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Séminaire de Palma de Mallorca (12-13 mars 2010) - Etude de cas : la France

dimanche 14 mars 2010

Texte élaboré par Dominique Crozat et Louis Weber avec des contributions de Janine Guespin et Élisabeth Gauthier, membres de la direction d’Espaces Marx, en réponse à un questionnaire diffusé au sein des membres du réseau européen Transform !

1.Interprétation de la crise

1.1. La crise a-t-elle surpris la gauche dans votre pays ?

Il serait évidemment erroné de prétendre que la gauche en France n’a pas été surprise par la crise. Certes, il était courant depuis des années d’interpréter un certain nombre de phénomènes sociaux comme la manifestation de crises, tantôt économiques, tantôt sociales, parfois plus largement des « crises de la société ». Sans remonter aux années 1970 et au premier choc pétrolier qui a marqué la fin des Trente Glorieuses, les textes programmatiques de la gauche ont toujours accordé une large plage à la crise en général et aux crises cycliques (mexicaine, asiatique,, etc.). À de rares exceptions près, elles ont cependant été analysées comme des crises principalement économiques (ralentissement de la croissance, politiques d’austérité pour en « sortir », etc.). Il serait donc totalement exagéré de dire que la gauche (ou la droite d’ailleurs) a prévu la crise actuelle, dans sa nature profonde et dans ses manifestations. Une des raisons doit être recherchée dans le fait que la nouveauté du régime d’accumulation du capital qui a conduit à la crise financière n’a été perçue que tardivement.

1.2. Comment la gauche a-t-elle interprété la crise dans votre pays (crise financière, crise économique mondiale, crise du système capitaliste, crise écologique, autre...) ?

On peut après coup distinguer plusieurs phases successives dans l’appréhension et la compréhension de la crise. Dans un premier temps, elle a été perçue comme une crise américaine, ayant pris une forme très spécifique : une crise immobilière. Celle-ci a rapidement conduit à une crise financière, marquée par des turbulences très fortes et même des faillites dans le secteur financier et bancaire, toujours aux États-Unis dans un premier temps. Dans cette optique, que l’on retrouvait aussi à gauche, il existait un double risque : que la crise financière « américaine » gagne l’Europe et, surtout, qu’elle gagne l’économie réelle. (cf. Transform !, Sozialismus ou Savoir/Agir, printemps 2008.)

C’est en gros au cours de l’année 2008 qu’a été dépassée cette première perception qui revenait à voir dans la crise un accident conjoncturel, certes un peu plus marqué que d’autres événements cycliques caractérisant depuis longtemps les économies de marché et interrompant temporairement leur marche en avant.

L’ampleur de la crise commençait alors à apparaître considérable à la gauche critique1. Et cela sur plusieurs plans : immobilier (avec l’effondrement du marché aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe, la hausse des expropriations de ménages insolvables), bancaire (avec les dépréciations d’actifs et des pertes sans précédent des grandes banques), macroéconomique (avec les difficultés accrues de financement des entreprises et des ménages qui ont conduit, semble-t-il, aux bords d’une récession mondiale) et enfin symbolique, avec une crise de croyance dans les vertus de la financiarisation sans limite qui a constitué le modèle économique de référence depuis la deuxième moitié des années 1980. Comme souvent, la crise économique aiguë débouchait aussi sur une crise de la doctrine économique et de ses habitudes de pensée, toujours solidement ancrées dans les esprits des analystes dominants. En revanche, il faut reconnaître que, sauf exceptions, la dimension écologique est apparue plus tard dans l’analyse de la gauche (hors les écologistes), en tout cas en France, surtout avec la préparation du sommet de Copenhague (événement dont la date était fixée bien avant l’apparition franche de la crise actuelle). Le succès remarquable des listes Europe Écologie aux élections européennes a créé également une nouvelle donne.

Il devenait clair au cours de cette année 2008 que la doctrine économique dominante a été incapable à comprendre les processus en cours. La politique monétaire américaine était devenue la première alliée de la spéculation financière, elle-même rendue possible par les énormes inégalités de revenus et les innovations techniques visant à démultiplier les gains à court terme. Dans ce cadre, le surendettement organisé des ménages aux États-Unis a joué un rôle central. Plus généralement, la crise a dès lors été analysée comme s’inscrivant dans un ensemble de changements structurels qui ont affecté non seulement les pays développés, cœur du système, mais aussi les pays émergents, nouveaux entrants.

