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Projet communiste d’aujourd’hui

dimanche 19 mars 2006, par Paul Boccara

Quelques éléments sur la problématique et des réponses éventuelles à propos d’un projet communiste aujourd’hui

Je reprends, à peu près, les différents ensembles de questions distingués à propos de ce qu’on a appelé le « cahier des charges » du projet, pour suggérer quelques propositions sur la problématique et des réponses possibles, pour la discussion. Je considère ici six ensembles de questions.

1. Une autre civilisation, bien plus libre et solidaire, pour toute l’humanité : exigence et aspiration de notre époque

Si toutes les civilisations du passé ont fini par disparaître, notre civilisation du capitalisme et du libéralisme semble bien désormais en crise radicale.

Avec ce qu’on appelle la mondialisation, elle s’étend en profondeur au monde entier. Mais aussi, on assiste, à la fois, à la généralisation et à l’exacerbation de ses maux, comme à l’apparition de nouveautés radicales et de potentiels de transformations systémiques.

C’est non seulement la généralisation de la salarisation dans tous les pays mais l’explosion de la précarisation, avec le chômage massif persistant et la mise en concurrence des salariés du monde entier. C’est non seulement l’industrialisation du monde, mais le début de la révolution informationnelle et aussi la domination des entreprises réelle par des capitaux financiers et monopolistiques de plus en plus spéculatifs. C’est la montée de l’affirmation des individus, hommes et femmes, mais aussi d’un individualisme destructeur des solidarités traditionnelles. C’est l’ouverture aux autres nations, aires culturelles et à d’autres règles, mais aussi la mise en cause des protections étatiques traditionnelles avec des régressions des droits sociaux acquis et des dominations supranationales. Ce sont des désaffections politiques et culturelles, face à l’envahissement de toute la vie par la bureaucratie technocratique, jusqu’aux explosions de violence. Ce sont la persistance des conflits armés, avec les interventions militaires des grandes puissances et des Etats-Unis, malgré les risques des armes de destruction massive, y compris la montée du terrorisme au plan mondial. C’est une universalisation culturelle au plan mondial, mais aussi la tendance à son uniformisation stérilisante et sa domination par des appareils marchands et médiatiques.

On assiste, en même temps, au refoulement des aspirations nouvelles à la maîtrise de sa vie par chacune et chacun. Malgré les efforts de leur récupération pour justifier, par l’individualisme et la pseudo-participation, l’exaspération des aliénations marchandes et représentatives, c’est la montée des protestations et des revendications pour un autre monde, une autre vie émancipée de la marchandisation de toute la vie et des appareils techno-bureaucratiques.

Tandis que la progression de l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde entier se relie à la domination de l’ultra-libéralisme, s’affirme au contraire l’aspiration à une autre civilisation de toute l’humanité, allant bien plus loin que toutes les libertés acquises tout en s’émancipant des monopolisations et dominations sociales, des rejets sociaux actuels.

En France, comme de façon diverse dans les pays de l’Union européenne se lève l’exigence d’aller au-delà des alternances politiques ne changeant pas en profondeur le système existant avec tout particulièrement le ralliement du social-libéralisme au marché et au libéralisme. Cela vise un projet politique et social transformateur pour de véritables alternatives. Un tel projet ne peut être seulement national, mais doit être aussi européen et aller jusqu’au niveau mondial. Cela exprime la maturation des possibilités d’avancer de nos jours vers une autre civilisation.

C’est dans ces conditions que la problématique marxiste de dépassement révolutionnaire du capitalisme pour un projet de société radicalement autre mais partant des réalités et des luttes existantes, pour à la fois aller plus loin que les conquêtes sociales du système tout en s’émancipant de ses maux sociaux peut se poser, pratiquement, aujourd’hui.

2. A propos des « leçons » des tentatives passée de transformation de notre société

Les expériences des tentatives passées de transformation de notre type de société et surtout les plus récentes fourniraient précisément cet enseignement fondamental du besoin de « dépassement » proprement dit, c’est-à-dire à la fois d’abolition des maux et d’avancées au-delà des points forts du système social existant pour réussir cette abolition. Il s’agit principalement des échecs de la social-démocratie comme de la construction soviétique.

