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L’angoisse de bien agir : Edgar Morin

jeudi 16 mars 2006, par K. Gantin

A l’aide de quelles valeurs surmonter l’angoisse de bien agir, alors que, si souvent, le fruit de nos actions échappe à nos intentions ? Ce questionnement crucial a poussé Edgar Morin à rédiger le tome ultime de sa Méthode, intitulé L’Ethique [1]. Dans une atmosphère intime polémique et chaleureuse, une quarantaine de personnes s’est réunie mi-décembre à l’initiative d’Espaces Marx et de la fondation Gabriel Péri autour de ce singulier défricheur d’universel. Au cœur du rendez-vous : l’éthique, donc, mais aussi le communisme, puisque l’animateur Arnaud Spire avait judicieusement proposé de discuter conjointement d’un autre livre de l’auteur : Autocritique [2], portant sur les raisons sa sortie du communisme, entre reconnaissance du pragmatisme nécessaire à la lutte et « réveil éthique » face aux réalités négatives accumulées. Il fut question de marxisme enfin avec la notion morinienne de « dialogique », - d’après Arnaud Spire une féconde héritière de la dialectique, - qui pose que deux termes antagonistes ne se dissolvent pas dans un troisième mais continuent d’y vivre dans une tension transcendée. « L’action représente toujours un pari », a déclaré pour sa part Edgar Morin. Selon l’auteur, une écologie de l’action contemporaine doit se construire à un triple niveau, individu, société, espèce, grâce à une reconnaissance et un dépassement de la contradiction entre égocentrisme et altruisme, tous deux légitimes. Une éthique de l’amour décrite comme « reliance à autrui » permettrait dès lors de reconstruire un champ possible pour l’action humaniste, alors que les fondements des éthiques anciennes sont sapés par le cloisonnement et la spécialisation bureaucratiques accrus de nos sociétés, le relâchement de l’étreinte communautaire et le désir croissant d’autonomie individuelle. Edgar Morin a posé au final L’Ethique comme clé de voûte de sa « pensée complexe », appelant à la conscience de notre permanente fragilité et au décloisonnement des savoirs comme conditions préalables à une nouvelle aventure émancipatrice de l’humanité.

Karine Gantin

Notes

[1La Méthode t.6, L’Ethique, Seuil, 2004

[2Autocritique, Seuil, 1959, rééd. « Points Essais », 1983

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