Dans l’analyse de la crise, la gauche critique a rappelé qu’elle mettait en évidence depuis longtemps l’important déplacement de la plus-value vers les actionnaires au détriment des salariés. Les masses de capitaux ainsi accumulés sont en quête permanente d’un débouché rentable et alimentent des poussées spéculatives suivies de reflux de plus en plus prononcés. D’où l’idée d’une crise du capitalisme, de caractère systémique par conséquent, et non seulement une crise de la finance pouvant être surmontée par des régulations étatiques nouvelles.

Du coup, la crise pouvait (version de ceux qui le souhaitaient à gauche) ou menaçait de (version de ceux qui le craignaient, y compris à gauche) provoquer l’effondrement du système. Ce qui était mis en cause (à droite comme à gauche en France), ce sont les transgressions de la spéculation sous ses diverses formes. D’où diverses propositions, plus ou moins « radicales », dont l’économie générale est de reconstruire un nouveau système régulé.

Il était clair pour la gauche que cela n’était possible que s’il y avait une impulsion politique en ce sens. Dans le contexte français, et notamment celui des conflits au sein de la gauche entre gauche critique et gauche sociale-libérale, cette référence au politique prenait un sens particulier dans la mesure où le dernier gouvernement de gauche, celui de la gauche plurielle (Jospin), avait semblé renoncer à croire à la capacité du politique à échapper aux contraintes de l’économie (cf. Jospin et les suppressions d’emploi chez Michelin). Ce que ne manquait pas de rappeler la droite de gouvernement et notamment Nicolas Sarkozy. La confusion politique allait être accentuée par le fait que Nicolas Sarkozy et d’autres dirigeants européens en vue semblaient reprendre à leur compte non seulement une partie des analyses sur ce qui avait conduit à la crise mais aussi une partie des propositions de régulation jusqu’ici plutôt portées par la gauche et le mouvement social (contrôle des banques, taxation des transactions financières, etc.). On sait aujourd’hui ce qu’il en est réellement, question mise en œuvre. Mais, dans le débat public, c’était (et reste) moins évident. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles l’opinion publique, qui rejette massivement Sarkozy, ne fait pas confiance pour autant à la gauche pour faire mieux !

1.3. Pensez-vous que tous les pays, et notamment tous les pays européens, ont connu le même type de crise ? Quelle est l’opinion de la gauche dans votre pays ?

Une des idées constantes, et tout à fait justifiée, de la gauche est que les crises, quelles que soient leur nature et leur ampleur, frappent davantage, pour ne pas dire prioritairement, les plus faibles. Sur le plan interne, cette conviction conduit la gauche à agir pour que les protections sociales soient renforcées, en tout cas sauvegardées. La même approche porte spontanément à craindre que les économies les plus fragiles en Europe et dans le monde, soient touchées plus que les autres par la crise. On retrouve cela dans textes de la gauche, particulièrement ceux de la gauche critique, mais aussi dans les interventions des parlementaires européens de la GUE, etc. L’actualité (la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, les pays de l’Est, etc.) montre à l’évidence que cette analyse est juste. Reste une question : comment construire des mécanismes de solidarité avec ces pays ? En les « sanctuarisant », c’est-à-dire en les mettant à l’abri des convoitises des marchés ? Ou en les aidant plus directement par des transferts de ressources ?

2. Crise et contenus politiques

2.1.Quelle est la réponse de la gauche à la crise au niveau national et international et pourquoi ?

Selon nous, la sortie de crise suppose donc des mesures de court terme mais également des réformes structurelles, les deux devant être pensées dans le cadre de logiques alternatives. Plusieurs pistes de luttes communes sont à étudier sérieusement, au niveau national et au niveau européen.

a) Agir sur les banques centrales et la BCE pour une réorientation du crédit en faveur d’un développement solidaire et durable s’appuyant sur le développement des services publics et la constitution de pôles publics bancaires et financiers

b) Mettre fin à la libre circulation des capitaux, à la suraccumulation financière et à l’accumulation de créances douteuses mais aussi à la politique d’encouragement des fusions-acquisitions bancaires (taxation des transactions financières, fermeture des paradis fiscaux...)

c) Agir pour un autre partage de la valeur ajoutée, l’accroissement des salaires, la réduction de leur éventail et celle de la durée du travail. Rompre avec la politique de réduction des dépenses publiques au nom du pacte de stabilité et mettre en place une politique fiscale commune s’attaquant aux revenus financiers pour réduire la dette publique

d) rompre avec les dogmes de l’Europe libérale de la concurrence libre et non faussée et de la flexibilité du travail comme source d’efficacité du développement de la planète et bannir le dumping social, fiscal et écologique et donner au budget européen les moyens de réduire les inégalités entre territoires.

e) favoriser le développement de la démocratie économique, de l’économie solidaire et de la démocratie dans les entreprises.