En ce qui concerne les tentatives de la social-démocratie ou des partis se disant socialistes, d’une part, elles n’ont visé, dans les faits, au mieux que des corrections et améliorations dans le cadre du système existant, maintenu dans ses principes fondamentaux, voire parfois soutenu dans ses exactions. D’autre part, elles sont passées, dans les objectifs affichés, de l’affirmation du besoin d’une autre société à la conciliation avec la société établie, jusqu’aux dérives actuelles du social-libéralisme de conversion aux principes du marché et du libéralisme considérés comme indépassables.

En ce qui concerne la construction soviétique, d’une part, en raison de l’arriération de départ de capitalisme peu développé et des traditions despotiques mais aussi des conceptions idéologiques, la révolution paysanne et prolétarienne malgré ses conquêtes et son impact sur l’évolution mondiale, a conduit à une construction étatiste très autoritaire, avec une négation du marché et du libéralisme mais non leur dépassement allant plus loin que leurs libertés tout en s’émancipant de leurs maux. D’où son effondrement face aux pressions du système capitaliste et libéral ainsi qu’aux conditions nouvelles de sa crise et de sa mondialisation agressive avec la révolution informationnelle.

D’autre part, les partis communistes qui, en relation avec les luttes de résistance et de transformations amélioratrices dans leurs pays, s’étaient aussi réclamés de cette construction étatiste autoritaire se prétendant une société socialiste, ont vu ces repères extérieurs s’effondrer. En outre, leurs repères internes étaient aussi mis en cause avec la crise du capitalisme monopoliste d’État social et l’ultra-libéralisme mondialisé. Et pourtant, le besoin et la possibilité de véritables dépassements auraient désormais mûri, en relation avec ces expériences mêmes ainsi qu’avec la radicalité des nouveaux défis.

3. La question du dépassement et ses conditions historiques

C’est en effet en liaison avec les leçons de ces échecs qu’un débat s’est élevé particulièrement dans le cadre du Parti Communiste Français, sur cette question du dépassement, en relation avec de nouvelles élaborations théoriques sur des propositions de transformations de portée révolutionnaire.

Au-delà de la persistance de l’incompréhension par certains de la conception selon laquelle le dépassement constitue une abolition effective, l’accent peut être mis sur l’aspect de processus au détriment du principal : une transformation qui permet d’abolir parce qu’elle va au-delà des progrès du système en cause. Dépasser, c’est arriver à supprimer de façon réussie, par un processus de progression radicale, une réalité sociale existante, car on ne nie pas mais on conserve le problème crucial auquel elle donnait un type de réponse et on garde la force relative de cette réponse, mais en donnant une autre solution, avec un progrès fondamental. Dans le même sens, on a pu vouloir s’appuyer sur la citation de Marx sur la communisme comme « mouvement réel » affectant l’existant, en insistant sur le processus, tout en négligeant le fait que Marx parle alors précisément du « mouvement réel qui dépasse l’état de chose existant ».

C’est ce dépassement que nous avons voulu traiter avec le projet de Sécurité d’emploi ou de formation, pour dépasser le chômage dans le monde actuel. Ainsi, le chômage, dans une analyse marxiste authentique, n’est pas seulement un mal terrible, économique, social, moral, avec ses gâchis et ses souffrances. C’est aussi une force considérable du système capitaliste. La suppression d’emploi peut pousser fortement, à travers ses souffrances, au changement d’activité, contribuant à favoriser le progrès technique. Or, on pourrait désormais conserver la force de la suppression d’emploi, mais sans son obsession capitaliste et sans tous les maux du chômage. Il s’agit du passage de l’emploi à la mise en formation, choisie et avec un bon revenu, pour revenir par la suite à un meilleur emploi, en favorisant encore bien davantage le progrès technique, tout en assurant à chacune et chacun, soit un emploi, soit une formation, avec des rotations d’activités.

Cela s’oppose aux capitulations social-libérales devant l’exacerbation du chômage massif et de la précarisation des emplois, avec des mesures d’accompagnement social de la flexibilisation ravageuse du marché du travail. Cette sécurité effective des activités professionnelles pour chacun, dans une mobilité de promotion, s’oppose ainsi aux rigidités et gâchis d’emplois des garanties et allocations autoritaires d’emplois des régimes qui se réclamaient du socialisme comme en Union Soviétique.

