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bref bilan de la réunion du 21 Mai

mercredi 4 juin 2008, par Janine Guespin

La séance a été divisée en deux parties, de courtes interventions préparées par 8 participants ont été suivies par une discussion générale (14 participants). Les interventions préparées sont disponibles dans cette rubrique, où pourront s’ajouter celles des interventions de la discussion qui me parviendront (encore qu’e la méthode consistant à utiliser vous même al possibiité de ’répondre àcet article soit aussi très utile et plus itneractive).

Vous trouverez ici un bilan résumé de la séance dont j’assume la subjectivité, mais où le contenu des interventions a été vérifié par les intéressés.

Introduction

J. Guespin (biologiste) Il faut un parti pris de la complexité pour s’opposer à la toute puissance de la pensée du sens commun. On peut, sinon définir la complexité, tout au moins, la caractériser par une liste non exhaustive des propriétés d’un système complexe. La pensée du complexe est une pensée dialectique ‘enrichie’ par les sciences de la complexité d’une manière qui demande études. De nouveaux outils pour la politique peuvent en être déduits dans un effort de coopération entre chercheurs et militants. C’est le but de cette séance de travail.

Parti pris de la complexité et parti pris politique ?


JL Sagot Duvauroux
(philosophe)

Le parti pris de la complexité génère une excitation intellectuelle, la perspective d’avoir une aide pour un regard différent sur la vie politique. Il y a par exemple un certain nombre de faits (contradictions ?) que l’on n’a pas su expliquer dans une perspective linéaire (et qu’on a aussitôt oubliés parce qu’ils dérangent). Mais l’enjeu essentiel est celui du pouvoir qui répond à une logique, à un parti pris, linéaire, et participe (ou préside) aux résistances contre la pensée du complexe. La voie de l’émancipation au contraire est multiple, hétérogène et n’a même pas toujours besoin de cohérence.

Pour Quoi le parti pris de la complexité ? (Exemples)

B.Doray (Psychiatre) décrit un évènement qui a émergé dans le cadre du suivi particulièrement compliqué d’une patiente. En tentant de lui faire intégrer une vie plus active par le biais d’une implication dans une pétition, il a suscité un mouvement plus vaste de plusieurs patients qui se sont constitués en collectif ‘pour la dignité des soins’, mouvement collectif d’où a en retour émergé un changement de la trajectoire individuelle de tous ces patients.

F.Sitel (militant politique), s’interroge sur la manière de parvenir à convaincre de l’intérêt de la pensée du complexe et propose qu’elle doit être utile pour empêcher la ‘mélancolique’ désespérance devant les échecs des tentatives politiques, par une meilleure prise en compte des réalités, non seulement au niveau de l’analyse, mais même au niveau de l’action.

P.Zarka (militant politique) recherche lui des outils pour penser la complexité de la société, et pense qu’une des déficiences importante due à la pensée linéaire en politique est l’absence de prise en compte de la subjectivité ce qu’il illustre sur plusieurs exemples passés ou contemporains. Il s’interroge ainsi sur le fétichisme de l’état, sur l’ambivalence possible de la notion de dominés, qui se transforment en dominateurs et sur la signification de la notion de cohérence et du bon usage que l’on pourrait en faire.

Comment penser le complexe ? Exemples de démarches.

E.Gauthier (militante politique), conteste la pertinence des concepts issus des sciences de la complexité qu’elle ressent comme importés dogmatiquement des sciences de la nature, et montre comment la pensée d’auteurs marxiste, notamment de Gramci permet de prendre en compte la complexité politique en s’enrichissant de sa propre utilisation. Elle applique cette pensée à l’analyse de l’hégémonie de Sarkosy face auquel la gauche n’a pas su appliquer une stratégie de contre hégémonie.

Y.Schwartz, (philosophe, ergologue), pense l’activité humaine, (travail, mais aussi agir politique) au sein de cette forme historique (qui n’a pas toujours existé et qui n’existera peut-être pas toujours) que sont les sociétés marchandes et de droit, comme en tension entre trois pôles (les gestions, la politea, les marchés). Tensions dynamiques entre chacun des axes qui rendent compte de l’instabilité fondamentale, de la dialectique entre local et global, entre micro et macro, et qui interdit l’anticipation.