2.2. La gauche a-t-elle changé ses priorités politiques dans votre pays au cours des deux dernières années à cause de la crise et comment ? Sinon, que pensez-vous qu’elle devrait faire ?

La crise elle-même, au fur et à mesure qu’elle apparaissait dans toute son ampleur (son caractère systémique), mais aussi les réponses (ou non-réponses) apportées par les gouvernements (de gauche et de droite en Europe) et/ou les institutions financières et bancaires internationales (FMI, BCE, etc.) et/ou les instances de gouvernance supranationales (Union européenne, G20, etc.) ont évidemment bouleversé les répertoires de revendications et de propositions en mettant sur le devant de la scène celles qui étaient directement liées à la crise et aux moyens proposés par la gauche pour en sortir.

La gauche a donc mis l’accent sur ses propositions relatives au contrôle du système financier (régulation, en gros) et, ce qui la distingue de la droite dont une partie a proposé aussi de telles mesures (avec plus ou moins de conviction et de sincérité), elle a fait aussi des propositions « pro-actives », pour non seulement « résister » mais aussi créer une rupture par rapport au système actuel. Entrent dans cette catégorie des propositions comme celle d’un pôle public du crédit et, plus généralement, celles qui, sans toujours le dire explicitement, reviennent à nationaliser tout ou partie du secteur bancaire, en tout cas à renforcer la prise de contrôle public. Il est clair aussi que l’écologie est devenue au cours des dernières années une priorité pour une gauche jusqu’alors soupçonnée, non sans raison en France, d’être plutôt productiviste (et favorable par exemple au nucléaire). Mais il ne serait sans doute pas juste de considérer ce tournant uniquement comme une conséquence de la crise actuelle. Il faut aussi l’inscrire dans une évolution plus longue où l’agenda international (préparatifs et conférence de Copenhague), la multiplication des catastrophes naturelles directement liées au réchauffement climatique et, il faut le reconnaître, l’action des mouvements et partis écologistes, ont joué un grand rôle.

2.3. La gauche dans votre pays a-t-elle changé significativement son programme à cause de la crise et comment ? Sinon, que pensez-vous qu’elle devrait faire ?

Cette question appelle en fait une réponse semblable à la précédente, le programme des partis d la gauche reflétant bien évidemment leurs priorités politiques.

Il faut distinguer le programme tel qu’il est déterminé par les congrès des partis de la gauche, programme dont le contenu est soumis à une certaine inertie de par les modalités même de son élaboration, et les propositions de nature programmatique qui sont faites à l’occasion de telle ou telle élection, propositions qui sont beaucoup plus dictées par le contexte du moment
.
Même les tracts électoraux peuvent être significatifs de ce point de vue. Pour les élections régionales du 14 mars 2010, un tract du Front de gauche commence ainsi par : « Face à la crise, notre pays, nos régions ont besoin d’une gauche qui relève la tête, une gauche qui ne se couche pas devant la finance, devant les actionnaires, une gauche […] qui se bat et propose ses solutions ». Ce qui montre bien, alors qu’il s’agit d’une élection régionale, l’importance accordée à la manière dont la crise du capitalisme est appréhendée.

2.4. La gauche dans votre pays a-t-elle développé un travail théorique au sujet de la crise et quel type ? Sinon, que pensez-vous qu’elle devrait faire ?

Dans chacun des partis de la gauche, les structures ad hoc (commissions économiques par exemple) ont travaillé sur la crise, d’abord pour la comprendre dans toutes ses manifestations et dimensions, ensuite pour faire des propositions de sortie de crise. Et cela dans un environnement défavorable, du fait de l’hégémonie quasi totale des intellectuels et des économistes de droite ou libéraux dans les grands médias et de la confusion sciemment entretenue par le gouvernement de droite, reprenant en les vidant de tout contenu significatif des propositions jusqu’alors portées par la gauche et, surtout, par la gauche critique (taxations des transactions financières, etc.). Mais, au total, il n’y a pas eu le « sursaut théorique » nécessaire pour bien comprendre la crise dans toute sa complexité.

