « un autre monde nécessaire et possible ». D’abord, il n’y a pas un mais des mondes possibles (le post-capitalisme chinois sera-t-il le même que le post-capitalisme européen ? Il faut être naïf pour le croire). Ensuite, ces mondes possibles sont justement possibles, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas nécessaires. Il n’existe aucune nécessité, ni technique, ni économique, ni naturelle pour que triomphent nos idées. D’ailleurs, nos idées ne correspondent pas à la vérité des processus historiques et sociaux, vérité qui serait temporairement contrariée par le capitalisme, pour la bonne raison qu’il n’y a pas de vérité des processus historiques et sociaux, mais des projets qui s’affrontent, des conflits ouverts sur une infinité de possibles dans lesquels nous cherchons à faire prévaloir notre vision du monde. Nous ne sommes pas une religion, ni une science. Nous ne nous appuyons pas sur une vérité. Nous ne connaissons pas les nécessités historiques. Mais nous faisons le pari de penser le monde de telle sorte que l’émancipation humaine y soit un projet politique possible. C’est pourquoi je propose, dans la foulée, d’enlever le « désormais » (un autre monde que l’on sait désormais possible, dans la version Roger), parce que d’autres mondes sont toujours possibles, tant qu’il y a des gens pour les vouloir du moins. » ]

Une autre manière de dire tout ceci, c’est que le projet communiste n’a pas besoin d’une conception téléologique de l’histoire pour prospérer, ou encore, pour dire les choses d’une formule provocatrice, qu’on peut être communiste sans être progressiste, ou plus exactement en ayant une position agnostique relativement à la question du progrès. Ou encore que le communisme ne porte pas le sens de l’histoire, parce qu’il se pourrait bien que l’histoire n’ait pas de sens, ou encore qu’il n’y ait pas quelque chose comme « l’histoire ». La proposition de Roger exige de ses lecteurs une telle théorie de l’histoire, ce qui est très exclusif, et donc dommageable en terme de rassemblement. Tous les théoriciens post-modernes de l’émancipation humaine ne s’y retrouvent pas, ce qui fait tout de même du monde. Le cahier des charges ne peut pas les exclure d’avance.

La question est donc : qu’est-ce que faire de la politique dans le monde d’aujourd’hui ? Comment porter les projets d’émancipation concrète développés dans le (1) ? Je crois que de ce point de vue, il convient de discuter les points suivants :

- Quelle est la place de l’action politique volontaire dans le cours réel des choses ? On retrouve la question de la seconde nature, le monde de l’homme comme destin : dans quelle mesure ?

- qui sont les sujets politiques communistes ? Individus, Citoyens, Masses, Multitudes, Classes, Parti, etc. Ici pourraient se poser les questions que nous adorons sur le rapport mouvement/parti, social/politique, mais je prie pour qu’elles se posent en termes renouvelés. Il me semble en effet que c’est en posant l’opposition du social et du politique qu’on se rend incapable de penser l’unité politique des mouvements.

- Comment procéder ? Dans ou hors du système, des institutions ? Prendre le pouvoir, par en haut, par en bas ? Dans un seul pays, dans tous les pays, etc.? Ces questions nous sont plus familières, mais il me semble qu’elles réclament des réponses inédites dont je ne trouve pas les linéaments dans notre littérature.

Il me semble que ces questions traitent de ce que Roger introduit de la manière suivante :

« Il est de plus en plus courant de rappeler que les sociétés « de classe » fonctionnent selon le quadruple registre de l’exploitation, de l’oppression, de la domination et de l’aliénation. Quelles conséquences en tire-t-on pour penser une ou des alternatives à l’ordre social actuel ? Comment donner à l’alternative l’ambition d’un mode de développement, d’un modèle social, d’un type de régulation, d’un modèle politique ? Pour le dire en d’autres termes, la critique du capitalisme se réduit-elle à un parti-pris d’antilibéralisme et d’anticapitalisme, ou implique-t-elle d’articuler le combat anticapitaliste traditionnel à tous les autres combats pour l’émancipation ? »

Ces questions se dédoublent dans les suivantes (entre autres) :

- notre rapport à la démocratie, au droit, à l’Etat, aux institutions. Il me semble que nous sommes pour la démocratie radicale et participative, pour un droit équilibré et impartial, contre l’Etat, pour la démocratisation radicale de toutes les institutions. Mais évidemment, c’est à développer concrètement. Je crois que notre point de départ pourrait être l’aspiration politique à l’autonomie, qui se traduit par l’extraordinaire développement de la démocratie participative à travers le monde.

