Accueil > Thématiques > Sciences > Science et démocratie

A propos de ’sciences et démocratie’, l’exemple des nanotechnologies en Rhone-Alpes

samedi 29 novembre 2008, par François Auguste

Contexte.

Les nanotechnologies, c’est quelque chose que l’on connaît plus ou moins : elles peuvent se définir comme la modification du « tout petit », l’échelle du nanomètre (un milliardième de mètre), avec des propriétés nouvelles et des outils spécifiques, la nanoscience. Cela peut par exemple conduire à un assemblage entre le vivant et l’inerte.

Aujourd’hui, au moins sept cents produits de consommation courante sont issus des nanotechnologies dans de nombreux domaines d’application comme la médecine, la chimie, l’informatique, l’industrie automobile ou l’environnement. Des pneus, des cosmétiques, des vélos, etc., contiennent des nanoparticules.

Le fort développement des nanomatériaux et des nanotechnologies génère des incertitudes quant à leur impact sur l’environnement, les habitants, les consommateurs, les personnels de recherche ou de production et sur la société en général.

La recherche sur les nanotechnologies semble sans fin car les applications vont trouver d’autres applications. Les promesses de résultats sont sans cesse reconduites. Le développement des nanotechnologies semble irrémédiable. Mais ce processus peut être maîtrisé voire stoppé, si nécessaire. Alors on peut légitimement se poser la question : les systèmes de réglementation actuels sont-ils à la hauteur de cette situation ? Et tenter de réglementer un monde d’incertitude, en :

- cherchant à identifier comment les débats qui se sont en train de se développer dans l’espace public à partir d’initiatives institutionnelles ou"sauvages" peuvent avoir des effets sur les processus de décision ;

- analysant les formes institutionnelles de débat afin de proposer des formes autonomes de participation citoyenne.

Ainsi, comment favoriser la montée en puissance d’acteurs qui se définissent par leur volonté d’être partie prenante du débat ? Avec les nanos, en raison de leur caractère diffus de propagation dans tous les secteurs d’activité, en raison des convergences disciplinaires (chimie, physique, biologie, médecine.) qui accompagnent ces techniques, en raison des discours de la promesse qui les rendent publics, il est nécessaire d’avoir une expertise plus diversifiée, en termes de points de vue et d’acteurs, pluraliste, contradictoire et transparente.

 Ces questionnements ont conduit la région Rhône Alpes, à l’initiative d’élus, de citoyens, d’associations, à organiser des débats ou à se constituer en collectifs, afin que les questions posées, soient écoutées et prises en compte, notamment par les élus et les décideurs scientifiques, en vue d’influer sur les décisions.

L’expérience en région Rhône Alpes

Un panel de 30 citoyens Rhônalpins a été tiré au sort, représentant la diversité de la région pour participer à un processus de réflexion sur le thème des « Nanotechnologies et de la décision publique » initié par le Conseil régional. Réunis en séances de travail (en atelier et en grand groupe) et articulées à deux journées de colloque sur ce thème, les panélistes ont progressivement reçu des informations, qui ont suscité une prise de conscience et ont permis de formuler un certain nombre de constats, préconisations et questionnements qui ont donné lieu à un « avis ».

Dans le cadre de la démarche de démocratie participative, le Conseil régional a décidé de poursuivre et amplifier la consultation suite à ce premier échange. Le débat se poursuit dans les départements en 2009, avec des panels citoyens tirés au sort et des réunions où seront invités largement les Rhônalpins. Cette suite, donnera lieu a la mise en place d’un comité scientifique et citoyen, d’une plateforme Internet permettant de constituer un lieu « ressources » de documents scientifiques et de « vulgarisation » du sujet. L’objectif est d’associer à la réflexion le plus grand nombre de citoyens en vue de faire des choix le moment venu, en toute connaissance de cause.

L’expérience à Grenoble

A Grenoble, le collectif CENG (Collectif sur les Enjeux des Nanotechnologies à Grenoble) entend construire une démarche collective initiée par des personnes et associations diversement engagées dans des actions d’information, de débat, d’intervention autour des questions posées par le développement des nanotechnologies. Cette démarche cherche à interroger les processus de prises de décisions des collectivités territoriales (Ville, Communauté d’agglomération, Conseil général, Région Rhône Alpes), souvent en liaison avec l’État et des entreprises, concernant des politiques de développement scientifique, technologique, économique, territorial, universitaire., dont les enjeux et les conditions de mise en ouvre intéressent au premier chef les citoyens.

Le CENG a participé, par le biais de l’implication de ses membres, à différentes actions notamment l’opération Nanoviv à Grenoble, au colloque organisé par la Région sur les nanotechnologies et participe activement au Nanoforum à Paris, organisé par le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers). Il a pour objet l’analyse critique, pluraliste et la mise en débat des choix, des procédures de décisions publiques et privées et des applications concernant les nanotechnologies à partir de la situation de la région grenobloise.

Le collectif tente de construire une action non institutionnelle, non partisane, ce qui ne veut pas dire apolitique. Il n’est pas question de développer un propos pro-techniciste ou anti-techniciste, pro ou anti-nano, ni même de mettre en parallèle avantages et inconvénients dans une logique binaire. Il n’est pas non plus de vouloir rester uniquement sur le plan de l’éthique. La volonté de dépasser la dimension technique et éthique implique de se situer dans l’espace et le champ du politique : c’est-à-dire, partir des logiques d’acteurs, des rapports de force entre les acteurs économiques, les experts, les pouvoirs publics.

Son action peut se résumer ainsi : Instruire ; Interroger-Interpeller ; Informer ; Intervenir ; Influer.

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0