Mais il faut aussi noter qu’en France en tout cas, l’incapacité ancienne de la gauche à concevoir un projet alternatif a évidemment pour conséquence des difficultés à élaborer une réponse cohérente et crédible à la crise.

2.5. La gauche dans votre pays a-t-elle lancé des campagnes spécifiques pour contrer les causes ou les conséquences de la crise ?

Il serait probablement exagéré de dire qu’il y eu en France des campagnes spécifiques à propos de la crise. En revanche, la crise a été au centre des préoccupations dans plusieurs domaines :

- les publications des partis de la gauche (journaux, revues, etc.), qui ont multiplié les analyses et les propositions depuis deux ou trois ans. Il faut toutefois noter que beaucoup de ces publications ont une diffusion assez modeste à l’échelle du pays, surtout si on compare avec les grands médias écrits ou audiovisuels, où la pensée libérale reste dominante.

- les campagnes électorales. Comme il est dit plus haut, la problématique crise y est très présente, sous la forme générale : subordonner l’économie et la finance à la décision politique et non pas l’inverse.

- les luttes sociales. Là aussi, les revendications élaborées par les syndicats intègrent systématiquement l’idée que les salariés n’ont pas à payer les conséquences d’une crise dans le développement de laquelle ils ne sont pour rien.

2.6. La gauche dans votre pays a-t-elle changé son point de vue sur l’État et sur l’intervention de l’État dans l’économie ? Sinon, que pensez-vous qu’elle devrait faire ?

C’est sans doute dans ce domaine que la crise a conduit la gauche à réévaluer le rôle de l’État, ou, pour être plus précis, le rôle des pouvoirs publics (communes, départements et régions compris). Mais ce « retour de l’État », prôné aussi par une partie de la droite, est l’objet de conflits et de débats, notamment autour de la question de la démocratie. Pour la droite, le renforcement de l’État va en effet de pair avec sa transformation/réduction en État-stratège, la mise en œuvre des politiques décidées par lui et sa technocratie étant confiée à des opérateurs divers, pas nécessairement privés mais soumis aux critères de gouvernance des entreprises (market state). On voit ici l’application de la stratégie de Lisbonne et de sa batterie d’indicateurs de performance, de contrôle et d’évaluation. La version française de cette conception passe par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) et par des réformes comme celle, récente, des universités, et celle, à venir, des territoires (régions, départements, communes).

Pour la gauche, les pouvoirs publics sont dépositaires de l’intérêt général. Leur intervention devrait donc être orientée dans ce sens. Ce qui suppose, notamment par rapport à des pratiques anciennes, des formes nouvelles de démocratie (participative), associant les personnels mais aussi les usagers des services publics, afin de rompre avec « l’étatisme ».

2.7. La crise a-t-elle conduit la gauche dans votre pays à introduire des questions écologiques dans ses programmes ?

La réponse est positive, même si la prise en compte de la dimension écologique des problèmes par la gauche critique est le résultat d’un processus lent, qui s’est développé bien avant la crise actuelle et qui est donc en partie indépendant de celle-ci. Mais la crise a accéléré la prise de conscience dans ce domaine. La gauche critique (et notamment le Parti communiste et le Parti de gauche qui a accueilli récemment une partie de la gauche des Verts quand elle a quitté ce parti) mettent l’accent à la fois sur les impératifs écologiques, sociaux et économiques pour un autre type de développement. Le Parti socialiste a peu évolué sur la question, en restant à une critique mesurée et à des propositions qui sont essentiellement de type institutionnel. Les Verts ont eu le mérite historique de porter la problématique écologique au sein de la gauche, parfois au détriment de la question sociale. Ils intègrent davantage celle-ci aujourd’hui mais restent tentés, notamment avec la crise, par un programme « ni droite, ni gauche ».

2.8. Que pense la gauche dans votre pays sur une possible responsabilité de l’UE dans la crise, ainsi que des mesures qu’elle prend pour la surmonter ? La crise a-t-elle changé l’attitude de la gauche par rapport à l’UE ? Quel est votre point de vue personnel sur ce point ?

