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La science a besoin de démocratie : Quelles coopérations nécessaires entre la recherche et la société ?

mercredi 3 février 2010, par Janine Guespin

Le Forum mondial ’science et démocratie’(FMSD), lancé en janvier 2009à Belem à l’occasion du Forum Social Mondial (FSM) s’est donne pour tâche « la construction d’un espace de coopérations ouvertes, de débats publics, larges et démocratiques, entre scientifiques et organisations du mouvement social à l’échelle de la planète » pour pallier, « un déficit chronique de la présence des thèmes scientifiques et techniques depuis l’origine des FSM ».

Samedi 23 janvier a eu lieu à la bourse du travail à Paris une journée d’initiative française du FMSD destinée à faire connaître et ancrer en France ce processus. Plus de 200 personnes ont planché dans des ateliers en parallèle.

L’atelier ’Une nouvelle démocratie pour donner tout son sens au métier des travailleurs de la recherche’ proposé par ATTAC, Espaces Marx, Le SNCS et le SNESup, a commencé par un état des lieux : le constat est sans équivoque, quel que soit leur domaine, les travailleurs de la recherche subissent eux aussi une considérable dégradation de leurs conditions de travail qui touche au sens même de leurs métiers. Précarisation des jeunes, évaluations selon des critères de l’économie néolibérale qui conditionnent l’obtention du financement de leur activité, mise en concurrence permanente, sont autant de leviers du changement des métiers de la recherche qui contredisent leur éthique professionnelle et amènent inéluctablement à la perte de sens de ce pourquoi ils se sont engagés.

Le terme qui remplace ’recherche’ dans les textes officiels est ’recherche et innovation’, ce qui signifie que la recherche soit soumise au marché et à la course aux profits industriels et financiers. Ce qui est mis en cause, c’est l’autonomie des chercheurs, c’est à dire la possibilité pour ceux-ci de juger de la pertinence et de l’intérêt des recherches qu’ils mènent, et de choisir en conséquence, ce qui est pourtant la condition de leur efficacité et de leur créativité, au cœur même du sens de leur travail. Les pressions qui s’exercent pourraient même pousser à la fraude (pour obtenir un emploi, ou pour ne pas fâcher un financeur).

Les luttes actuelles de résistance à ces dégradations sont importantes : contre la précarisation des jeunes chercheurs parce qu’un emploi stable est une condition de l’autonomie ; pour la défense du service public de la recherche contre sa mise programmée à la disposition quasi-exclusive des grandes entreprises ; pour un financement de la recherche qui ne soit pas piloté par ces entreprises par le biais de comités opaques et non démocratiques...

Mais, sortir du dictat des entreprises et du profit, ne signifie pas pour autant revendiquer une recherche coupée de la société. Au contraire, dès maintenant, on peut aussi contribuer à redonner sens aux métiers de la recherche en mettant en place des pratiques de démocratie nouvelles, renouvelant l’autonomie de la recherche au sein d’une coopération avec la société. Les unes, qui ont été définies par un intervenant comme « démocratie coopérative », consistent à favoriser l’implication de citoyens au niveau de la recherche, par la prise en compte des savoirs dont ils sont porteurs, par l’échange d’informations sur les possibilités et les besoins, et par des coopérations. Les autres, dans le cadre de la démocratie participative, consistent à transformer les instances où se prennent les décisions de politique de la recherche, de manière à ce que scientifiques, syndicats, organisations et citoyens, puissent avoir aussi voix au chapitre, dans le respect mutuel. En France, à l’heure actuelle, les instances régionales peuvent offrir cette possibilité. Il faut savoir le revendiquer, dès maintenant, partout où cela est possible.

Janine Guespin
professeur émérite à l’université de Rouen,
membre du conseil d’orientation d’Espaces Marx

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