[ est ce que c’est ce qui correspond dans le texte de Roger au § suivant : « Comment formuler aujourd’hui les fondements sociaux des pratiques visant à la subversion de l’ordre social ? Quelle image avons-nous de la transformation des classes sociales, de leur rôle, de leur représentation ? Quel impact ces évolutions ont-elles sur la transformation même de la société ? Devons-nous troquer la représentation globale de la classe contre l’image moins unitaire de la multitude ? » ]

- Notre rapport aux autres sociétés humaines, ou plutôt notre inscription dans les mondes humains : relisons le texte de Roger en essayant d’adopter un regard malgache ou chinois. Je doute que la querelle Marx / Proudhon soit essentielle à la définition d’un avenir post-capitaliste dans ces pays. La remarque s’entend de l’Europe. Je crains que le proudhonisme des pays scandinaves ne soit balbutiant. Comment concevons-nous notre expérience historique, dans la confrontation avec celle des autres sociétés humaines : pensons-nous qu’elle est centrale dans la définition du communisme, ou au contraire, que ce n’est qu’une expérience parmi de nombreuses autres, sans prétention à la généralité ? C’est la question de l’universel qui est posée ici. (Je rappelle aux lecteurs de Hegel que l’universel concret dont nous nous sommes réclamés durant des décennies présuppose l’universel abstrait, en l’absence radicale duquel il n’aurait pas non plus de sens. Et si nous n’étions ni universels, ni particuliers, mais seulement singuliers ?). La question est celle de la diversité civilisationnelle, des équilibres entre civilisations, de la paix mondiale, etc.

[ ce qui dans le texte de Roger correspond à ce passage : «  Comment, dans une visée alternative, se pensent les multiples niveaux territoriaux de l’action transformatrice : division internationale du travail, communauté politique supranationale, démocratie du local au planétaire ? L’alternative dans un seul pays est-elle envisageable ? »
Et peut être aussi au passage suivant :
« Certains disent (Benasayag) que la pensée même « d’une » alternative (au singulier) est totalisante et marquée par le caractère unitaire de l’État ; d’autres disent que la récusation de ladite alternative voue l’ambition critique au statut subordonné des contre-pouvoirs, laissant ainsi « l’historicité » aux forces du capital ? Que dire de ce dilemme ? » ]

- C’est là qu’on pourrait reprendre la question de la mondialisation, dans son versant politique et institutionnel, mais aussi civilisationnel : impérialisme ou Empire ? Est-ce que nous allons vers l’unification politique du monde, si oui, laquelle ? Etc. Existe-t-il une unification politique du monde qui soit souhaitable ?

- C’est aussi ici que prend sens une réflexion sur le regard que nous portons sur les autres expériences historiques singulières qui se sont réclamées de l’émancipation humaine, le soviétisme, le tiers-mondisme, etc. En quoi le mouvement néo-communiste que nous initions est-il inédit par rapport aux traditions d’émancipation collective précédentes ?

B.2 Concrètement, quelle stratégie pour changer les choses ?

Là, on pourrait discuter :

- construction de rapports de forces politiques. Quel sorte de rassemblement visons-nous ? Notre problème est-il de devenir majoritaires ? D’exercer une hégémonie culturelle ? politique ? Et comment comptons-nous nous y prendre ? Quelle est notre stratégie de conviction ? Cette question pose évidemment, en outre, le problème de savoir quelles institutions construire pour porter nos projets : un parti ? Une presse ? Des télés, des réseaux ? etc.

[ dans le texte de Roger, il me semble que cela correspond à ce §, qui dans l’ensemble me convient assez :

- Comment caractériser les confrontations de classes dans le cadre de l’actuelle mondialisation ? Que peut-on entendre par « acteurs sociaux », « nouveau sujet politique », « nouveau bloc social » ? Que peut-on dire de la dimension symbolique des conflits ? Quel rapport entre théorie et pratique ? Quel mode de production, de diffusion et d’appropriation des savoirs au sein même du mouvement de transformation ? Quelle est, en fait, la place du symbolique et du culturel dans ce mouvement ? Comment chacun se pose-t-il aujourd’hui la question classique des rapports du groupe social - la classe » - et des individus ? Quels effets cela peut-il avoir sur les représentations de la transformation sociale et sur ses formes d’organisation ? Comment définissons-nous aujourd’hui le rôle - ou l’obsolescence, ou l’inutilité - des partis politiques ? » ]

- Evidemment, les réponses ici dépendent largement de ce qui précède, particulièrement de la réponse à la question : qui fait la révolution ? Quels sont les sujets politiques qui jouent un rôle déterminant dans ces transformations ? Il me semble que nous pourrions discuter ici des théories de l’avant-garde, etc.

