Accueil > OLD > Ateliers, Séminaires > Rencontres philo & Marx Contemporain > Tous les compte-rendus

Etre antitotalitaire : Enzo Traverso et Marie-Claire Caloz-Tschopp

jeudi 16 mars 2006, par Arnaud Spire

Les écrits des philosophes semblent parfois de bien curieux labyrinthes. Il y a rarement un seul fil d’Ariane pour en sortir un sens. Lire ou relire Hannah Arendt, philosophe, juive, allemande, et éprise d’Heidegger malgré l’horreur que lui a inspiré son engagement pour les nazis, le montre bien.
Les rencontres philosophiques du Réseau Marx contemporain d’Espaces Marx viennent d’en faire l’expérience en recevant successivement, à huit jours d’intervalle, Enzo Traverso, qui propose un « mode d’emploi du concept de totalitarisme » et Marie-Claire Caloz-Tschopp qui réfléchit sur les enjeux de la notion de « superfluité » humaine recouvrant le quotidien des immigrés.

Pour Enzo Traverso, l’idée de totalitarisme donne naissance à un concept capable de représenter un espace qui relie les deux extrêmes qu’ont été Auschwitz et le goulag. La lecture d’Hannah Arendt lui suggère de dresser l’inventaire des antitotalitarismes du XXe siècle. En tant qu’historien et non philosophe, il s’agit là, pour lui, d’une manifestation d’esprit critique qui va bien au-delà des événements historiques considérés et qui, d’une certaine manière, légitime que le libéralisme se présente lui-même comme un « horizon indépassable ». La gauche devrait, selon lui, pour assurer son avenir, se réapproprier le concept d’antitotalitarisme. Toutefois, l’historien prend soin de distinguer le nazisme qui est une violence projetée vers l’extérieur de la nation, avec ses chambres à gaz avaleuses d’exclus, étrangers ou non, du stalinisme qui est une violence interne à la société, qualitativement différente de celle des nazis. À la question de savoir si le totalitarisme ne se survit pas à lui-même dans les sociétés dites post-totalitaires, l’invité évoque les nouvelles formes contemporaines de destruction du politique.

Tout autre a été la lecture de Marie-Claire Caloz-Tschopp, qui a mis en évidence chez Hannah Arendt la portée actuelle du concept clé de « superfluité » humaine qui lui sert à interroger les pratiques et les discours envers ceux qui sont « sans-État » mais aussi sans-droits, sans-toit, sans-emploi, etc. Son récent ouvrage paru aux éditions de La Dispute actualise cette réflexion vis-à-vis de l’Europe libérale aux frontières de laquelle rôde le sinistre spectre des camps que sont les centres de rétention. À l’analyse, un certain « total libéralisme » montre que ceux qui se résignent risquent de devenir des agents de quelque chose qui est de l’ordre de la destruction. Or, détruire était précisément la singularité du totalitarisme nazi par opposition au totalitarisme stalinien... A notre époque, tout régime politique qui élimine des humains pour les transformer en « superflus » devrait être combattu par une pensée action. C’est ce que devrait être, selon Marie-Claire Caloz-Tschopp, la pratique philosophique.

Arnaud Spire

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0