Ce type de dépassement serait devenu possible de nos jours, dans les conditions de la révolution informationnelle, qui, à la fois, exacerbe dans le système la concurrence mondialisée de tous les salariés, avec les économies massives de travail (travail vivant et travail pour les moyens de production) et exige des dépenses de recherche et aussi de formation formidables.

Au-delà du marché du travail, la révolution informationnelle constitue une condition essentielle, à travers les ambivalences de sa portée transformatrice, de la maîtrise et du dépassement possibles de tous les marchés. En effet, cette révolution technologique, en allant au-delà de la révolution industrielle du remplacement de la main par la machine-outil et en l’achevant, avec le remplacement de certaines fonctions du cerveau par les ordinateurs, à la fois exacerbe les antagonismes capitalistes et permettrait leur dépassement.

Cela entraîne la tendance à la prédominance des activités informationnelles. Or, une information, comme les résultats d’une recherche, à la différence d’une machine-outil qui est ici ou là, d’où son appropriation privative, peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle du monde entier. D’où, pour se partager les coûts de recherche et s’accaparer les marchés dans le système capitaliste, l’expansion extraordinaire des groupes monopolistes multinationaux, y compris par la privatisation des entreprises publiques nationales, leurs rivalités et la mise en concurrence des salariés du monde entier, avec l’utilisation des marchés financiers pour les financements et les contrôles mondialisés. D’où aussi, la progression des constructions zonales pluri-étatiques et multinationales, comme l’Union européenne, mais également leur mise en concurrence des salariés et leurs dominations, ou encore l’effort d’hégémonie mondiale des Etats-Unis, à travers les institutions pluri-étatiques mondialisées.

Mais c’est aussi, la montée d’exigences de partages non antagonistes mais conséquentes et pleinement développés, sans les rejets sociaux et les dominations exacerbées, donc d’émancipation de tous les peuples et de chacun dans les sociétés, pour un dépassement des libertés et égalités seulement en droits et non en moyens du système social.

Bien plus, une série d’autres révolutions des conditions des opérations systémiques vont dans le même sens, de partages pour toute l’humanité et jusqu’à chacune et chacun, non seulement au plan économique mais au plan anthroponomique.

Ce sont la révolution écologique (des pollutions mais aussi des nouveaux espaces), la révolution monétaire (d’émancipation de l’or), la révolution démographique (de réduction drastique de la natalité et de la longévité), la révolution parentale (de la dissolution des couples et des parentés recomposées). Toutes ces mutations, liées entre elles, des conditions des opérations, pourraient fournir la base de transformations révolutionnaires des structures et des régulations sociales. Elles entraînent une crise radicale du système, non stabilisé avec une nouvelle qualité comme on veut le faire croire, avec la montée extraordinaire du nouveau et son refoulement par l’exacerbation de l’ancien.

4. Maîtriser et dépasser les marchés et le capitalisme, le libéralisme et les délégations représentatives

A partir des luttes en cours et des défis concrets immédiats, il s’agirait de maîtriser les règles et les forces qui entraînent les rejets, les désordres et les risques sociaux, de façon efficace, c’est-à-dire en cherchant à relier cette maîtrise à des transformations radicales, à des débuts de dépassement du système.

Une nouvelle construction systémique de dépassement pour une autre civilisation doit aller au-delà des réductions à l’économique et au politique, pour considérer les différentes modalités de la vie sociale. Il ne s’agit pas seulement de l’économie avec le capitalisme, mais encore des dimensions non économiques de la société, de l’anthroponomie, avec le libéralisme. J’évoque ici brièvement un ensemble de propositions possibles, tentant de répondre, à leur façon, à des problèmes incontournables.

