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Pourquoi un parti pris pour la complexité ?

mercredi 4 juin 2008, par Bernard Doray

D’abord, il y a un point de vue éthique ou philosophique, qui a à voir avec ce que l’on fait du matérialisme et de la dialectique. L’idée que je me fais du matérialisme implique une subordination des catégories, des formules, des mythèmes, des mathèmes, et plus généralement des symboles, par rapport au réel dans sa complexité foisonnante. De la même manière, les découpages épistémologiques me paraissent seconds par rapport à la dialectique générale de la matière. Bien entendu je crois profondément qu’il faut des disciplines et des catégories pour penser, mais c’est là le travail de la Culture, qui est second par rapport au réel .

Cette généralité et le parti-pris qui va avec, je le retrouve évidemment dans la recherche qui n’est recherche que si elle ne se voue pas à la célébration des canons académiques, et si elle peut confronter ses représentations non seulement au réel de son objet, mais aussi au réel de ses propres représentations (voir Bourdieu).
Je retrouve aussi ce parti-pris dans la clinique psychiatrique ou psychanalytique, où la passion pour la structure, le cadre, la doxa accompagnent toujours un penchant secret pour la paresse et le renoncement à penser et à imaginer. Tony Lainé, dont l’enseignement pratique a accompagné toute ma formation, fulminait souvent contre des corsets de la pensée et du désir énoncés à l’enseigne du : « Il ne faut pas rêver ! ».
Aujourd’hui, la maladie du « faut pasrêver » est dans tous les coins de la psychiatrie, de la psychanalyse et de la psychologie clinique. On pense bien entendu aux exactions du cognitivo-comportementalisme, mais aussi aux renoncements d’un Jacques-Alain Miller proclamant comme une évidence partagée que : « En vérité, la “marchandisation“ du mental est consommée depuis belle lurette ».

Enfin, il faudrait ouvrir tout un chapitre pour interroger la manière dont, dans la militance, les positions déviantes ou simplement originales, sont écrasées par des modèles massifiants qui tuent la complexité et la biodiversité dans le domaine de la pensée. Ce sera pour une prochaine fois.

Je pense que l’autre texte, « Prise en charge de Madame M. et la suite », devrait annoncer assez bien la couleur.

Bernard Doray

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