La question du rôle de l’Union européenne est un enjeu important dans le débat au sein de la gauche. Une partie de celle-ci, traditionnellement très critique à l’égard de l’UE, pourrait en effet être tentée par de nouvelles formes de protectionnisme, pour lutter par exemple contre les délocalisations, qui sont un des symptômes les plus visibles (et les plus douloureux) de la crise de l’économie réelle. Sur ce terrain, la différence est parfois faible avec le « patriotisme économique » prôné par une partie de la droite.

Il y a donc, dans cette partie de la gauche, une vraie contradiction entre le souci de voir l’UE empiéter le moins possible sur les prérogatives nationales et la demande de la voir jouer un rôle actif pour dépasser une crise dont il faut bien admettre qu’elle n’est pas que nationale, loin s’en faut.

Mais, depuis deux ou trois ans, plus particulièrement après les élections européennes, l’idée que l’UE n’a pas joué le rôle qu’elle aurait dû jouer est devenue prédominante à gauche. C’est particulièrement vrai en ce moment, où des pays comme la Grèce sont touchés de plein fouet par la crise.

2.9. Pensez-vous que la crise a changé l’équilibre des forces sociales et politiques dans votre pas ?

C’est difficile à dire. D’un côté, la gestion de la crise par le gouvernement de droite est largement condamnée dans le pays, tous les sondages montrent la grande impopularité des dirigeants du pays, à commencer par Nicolas Sarkozy. En même temps, les mêmes sondages indiquent que, pour l’opinion publique, la gauche ne ferait pas mieux. Dans l’immédiat, les élections régionales vont constituer une lourde défaite pour la droite, ce qui semble indiquer un retournement de l’opinion et un nouvel équilibre des forces au bénéfice de la gauche (et en son sein, du Front de gauche). Mais le même phénomène s’est déjà produit dans le passé, sans changer durablement le rapport des forces au niveau national (élections régionales triomphales pour la gauche en 2004 et large victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle qui a suivi en 2007).

La crise a mis en exergue la vivacité de la lutte des classes autour de la conflictualité capital / travail et de la répartition des richesses. 43% des Français souhaitent un autre système que le capitalisme de libre échange.

S’agissant des mouvements sociaux, la fin de l’année 2008 et le premier semestre 2009 ont vu se développer des mouvement sociaux dans une unité syndicale sans précédent. Les salariés ont affirmé avec force ne pas vouloir faire les frais de la crise. 3 Français sur 4 ont soutenu ces actions.

On peut aujourd’hui constater la multiplication des grèves dans les entreprises, plus ou moins directement liées aux conséquences de la crise (souvent du type « dos au mur » en cas de fermetures d’entreprises, mais aussi sur la question du partage des richesses : salaires, retraites, etc.) Cela constitue un phénomène relativement nouveau, après des années de baisse continue des grèves dans le secteur privé. On peut noter aussi l’émergence de revendications et d’actions liées davantage à la défense de l’identité professionnelle menacée par la politique gouvernementale de restriction des moyens, dans les hôpitaux, la psychiatrie, les services publics en général. Une initiative comme « L’appel des appels » a eu le mérite de donner de l’unité à ce type de mobilisations. Le monde universitaire a mené en 2009 une lutte de densité et d’ampleur inédite contre la « marchandisation des universités et du savoir ».

Les divisions concernant la culpabilisation des chômeurs tendent à s’estomper avec les centaines de milliers de nouveaux chômeurs générés par la crise.

2.10. Comment pensez-vous que l’hégémonie néolibérale a été affectée par la crise (a-t-elle été plongée dans une crise, cassée, rendue plus vulnérable, été rénovée, laissée intacte)

Il y a eu deux phases depuis le début de la crise actuelle. Durant la première, le néolibéralisme était dénoncé (au moins dans ses excès) à gauche mais aussi à droite. S’agissant de la France, les citations ne manquent pas pour l’illustrer. On pouvait donc dire que, du moins en apparence, l’hégémonie néolibérale était battue en brèche et que des concepts comme celui de nationalisation, de contrôle par les pouvoirs publics, étaient remis à l’honneur. Ce discours nouveau s’est atténué dans une deuxième phase, au rythme de la reconstitution des profits des banques et des bonus des traders.

