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Intro à la séance du 13 octobre 2005

lundi 20 mars 2006, par Roger Martelli

L’alternative est de retour. Bonne nouvelle. Encore faut-il la définir. Beaucoup de choses se font, dans beaucoup de lieux. Nous n’avons pas vocation à nous y substituer. Nous n’avons pas de programme commun à élaborer. Comme toutes et tous, je participe à un certain nombre de rencontres, de discussions, d’efforts divers d’élaboration. Ce qui me frappe, depuis quelque temps, c’est que se développe dans tout ce processus un sens du concret, un véritable réalisme de l’alternative. Je trouve cela extrêmement positif : il est bon que, dans cet espace politique, on décolle d’une certaine pratique du discours un peu creux ou redondant. Il est bon qu’on discute propositions, transformation concrète, demande précise, programme pourquoi pas ?

En même temps, on sait que le débat ne se réduit pas à du ponctuel, qu’il y a un vertige possible du projet et du programme. Entre les mesures que l’on envisage, les thèmes que l’on dissèque, il y a du lien, des cohérences qui se cherchent, se construisent, s’expriment. Allons au-delà encore : consciemment ou non, il y a d’authentiques regards sur la société et le monde, de véritables projets de société. Il y a un vrai sens commun de l’alternative, des ruptures, un véritable esprit de transformation sociale, mais il y a des cultures de la transformation. Heureusement. Mais "heureusement", à condition que cette diversité soit reconnue comme telle, mesurée, pensée, acceptée en toute connaissance de cause. Au fond, il pourrait y avoir une double impasse dans tout ce mouvement :
- Reproduire, à l’infini, les coupures idéologiques héritées de l’histoire mais nourries de la vie réelle ; éventuellement enfermer ces coupures dans des cultures closes, qui s’ignorent les unes les autres. C’est alors le jeu de l’identité par la différence. C’est meurtrier.
- Mais à ignorer les cultures qui sous-tendent les débats, les projets, les stratégies, on risque de laisser au rapport des forces, aux jeux de pouvoir le soin de trancher. Au plus habile alors d’emporter la mise. Au bout du chemin, il peut y avoir ici le malentendu, la méfiance, l’échec.

Ce que nous vous proposons, c’est donc que nous nous disions, franchement, ce que nous entendons par alternative, changement social, rupture ou - pourquoi pas - révolution. Quels contenus nous mettons derrière ces grands objectifs. Pas seulement des contenus au sens des mesures que nous proposons : contenus au sens de procédures, de processus, de méthodes pour rendre effective la transformation. Et pour penser cela, quels mots employons-nous, quelles notions, quels référents, quelles cultures politiques. Pour le dire d’une autre façon, nous pourrions ensemble prendre un peu de champ. Faire effort, non pas pour nous redire seulement ce que nous nous disons sans doute déjà dans d’autres lieux, mais faire effort pour nous dire la manière dont nous nous représentons les uns les autres ce dont je suis sûr qu’il est notre combat commun.

Et dans tout cela, il y a le communisme. Vous comprenez que, pour ce qui est en tout cas des membres du PCF, cette référence n’est pas sans importance. Il ne s’agit pas ici d’avoir une conception fermée de ce communisme. L’histoire nous a appris qu’à vouloir trop le simplifier, le décliner au singulier, on finissait par perdre ce qu’il y avait de pluralité dans ce singulier. À bien des égards, « le » communisme n’existe pas et il n’y a que « des » communismes. Et pourtant, il y a bien une trame historique qui relie cette pluralité, une trame, une trace commune, des formes de pensée, des pratiques politiques, une culture politique au sens large de ce terme. Si le communisme n’est pas pensable sans les communismes, les communismes n’ont de sens que parce qu’il ont été une manifestation concrète, non d’une philosophie mais d’une sensibilité politique qui est devenue une réalité et, à cette réalité-là, on peut convenir de donner le nom de communisme au singulier.

Vous savez que notre pari est de dire que, pour peu qu’il se renouvelle, pour peu qu’il fasse les bilans critiques de son histoire, pour peu qu’il se plonge dans la confrontation avec d’autres courants,d’autres sensibilités, d’autres cultures, notre pari, donc, est que s’il fait tout cela, le communisme peut encore apporter quelque chose à la transformation sociale. C’est notre pari. Il est évident que, sans se plonger dans des débats théologiques, nous avons envie de discuter aussi de ce pari. Et nous avons envie que vous nous disiez franchement, pour que nous maîtrisions mieux, tous ensemble, ce qu’est notre combat commun, nous avons envie que vous nous disiez ce que vous en pensez. Ce qu’est votre regard sur le communisme, ce que vous en attendez ou ce que vous n’en attendez pas, ce que vous en acceptez et ce que vous en récusez, ce qui, peut-être, vous attire ou ce qui vous repousse.

Nous nous connaissons, je crois, suffisamment pour que nous puissions nous livrer ensemble à cet exercice. Encore une fois, nous ne règlerons pas tout. Nous ne nous substituerons pas au mouvement réel. Mais ce travail de franchise ne fera pas de mal à notre travail commun. C’est en tout cas notre conviction.

Roger Martelli

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