- Ici, on pourrait encore aborder la question du rapport entre luttes sociales et politiques (si vraiment vous tenez à reconduire une opposition mourante), rapport aux élections, etc., et aussi clarifier notre rapport aux institutions : y-a-t-il une manière communiste d’exercer le pouvoir local ou d’Etat ? Qu’est ce que ça veut dire, être communiste quand on est ministre ? Ici encore, concrètement, l’articulation entre démocratie représentative et directe.

- Sans doute faut-il traiter la question de la violence politique : la vieille question de la réponse révolutionnaire à la violence des appareils d’Etat. Sommes-nous par définition contre toute forme de violence politique ? Ici, les camarades, on pourrait discuter dictature du prolétariat, Grand soir, transition démocratique et nationale au socialisme, etc.

B.3. Bien sûr, nous ne parlerons pas que de l’Europe et de la France, mais...

... mais enfin, nous sommes le PCF et sauf à nous prendre pour Dieu, nos idées sont ancrées dans l’expérience et les problèmes français : ce n’est pas déchoir que de leur faire une place dans notre réflexion sur le communisme en général. Il faut se demander effectivement la place de la France dans ce projet général, à partir de sa singularité historique (terme que je préfère à exception, qui voisine de trop près avec exceptionnel dans le sens de supérieur). Ici, les réflexions de Roger sur l’héritage républicain, sur la tradition socialiste française, etc.
- L’héritage de la République française. La République Française est-elle terminée ? Que faire des idéaux républicains ?
- L’héritage du mouvement ouvrier français ? Le socialisme, sous sa forme social-démocrate comme sous sa forme révolutionnaire ou anarchiste est-il mort ? Comment, nous communistes, nous en différencions-nous ? Et en général, comment nous positionnons-nous par rapport au « social » ? Que voulons nous en sauver (if any) ?

[ce que Roger formule de la manière suivante : « Que faire des modalités classiques d’action sur le social ? Que faisons-nous en particulier du keynésianisme et de ses variantes ? » ]

J’ajouterai bien volontiers que nous, communistes français, nous positionons par rapport au soviétisme, comme par rapport à une tradition qui nous a été proche, mais qui n’est fondamentalement pas la nôtre. Il me semble que c’est une bonne manière d’aborder la question de notre rapport à l’URSS.

- L’héritage du féminisme, de l’environnementalisme, etc. Ce que Roger formule comme suit : « pouvons-nous essayer de définir les relations du communisme et des autres cultures, pratiques ou traditions de l’alternative sociale ? De façon plus spécifique - compte tenu de la nature même de ce mouvement - comment peuvent se penser les rapports du communisme au féminisme ? Quelles conséquences tout cela peut-il avoir dans les représentations du champ politique en général, et de celui de l’alternative en particulier ? »

- Cette question évidemment engage le problème des alliances politiques, de nos rapports avec les forces politiques qui se réclament de ces traditions.

4. Résumons :

Chez Roger, il y a quatre champs de questions :

1. (définition du capitalisme, etc.) est trop abstrait et doit être reformulé à l’aune de notre projet politique.

2. (alternatives passées) doit être intégré dans le débat relatif à notre stratégie et à nos rapports aux autres traditions politiques.

3. Est sans doute le passage qui me convient le mieux, il correspond à mon n° 2 (à l’exception du premier et du sixième § qui reconduisent les défauts du n° 1). Je crois en effet que nous devons pouvoir dire : « voilà comment nous comptons faire »

4. La question de la référence au communisme me semble être une question préalable, et non pas une question parmi d’autres. Je ne crois vraiment pas qu’il soit nécessaire de poser ces questions, au moins à ce stade, d’abord parce qu’elles se posent d’elles-mêmes sans qu’il soit nécessaire de les poser, ensuite parce qu’elles sont potentiellement diviseuses. Il me semble tout à fait évident que nombre de personnes vont se rassembler dans notre initiative à partir de malentendus, de quiproquos, de polysémie déroutante des mêmes termes, il me semble aussi que c’est une condition du rassemblement : pourquoi vouloir préciser les choses ? Croyez-vous que si je savais exactement ce que chacun d’entre vous entend par communisme, j’aurais envie de travailler avec lui ? La question « qu’est ce que le communisme ? » ne doit pas être abordée de manière frontale, brutalement. C’est une question difficile, glissante, qui réclame du doigté, de l’oblique ou bien une forme d’insousciance qui se fait inconscience à force d’être imbécile (croyez-vous, camarades, être les seuls hommes qui, depuis l’aube de l’humanité, savent ce qu’ils font ?).

Je plaide donc, avec tout le respect que j’ai pour le travail de Roger au demeurant excellent lorsqu’il s’agit de décrire les débats qui nous animent, pour une réécriture à la fois plus politique, et plus concrète, c’est-à-dire mieux politique.

Jean Dorval

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