Au plan économique, cela concerne la maîtrise et le dépassement du marché et du plus marchand des systèmes économiques, le capitalisme, ainsi que les accaparements privés et monopolisations des moyens matériels et monétaires, face à l’exaspération de la marchandisation de toute la vie. Cela renvoie au besoin incontournable de propositions institutionnelles à élaborer pour les quatre marchés et leur domination par les capitaux. Ce sont :
-  le marché du travail, comme avec un projet de sécurité d’emploi ou de formation ;
-  le marché des productions, pour une appropriation sociale des gestions des entreprises, comme avec de nouveaux critères de gestion d’efficacité sociale pour dépasser les critères de rentabilité financière, des pouvoirs de gestion des travailleurs et des usagers, l’avancée de nouveaux types d’entreprises publiques et mixtes coopérant intimement entre elles au plan international ;
-  le marché de la monnaie et des titres financiers, comme avec des partages des ressources de la création monétaire, pour un autre crédit favorisant une sécurité d’emploi ou de formation ainsi que des critères d’efficacité sociale des gestions, et pour soutenir d’autres titres d’emprunt public favorisant l’expansion des services publics et sociaux de développement de chaque personne ; y compris une tout autre utilisation des monnaies zonales comme l’euro et la refonte complète du FMI avec la création d’une monnaie commune mondiale, pour l’émancipation du dollar et de la domination des marchés financiers, avec un co-développement de tous les peuples ;
-  le marché international et mondial, comme avec de nouvelles règles de maîtrise et d’émancipation des concurrences marchandes à l’opposé de celles de l’OMC, pour la circulation et l’accès des produits et des services, la diversité culturelle, tout particulièrement avec l’institutions des Biens communs de l’humanité, dégagés de la domination des groupes privés et étrangers, partagés et en co-production, l’alimentation, l’eau, l’énergie, la santé, la culture, etc., qui sont à cheval sur l’économie et l’anthroponomie.

Au plan anthroponomique, politique, culturel et de toutes les activités sociales non économiques, cela concerne la maîtrise et le dépassement des délégations représentatives, ainsi que des monopoles des pouvoirs sociaux, des moyens d’activité et des rôles, pour des partages jusqu’à chacune et chacun. Cela renverrait au besoin incontournable de propositions institutionnelles pour les quatre moments : des activités parentales et des services sociaux aux enfants et aux personnes, des activités de production, du politique, du culturel. On pourrait ainsi viser :
- de nouveaux droits et pouvoirs pour le développement de chaque personne, l’émancipation des dominations des femmes, des personnes âgées, des enfants, avec en particulier des pouvoirs de coopération créative de tous les usagers avec tous les personnels des services publics et sociaux aux personnes (école, santé, logement social, média, culture) ;
- des pouvoirs de partage des informations et des décisions, d’interventions dans les gestions, de participation à la créativité, pour tous les travailleurs, dans les entreprises et les services ;
- des droits de démocratie participative et d’intervention directe des citoyens et de chacun, avec des décentralisations de pouvoirs et des concertations institutionnalisées, depuis chacun, aux différents niveaux, local, régional, national, zonal et mondial ; on ferait reculer de plus en plus les délégations représentatives, jusqu’à des institutions internationales, assurant le désarmement et la paix et des partages généralisés ;
- des institutions culturelles favorisant non seulement l’accès mais la créativité de chacun, du local jusqu’au plan mondial, pour la créativité dans chaque peuple pour une culture à la fois commune et de diversité arborescente de toute l’humanité ; un nouvel œcuménisme de tolérance et de rapprochements, un humanisme de paix, d’ouvertures et d’apports réciproques, d’intercréatvité.

5. Des luttes aux émancipations conjointes des classes exploitées et de tous les groupes sociaux dominés

De la base sociale classique du prolétariat industriel et des simples alliances autour de lui pour l’émancipation de l’exploitation de la société capitaliste et des dominations de classes, on devrait pouvoir passer à la conjonction des transformations contre toutes les aliénations, monopolisations et dominations sociales et sociétales. Cela concernerait trois ensembles, eux-mêmes diversifiés, avec leurs exigences radicalisées, à la fois spécifiques et communes, à expliciter et à relier.

1er ensemble : les salariés. A l’opposé des divisions traditionnelles entre eux que l’on essaie de réactiver, on assiste à des rapprochements profonds entre les diverses couches, des salariés les plus qualifiés ou des cadres et des salariés d’exécution ou les moins qualifiés. Ce sont des rapprochements par le bas, avec la précarisation des emplois généralisée et le besoin de sécurisation, et par le haut, avec l’exigence de formation continue, de pouvoir et de maîtrise de son sort, de participation à la créativité.

2ème ensemble : genre et génération. Le féminisme et l’exigence d’émancipation complète des femmes de toutes les dominations et discriminations les concernant sont devenues un constituant fondamental et autonome des luttes émancipatrices. Ils peuvent être davantage encore articulés à une construction de partages sociaux contre les monopoles des pouvoirs et des rôles.

