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Le capitalisme selon Marcel Gauchet

jeudi 16 mars 2006, par Arnaud Spire

Depuis la parution du Désenchantement du monde, il y a vingt ans, le philosophe Marcel Gauchet voit sa notoriété grandir dans le Landerneau philosophique. L’hospitalité offerte par les rencontres philosophiques d’Espaces Marx jeudi dernier a confirmé l’actualité contradictoire de sa pensée. La parution de son dernier ouvrage Un monde désenchanté ? [1], amplifie, s’il en était besoin, l’audience en France des tentatives du rédacteur en chef de la revue le Débat de tirer une leçon de l’échec au XXe siècle des essais de dépassement du capitalisme. C’est la nature même du système telle que la véhiculent ses contestataires que tente de repenser le théoricien. Comment ne pas reconnaître que son concept de « désenchantement » est passé ces dernières années du langage philosophique au langage de monsieur tout-le-monde ? Concept-sac ou concept-clé ? Lucidité ou désacralisation ? Voilà toute la question.

Marcel Gauchet distingue l’« anatomie du capitalisme » de sa « physiologie » (fonctionnement). Marx aurait attribué au mécanisme « trop de cohérence ». Il s’agit, pour l’invité de cette soirée, d’une société qui se pose progressivement dans le temps comme se produisant elle-même. L’économisme ambiant a aidé à faire de ce système la société de la « sortie de la religion ». Le sens de l’histoire - si sens il y a - incomberait désormais à la seule production économique et l’axe du calcul monétaire deviendrait l’axe de la création du futur. Ce qui n’était que moyen devient à lui-même sa propre fin. Les sciences et les techniques insuffisamment prises en compte dans leur rapport avec le capitalisme déterminent la capacité permanente du système à se renouveler, voire à se changer. Assisterait-on à un retour du religieux ? La question sera évoquée mais l’essentiel résiderait dans les deux figures individuelles qui ont été valorisées par ces sociétés de travail : le savant bien sûr, mais aussi l’entrepreneur. Tout le problème serait, pour Marcel Gauchet, de transiter vers une société de consommation, ce que n’aurait pas réussi l’URSS. Avec la « mondialisation de la consommation », une forme d’organisation sociale originale émerge, « l’entreprise » pour laquelle le problème économique numéro un serait de maintenir la « rareté » dans les limites du marché. La physiologie proposée par le philosophe ne manque certes pas d’optimisme. Nous serions dans une « société d’abondance » où il faudrait lutter, comme le fait « le front écologique », pour la rareté. Cette « autoproduction de l’humanité par elle-même » lui semble à la fois l’objet de l’économie et l’esprit véritable du capitalisme : la production artificielle d’un environnement humain devant donner naissance à une « nature culturelle : l’anthroposphère ».

Faut-il ajouter que cet exposé, pour le moins insolite, dans les locaux d’Espaces Marx, a été diversement accueilli par un public très nombreux. Un début de discussion sans concession - plus philosophique que politique - a cependant donné un grand intérêt à cette rencontre.

Arnaud Spire

Notes

[1Un monde désenchanté ?, Marcel Gauchet, Éditions de l’Atelier, 254 pages, 24 euros.

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