Aujourd’hui, ce retour de la critique des thèses économiques dominantes et la relégitimation de l’État et de l’intérêt collectif dans le débat public, indique évidemment que l’hégémonie néolibérale n’a pas été laissée intacte. Mais c’est aussi, en partie du moins, une nouvelle ruse possible, sous la forme d’une (énième) adaptation du capitalisme au réel.

2.11. La gauche sociale et politique a-t-elle mené des luttes victorieuses durant la crise ?

S’agissant des élections, le tableau est contrasté (voir plus haut) : lourde défaite de la gauche à la présidentielle (celle de Ségolène Royal mais aussi, à ne pas oublier, les très faibles scores de M.G. Buffet et d’autres candidats de la gauche radicale), très mauvais résultats pour le PS aux élections européennes, percée des Écologistes, et résultat encourageant pour le Front de gauche ; large victoire prévisible aux régionales de 2010 (avec probablement de bons scores pour le PS, les Écologistes et le Front de gauche élargi).. Mais les deux n’ont évidemment pas la même importance, la présidentielle étant dans le système institutionnel français la « mère des élections ».
Sur le plan social, les défaites ont été lourdes et nombreuses, dès avant la crise actuelle elle-même (retraites en 2003, notamment). Aujourd’hui, les salariés arrivent ici et là à faire reculer le patronat. Mais, globalement, le chômage augmente et la répartition des richesses, si elle est stabilisée aujourd’hui, a tout de même connu un transfert important depuis quinze ans des salariés vers les actionnaires.

3. Crise et questions systémiques

3.2. La gauche dans votre pays insiste-t-elle sur le fait que la nature systémique de la crise demande d’opérer une transition vers un nouveau système national, européen et mondial (un autre type d’économie, un autre type de développement social, un nouveau type de développement écologique, un élargissement de la démocratie, un autre type de société) ? Sinon, que pensez-vous qu’elle devrait faire ?

En un sens, il s’agit ici de la (très) ancienne opposition entre réforme et révolution. Comme le système actuel est un système capitaliste, parler de crise systémique, est donc une autre façon de dire crise du capitalisme. Parler d’un nouveau type d’économie, d’un nouveau type de développement social, d’un nouveau type de développement écologique, d’un nouveau type de société est donc une manière euphémisée (voir plus loin) de décrire un système non capitaliste. La gauche dans son ensemble est, en France, divisée sur cette question fondamentale. Au-delà du constat sur les méfaits du capitalisme, il y a au moins trois courants dans la gauche, qu’on pourrait caractériser ainsi en utilisant les nouveaux paradigmes et notions apparus (ou réapparus) dans le débat sur la crise actuelle :

- ceux qui vont, formellement tout au moins, jusqu’au bout de la logique en rejetant nommément le capitalisme. C’est le cas de l’extrême gauche et, jusque dans l’appellation choisie, du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

- ceux qui, comme le Front de gauche, proposent une série de mesures « radicales » pour « changer le système en profondeur ».

- ceux qui, comme le Parti socialiste ou les Verts, continuent à penser que le capitalisme est réformable ou, ce qui revient au même, que le libre-échange et le marché ne sont pas incompatibles avec le progrès social et la démocratie à condition de concevoir un nouveau système de régulation, plus contraignant que celui qui a fait faillite avec la crise.

3.3. Pensez-vous que la profondeur de la crise a changé le discours de la gauche dans votre pays et dans quel sens ? (radicalisation de la critique, utilisation de termes comme anticapitalisme, post-capitalisme, socialisme, communisme, autres)

L’ampleur de la crise et son caractère ressenti par beaucoup comme profondément « injuste » (ce sont les banquiers et les traders qui ont fait exploser le système et c’est nous qui payons les pots cassés) ont provoqué un déplacement du curseur dans le regard porté sur le système capitaliste :

- ceux qui, à droite, ne le critiquaient pas du tout et n’avaient à la bouche que les avantages du libre-échange, du marché, voire de la spéculation boursière, ont introduit une once de critique dans leur discours ;

- ceux qui, comme le Parti socialiste et certains syndicats, le critiquaient modérément jusqu’ici et pensaient pouvoir le réformer, ont durci leur critique,

- à la gauche du Parti socialiste (à la gauche de la gauche selon les termes utilisés en France), la critique est devenue nettement plus « radicale ».