De plus, avec la révolution de la longévité, deviennent cruciaux les enjeux de la domination des personnes âgées et très âgées ou au contraire de l’aménagement de la maîtrise maximum de leur sort. Enfin, comme jamais se posent les questions d’une progression radicale de l’émancipation de la domination des enfants et des jeunes, tout particulièrement en relation avec les besoins de conditions d’accès et d’incitation de chacun à la créativité sociale.

3ème ensemble : Immigrés, Peuples, Nations, Aires de civilisation. Pour l’émancipation de toutes les dominations nationales et culturelles ainsi que de toutes les discriminations à connotation dite ethnique, raciste, etc., pour un monde partagé.

A l’opposé de ces trois ensembles de dominations et aliénations, il s’agirait de construire une civilisation de toute l’humanité, avec un partage des ressources, des informations, des pouvoirs et des rôles entre tous les êtres humains et tous les groupes sociaux.

Plus particulièrement, face à l’hégémonie des Etats-Unis, s’appuyant sur l’ultralibéralisme et leurs monopolisations, monte le besoin de rapprochement de l’Union européenne avec les pays en développement et les pays émergents pour une autre construction mondiale. Cette dernière pourrait dépasser les dimensions unilatérales de l’accent mis sur l’individualisme à l’Occident (avec la différence entre les Etats-Unis et l’Union européenne plus solidaire) ou au contraire sur la communauté, à l’Orient et au Sud, pour une civilisation de toute l’humanité, de développement de chacune et de chacun, dans des relations d’intercréativité.

6. La référence à l’expression de « Communisme » et la priorité du contenu ouvert d’une autre civilisation

La priorité du contenu de cette autre civilisation demande d’insister sur les enjeux de fond de ces partages jusqu’à chacune et chacun, en rejoignant d’ailleurs la formulation du Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels de 1848, selon laquelle « le libre développement de chacun » devient « la condition du libre développement de tous ».

L’expression de « communisme », pour cette civilisation de dépassement du capitalisme et du libéralisme, a l’avantage d’insister, selon une tradition établie, sur la radicalité de la visée de dépassement des monopolisations de certains groupes d’individus à l’exclusion des autres membres de la société, par la mise en commun. Elle a l’inconvénient du discrédit attaché à l’expérience extrêmement violente, très autoritaire et dite même totalitaire de l’Union soviétique, à laquelle elle est identifiée de nos jours.

Cependant, des expressions récentes qui progressent reviennent dans cette direction, comme celle de Biens publics mondiaux dits aussi Biens communs de l’humanité. Nous employons aussi désormais d’autres expressions très apparentées comme celle de « partage ».

Sur le fond, l’accent mis sur le dépassement, par des transformations pacifiques et démocratiques, des libertés individuelles, si aliénées soient-elles, du système capitaliste et libéral, pour des partages des moyens, pouvoirs, informations et rôles jusqu’à chacun, répond à cette question d’une confusion avec une expérience non seulement étatiste mais hyperautoritaire.

Toutefois, à propos de l’expression « communisme », dans la mesure où l’idéal communiste est très ancien et même antérieur au capitalisme et de même que, à propos du socialisme, on peut parler de « socialisme démocratique », peut-être devrait-on qualifier le communisme que nous voulons pour notre époque, avec des expressions comme « communisme de liberté pour chacun », ou « communisme personnaliste », etc.

Enfin, en ce qui concerne la distinction entre deux phases historiques dites traditionnellement « socialiste » puis « communiste » de la nouvelle société, les novations institutionnelles radicales que nous avons évoquées sont déjà des partages de dépassement ou des éléments du communisme de liberté. Il reste que, comme à propos du capitalisme, dans une première phase il y aurait une mixité, avec prédominance de ces éléments radicalement nouveaux, comme une mixité entre partages et marchés maîtrisés ou entre interventions directes, décentralisées et concertées, et délégations représentatives maîtrisées.

Cette mixité viable, conflictuelle et évolutive pourrait déboucher sur une phase historique ultérieure, pleinement nouvelle. Mais elle renforce l’ouverture du projet et de sa réalisation à l’inventivité sociale, à la participation créative, aux défis de dépassements effectifs, ainsi que la crédibilité et l’actualité de cette conception transformatrice.

Paul Boccara

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