Accueil > Thématiques > Sciences > Science et démocratie

"Démocratie scientifique et démocratie économique : l’exemple de l’OIN de Saclay"

mardi 22 septembre 2009, par Annick Jacq

A l’occasion de cette table-ronde, nous devrions pouvoir aborder le problème de la démocratie économique sous un angle qui est complémentaire de celui de l’expression des salariés des entreprises, qui est l’angle territoriale, en particulier en abordant des exemples d’OIN. Une OIN, c’est une opération d’intérêt national, qui est une opération d’urbanisme à laquelle s’applique un régime juridique particulier. Plusieurs des participants sont plus particulièrement concernés par l’OIN du Plateau de Saclay. Ce lieu comporte une double identité historique : agricole et scientifique, mais l’OIN s’organise autour de la volonté de concentrer sur un même territoire, potentiel de recherche public et entreprises tournées vers l’innovation, organisées dans deux pôles de compétitivité complémentaires. Cette concentration vise à rendre le territoire plus « attractif », plus « compétitif ». Une comparaison avec une autre OIN, celle de Seine-Amont permettrait entre autres de poser la question de la mise en compétition des territoires, associés ou non à des pôles de compétitivité. Mais ce qui est en train de s’élaborer sur le Plateau de Saclay pose avec force le rôle de la sciecne et de la démocratie dans ce que l’agenda de Lisbonne a appelé « une économie de la connaissance la plus compétitive du monde ».

Nous pourrons ainsi nous interroger sur le territoire comme lieu d’élaboration d’une politique économique. Quel lien maintenir entre cette politique et son histoire et ses habitants. Quel type de développement doit-on privilégier et qui décide ? Faut-il prendre en compte les spécificités existantes, les activités traditionnelles ? Faut-il spécialiser les territoires, dans une logique de cluster, certains autour des pôles de compétitivité ou bien diversifier les activités, y compris en gardant des activités agricoles ou maraîchères en région parisienne ?

L’OIN du Plateau de Saclay, qui a pour objectif affirmé de faire de ce territoire « l’un des principaux lieux d’innovation d’Europe et une locomotive pour la croissance de notre pays » pose la question de la place de l’innovation et de la science dans les politiques économiques actuelles. Ces politiques voient dans la science une arme dans la guerre économique, dans la compétition entre territoire, entre régions, entre Etats. L’innovation comme moteur économique privilégié est une idée qui est censée s’imposer à tous, citoyens, entrepreneurs, élus, décideurs. Quelle place reste-t-il au débat démocratique dans ce qui se présente comme un consensus, une idée allant de de soi. Quel place reste-t-il aux citoyens dans les choix. Est-il possible d’envisager le rôle de la science et de la technique autrement ? Cette table ronde sera peut-être aussi l’occasion de questionner le contenu que l’agenda de Lisbonne donne au concept ‘d’économie de la connaissance le plus compétitive du monde’ avec son corollaire de mise en concurrence des territoires, de notion de visibilité internationale (pour à peine caricaturer le territoire doit être visible de Shangai.. ) et de clusterisation, de concentration et de spécialisation à outrance des territoires.

Il fut une époque où les entreprises, souvent familiales, étaient la marque d’un terriroire. On peut bien sûr penser à la région de Montbéliard et à Peugeot. A l’heure actuelle, nombres d’entreprises deviennent presqu’un capital mobile, à peine plus difficiles à déplacer que le capital financier, obligeant régions, départements, et communes à multiplier les efforts pour les attirer ou les retenir.
Quelles relations les entreprises entretiennent-elles avec le territoire, lorsqu’elles prennent l’emploi en otage ? Les salariés sont face à leur direction et à la stratégie de l’entreprise et les élus sont face à l’entreprise, qui les sollicite pour des subventions, des équipements, des conditions favorables à leur implantation. Comment mettre les uns en relation avec les autres pour créer des contre-pouvoirs ? Les relocalisations s’accompagnent souvent de pertes d’emplois et mettent en compétition les collectivités territoriales et leurs élus. Face à cette situation, quelles marges de manœuvre possèdent les élus, et comment les habitants peuvent-ils peser sur les décisions ?

Tout cela nous amène donc à la place et aux rôle des élus et des citoyens dans les processus de décision.
Quels rôles pour élus ? Quel pouvoir ont-ils ? Quels sont les limites des pouvoirs locaux ? Quels nouveaux pouvoirs sont à conquérir pour les acteurs locaux : habitants, associations, agriculteurs, salariés (et dans le cas du Plateau de Saclay, il s’agit des salariés du privé comme des personnels de la recherche et de l’enseignement supérieur, qui peuvent être aussi des habitants du territoire), et leurs élus ? quelle place pour la démocratie participative, comment l’articuler avec la démocratie élective (ou représentative) ?

Annick Jacq

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0