Dans ce cadre, des mots et des concepts qui avaient disparu du lexique politique, notamment depuis la chute du Mur et y compris à gauche, ont été « réhabilités ». Si on considère que l’hégémonie du libéralisme depuis trente ans s’est traduite entre autres choses par l’occultation, dans le débat public, dans les médias et sans doute jusque dans les têtes, d’un vocabulaire jusque-là fortement identitaire pour la gauche, il faut y voir un signe certain que celle-ci s’est un peu « ressaisie ». C’est le cas pour certains des termes utilisés dans le questionnaire (anticapitalisme ou communisme, par exemple). Mais, plus subtilement, il y a aussi retour de notions comme l’intérêt général, l’intérêt collectif, le bien commun, qui ne sont pas aussi spécifiquement de gauche mais qui véhiculent tout de même l’idée qu’il y a des valeurs autres que celles des intérêts individuels, de la compétition et de la concurrence. En revanche, on ne parle guère de post-capitalisme en France et le mot socialisme est toujours resté, dans toute la gauche, un mot à connotation positive.

3.4. La crise a-t-elle conduit la gauche dans votre pays à chan,ger certains de ses outils d’analyse ?

Il peut paraître évident que le changement de vocabulaire (ou le retour à un vocabulaire ancien) ne se réduit pas à changer les mots ou à utiliser des mots nouveaux. Il y a toujours, même si c’est seulement progressif parfois, un changement dans la nature ou le contenu des concepts qui servent de base à l’analyse d’une situation ou à la formulation de propositions politiques. De ce point de vue, parler de capitalisme (plus encore : d’anticapitalisme) ne renvoie pas tout à fait à la même chose que de parler de libéralisme, à la résonance nettement plus ambivalente, même quand on accentue le trait en parlant d’ultra ou de néolibéralisme. Il est hautement probable que la crise a été directement à l’origine de cette « clarification ».

Pour d’autres concepts, il est plus difficile de les rattacher aussi nettement à la crise actuelle. La prise en considération de la dimension écologique, récente et plutôt tardive dans la gauche en France, traduit au moins autant un phénomène de « rattrapage » par rapport aux écologistes et au mouvement altermondialiste, qu’elle n’est une conséquence de la crise. Même si on peut dire avec raison que la crise a catalysé ce phénomène de rattrapage.

3.5. La gauche dans votre pays voit-elle la crise actuelle comme une « opportunité » (pour la transformation de la société, pour repenser ce qu’est la gauche, pour étendre son influence, pour progresser dans la construction d’une contre-hégémonie...). Quelle est votre opinion ?

Est-ce bien la bonne question ? Bien sûr, la gauche, dans toutes ses composantes, a vu dans la crise une opportunité pour réussir la « transformation sociale », ou tout au moins pour étendre son influence. Mais c’est une attitude et un espoir qui ne sont pas nouveaux, ils sont même assez « ritualisés », à l’échelle de l’histoire depuis le 19ème siècle. La question devrait plutôt être : est-ce que cet espoir est toujours actuel ? À cette question, la réponse est plutôt pessimiste au regard de la situation de la gauche en France. Et la perspective d’une contre-hégémonie (pourquoi « contre » d’ailleurs ?) paraît encore lointaine.

3.6. La gauche dans votre pays a-t-elle changé son style et ses pratiques politiques durant la crise ? Sinon, que pensez-vous qu’elle devrait faire ?

La réponse est oui : le style et les pratiques politiques ont fortement changé dans la gauche. Mais là aussi, la crise a été un accélérateur de processus déjà en cours plutôt qu’un incubateur. La campagne victorieuse pour le non au référendum sur le projet de Traité constitutionnel européen en 2005 a marqué une date importante en changeant les alliances à gauche après la période de participation du PCF à la « majorité plurielle » (gouvernement Jospin). Depuis lors, la gauche critique poursuit un rêve (une chimère ?) : capitaliser dans les luttes sociales, ce qui est en général couronné de succès, mais aussi dans les élections, ce qui a régulièrement échoué jusqu’ici, l’important potentiel (souvent chiffré à 15 voire 20% de l’électorat) qui s’est mobilisé dans la gauche critique pour faire gagner le « non ». Diverses modalités ont été explorées : collectifs anti-libéraux à partir de 2005, rassemblant partis politiques, associations de lutte et individus de la « société civile », présentation de listes « mixtes » (partis et « société civile ») aux élections, etc. Le Parti communiste a lancé ensuite l’idée de « front », qui s’est concrétisée avec l’actuel Front de gauche (PCF, Parti de gauche et une partie de la Ligue communiste révolutionnaire et plusieurs autres petites structures), alors que la LCR optait en majorité pour la transformation en Nouveau parti anticapitaliste. Deux enseignements (notamment) peuvent être tirés de ces nouvelles pratiques :

