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Pourquoi une revue européenne de débat ?

dimanche 30 mars 2008

Transform !, dont Espaces Marx est la principale composante française, publie une revue de réflexion et de débat. Pourquoi cette initiative ? Quel intérêt les communistes et plus généralement les militants de la gauche critique peuvent-ils y trouver ? Nous avons interrogé Michel Duffour, directeur de la publication, et Élisabeth Gauthier, qui représente Espaces Marx dans le comité de rédaction européen de la revue

Propos recueillis par Dominique Crozat et Louis Weber

Qu’est-ce qui a conduit les animateurs du réseau Transform ! au niveau européen à concevoir ce projet de revue, qui concerne 13 pays ?

Élisabeth Gauthier : Cela fait maintenant sept ans que Transform ! existe et organise des colloques, des rencontres, des journées d’étude dans différents pays. Tout cela produit un échange continu. Mais du fait des distances au niveau européen, il est nécessaire de passer par l’écrit pour diffuser ces échanges au plus grand nombre.
L’espace européen est aujourd’hui un espace commun du point de vue du débat politique. Il est donc important de partager ce débat avec les militants. Jusqu’à présent on déléguait les questions européennes à quelques spécialistes. La revue est donc aussi une tentative de démocratiser le débat politique européen.

Michel Duffour : Cette revue est un lieu de confrontation des progressistes européens qui écrivent sur des sujets qui nous sont communs ou qui nous sont proches. Nous méconnaissons souvent leurs analyses. Il y a des situations différentes de pays à pays, ce qui fait émerger des points de vue différents. Cela nous enrichit et nous donne la possibilité d’avoir accès aux réflexions des intellectuels, des dirigeants politiques, des syndicalistes d’autres pays d’Europe. Bien sûr, nous ne cherchons pas un modèle de pensée ailleurs. Nous souhaitons élargir nos points de vue à travers cette revue.

Il existe déjà de nombreux supports pour l’information des différentes structures du parti communiste. Quel sera l’utilité propre de la revue ?

MD : Il y a évidemment l’Huma. Mais dans l’Huma et les autres supports, les analyses sont en général faites par des journalistes français qui jettent un regard sur ce qui se passe au-delà de nos frontières. Là, nous donnons sur tous les sujets la parole à des responsables européens. Ce que personne d’autre ne fait à cette échelle. Ce sera l’originalité de Transform ! Le parti communiste cherche par exemple à susciter un front progressiste européen à l’occasion des prochaines élections européennes. L’apport de la revue, qui ne vaut d’ailleurs pas seulement pour le parti communiste, sera de faire connaître les contributions très diverses d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, etc. Le but, c’est de faire sentir dans la revue la vitalité de la lutte d’idées, la diversité des points de vue qui existent dans ces pays. Toutes les familles politiques avec lesquelles Espaces Marx et Tranform ! travaillent doivent pouvoir donner leurs appréciations et leurs analyses dans cette revue.

EG : Nous voudrions faire de cette revue, publiée deux fois par an, un outil qui, sans être détaché de l’actualité, cherche cependant à élargir l’horizon. Beaucoup de militants éprouvent ce besoin de réagir mais aussi de réfléchir dans la bataille idéologique très rude aujourd’hui. Les directions nationale et départementales en ont besoin aussi. Toutes les organisations, le PCF aussi, éprouvent de grosses difficultés à répondre à cette demande.
Partout en Europe, il y a des recherches à gauche pour construire autre chose. Il y a des pensées nouvelles avec leurs difficultés, leurs avancées, leurs contradictions. Le formatage néolibéral des sociétés a progressé partout en Europe, même s’il y a des différences.
Le dernier numéro de la revue contient par exemple un dossier sur le modèle social européen. Il a été élaboré à partir des regards croisés de partenaires de différents pays. On voit tout de suite ce qui, au delà de cette diversité, est fondamentalement en jeu. Ce recul réflexif permet de dégager les grands axes, les défis et, aussi, les possibilités de réagir.
Notre but est de faire une revue vraiment européenne, qui se propose de parler des questions posées aux uns et aux autres dans leur pays, mais aussi en Europe et dans le monde. Nous la voulons de gauche, critique, transformatrice et alternative. Elle doit permettre de faire avancer le débat politique et de connaître les expérimentations et les réflexions en cours.

Comment comptez-vous faire le lien entre la réflexion intellectuelle et l’action politique ? Entre la revue et les structures du parti communiste dans les départements ou les régions ?

MD : C’est une revue qui exige un effort de rédaction, de recherche. Mais tous les acteurs politiques qui le souhaitent ont vocation à prendre la plume pour apporter leurs expériences et les confronter. Nous ne cherchons pas à ce que seule telle ou telle famille politique apparaisse mais plutôt qu’il y ait un bouillonnement d’idées. Les militants sont donc tout naturellement parties prenantes de ce travail.

EG : Il y a dans le mouvement des idées des choses du plus grand intérêt pour celles et ceux qui cherchent à développer l’action politique. Il y a besoin d’un vrai travail pour les faire connaître, les rendre accessibles, afin que les militants puissent prendre appui sur elles pour repenser leur propre activité. Inversement, il faut mettre en rapport les enseignements qu’on peut tirer des expériences concrètes avec le mouvement des idées. Ce retour est nécessaire aux chercheurs engagés. Nous souhaitons donc tirer parti de ce que peuvent dire les chercheurs, à le rendre accessible à travers la revue aux militants qui n’ont pas toujours la possibilité de participer aux colloques et qui ont pourtant besoin de cet accès aux idées.

Cela rejoint donc le but d’Espaces Marx qui est à la fois de nourrir le débat sur un certain nombre de questions mais aussi de créer des liens avec d’autres organisations et d’autres individus parce que c’est nécessaire dès qu’il s’agit de recherche ou de réflexion...

EG  : Ce qui a beaucoup intéressé dans le premier numéro en français, ce sont les articles qui portent sur les expériences d’autres forces politiques en Europe. Aujourd’hui, ce qui se passe avec Die Linke en Allemagne est une chose relativement connue et qui fait partie de nos débats politiques. Mais nous n’avons que des bribes sur ce qui se passe en Espagne, en Italie et presque rien sur la Grèce, où le mouvement social vient pourtant de montrer un remarquable dynamisme.

MD : Ces expérimentations et leurs résultats nous intéressent. Découvrir qu’ailleurs des choses progressent et sont finalement assez proches des recherches qui peuvent être menées chez nous montre que les questions auxquelles nous sommes confrontés sont des questions de notre temps. Et pas seulement les questions du parti communiste ou d’une famille de pensée politique en France.

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