C.Vermeulin (chimiste) illustre l’utilisation métaphorique de certaines des méthodes des sciences de la complexité pour jeter un regard nouveau et poser des questions différentes. Par exemple la notion de bassin d’attraction ou la construction de trajectoires dans l’espace des causalités pour décrire l’évolution politique de la société française depuis un demi siècle, ou celle d’amplificateur pour appréhender des aspects contradictoire de l’action des partis ou organisations.

La discussion.

Comme souvent, la discussion, riche et intéressante, a porté sur trop de points pour permettre d’en approfondir aucun, de confronter vraiment les options de trouver les points d’accords potentiels et les désaccords persistants, au delà d’une utilisation parfois différente des mots. Elle a cependant, mieux que lors des précédentes réunions, permis de cerner les principaux points de friction, et de dégager des perspectives concrètes pour la suite du travail. J’ai tenté de faire le bilan des points à approfondir, ou des suites à donner, en différenciant trois axes.

I Comment penser le complexe, apports respectifs du marxisme et des sciences de la complexité ? Cette discussion n’a pas eu lieu, mais les échanges en ont montré l’urgente nécessité. La pensée du sens commun s’oppose tout autant au marxisme (dans ses diverses acceptions) qu’à la pensée issue des sciences de la complexité, qu’elles proviennent des sciences de la nature ou de la société. Pour penser le complexe en politique, qu’apportent les auteurs marxistes, en particulier contemporains ? Doit on les enrichir, les mettre à jour, et comment ? Est-il suffisant de les enrichir par les pratiques qu’ils suscitent comme le suggère Gramci ou peut on tirer avantage des concepts issus des sciences de la complexité ? L’utilisation de ces concepts est elle inécessaire pour actualiser la pensée du complexe ou au contraire est elle inutile, voire dangereuse car dogmatisante ? Ne faut il pas, sans "importer" des solutions d’une science à une autre, ce qui transformerait le tout en recette, prendre en compte ce qui se développe dans toute la pensée contemporaine ?

Un travail sur les textes de marxistes, en utilisant la grille de lecture de la complexité pourrait être une première étape dans ce débat de fond.

II Pensée du complexe et rapports entre l’analyse d’une situation et l’action politique elle-même ? Tout le monde s’accorde sur l’intérêt de penser la complexité pour analyser une situation politique mais l’intérêt pratique d’outils spécifiques ou généraux dans cette étude n’a été que peu abordée et nécessiterait des applications concrètes. (Ceci rejoint d’ailleurs en partie le premier axe). En ce qui concerne l’action politique elle-même, y a-t-il utilité, place, d’une pensée du complexe et comment ? le travail reste à faire. Et cela rejoint pour partie le troisième axe

III La notion d’état et de pouvoir comme axe de la pensée linéaire et anti-complexité ? Qu’est-ce que la cohérence ? Quelle(s) notion(s) ‘complexe(s)’ peu(ven)t remplacer la verticalité linéaire ? Ces questions, sont revenues à plusieurs reprise sous des formes diverses au cours de la discussion. Si plusieurs participants ont la conviction que ce problème est majeur, il reste à travailler la manière dont la pensée (implicite ou explicite) du complexe modifie les données.

Une proposition pour la suite du travail dans ce sens a été reprise par une majorité de participants. Il s’agit de partir de ce qui a été expérimenté sur le terrain, tant à l’occasion des élections ces deux dernières années ou des expériences inédites ont réussi (l’Ariège, Corbeil-Essonnes, Fontenay sous bois, pour n’en citer que quelques unes), que dans des associations ayant réussi des modes d’organisation non verticales (on a souligné qu’il n’y en a pas beaucoup).

Dans un premier temps, il faudrait donc répertorier ces expériences (et si possible intéresser certains des acteurs à cette démarche), pour pouvoir les comparer, voir ce qui peut être commun, et ce qui, éventuellement peut bénéficier de et à, une réflexion dialectique et complexe.

Mise en oeuvre des propositions.

Une initiative à la fête de l’huma a été proposée mais a suscité plusieurs réserves, à la fois sur la faisabilité d’un tel travail dans le contexte de la fête de l’huma et sur les autres initiatives que Esapces marx et l’OMOS prévoient. Pour mettre en place et en oeuvre les deux propositions qui ont été émises (lecture des textes de marxistes, et recensement des initiatives politiques et organisationnelles ‘non linéaires’) il a été proposé que la discussion continue jusqu’en Juin par mail sur la liste de diffusion de l’atelier L.

Ce bilan (subjectif) se veut aussi une première contribution à cette réflexion.

Janine Guespin

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