- le résultat des élections européennes de 2009 et les pronostics pour les régionales de 2010 indiquent que, pour l’instant, il y a bonus pour les partis perçus comme recherchant l’unité (le Front de gauche) et malus pour ceux que les électeurs et les militants considèrent à tort ou à raison comme responsables de la division (notamment le NPA)

- la coopération et la recherche d’unité entre partis politiques et mouvements sociaux restent très conflictuelle. Les partis ont tendance à la concevoir comme un rassemblement autour d’eux alors que les mouvements sociaux voudraient être traités sur un pied d’égalité. Une question « théorique » se pose ici : cette tendance à l’hégémonie est-elle dans la nature même des partis politiques ? Ou cela tient-il au contexte particulier de l’époque ?

3.7. Quel est actuellement le scénario dominant dans la gauche de votre pays à propos de la crise (nous sommes proches de la sorti, nous sommes loin de la sortie, autre) ?

La gauche critique pense évidemment que la crise n’est absolument pas terminée. En témoigne au plan national, s’il en était besoin, la situation sociale qui ne cesse de se dégrader, les restrictions budgétaires, etc. Monte aussi la perception de risques pour la démocratie. Le problème politique qui est concrètement posé est que la droite ne dit pas non plus que la crise est surmontée. Elle l’utilise au contraire pour accentuer sa politique de régression sociale, de mise en cause des services publics, etc. La question politique principale pour la gauche n’est donc pas le diagnostic sur l’état d’avancement de la crise (la distance pour « sortir du tunnel », comme disait déjà la droite dans les années 1970) mais les propositions pour en sortir et la capacité de constituer des rassemblement et dynamiques sociales et politiques. Les propositions devant être à la fois concrètes, crédibles et inspirées d’une logique alternative. C’est tout le problème de l’absence de projet à l’heure actuelle (vraie ou fausse, cette absence est, si l’on ose dire, fortement présente dans l’opinion publique).

4. Crise et (quelques) confrontations politiques

4.1. Quels ont été les thèmes qui ont été au cœur des affrontements politiques gauche/droite au cours des deux dernières années ?

Un an après son élection, Nicolas Sarkozy aurait pu se trouver en difficulté par rapport à ses slogans de campagne, « Travailler plus pour gagner plus », « aller chercher la croissance avec les dents ». La crise lui a permis de retrouver une virginité et de se présenter comme le champion de la moralisation du capitalisme. Sarkozy a profité de la crise pour accélérer le rythme de ses réformes et avancer dans la remise en cause de tous les progrès démocratiques.

Juste après le déclenchement de la phase aiguë de la crise financière, tout en critiquant les excès de la dérégulation, Sarkozy a prononcé un vibrant plaidoyer en faveur du capitalisme, moteur de la société, source de richesse et récompense du travail.

En alimentant la peur du surendettement de l’État, son discours sert à imposer des restrictions aux services publics, à la protection sociale. Le premier ministre annonce d’ailleurs que les dépenses de l’État progresseront de moins de 1% par an dès 2011. L’objectif du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est plus que jamais d’actualité. L’opinion publique est contrastée. Il y a une certaine colère devant l’aide sans conditions aux banques qui poursuivent comme avant et devant les allègements d’impôts pour les plus riches qui se sont multipliés dès l’élection de Sarkozy. Mais depuis les Présidentielles de 2007, la Gauche est sur la défensive dans ce débat sur la « trop importante dette publique ».

Face à cela, le PS ne propose que de timides mesures qui ne s’attaquent pas à la logique qui nourrit la crise. Pire, Martine Aubry, sa première secrétaire, a tenté de proposer de retarder l’âge de départ à la retraite pour s’adapter aux réalités de la société mais a dû reculer devant les protestations. Alors que le gouvernement s’apprête à s’attaquer à ce dossier, le soutien que lui apporte cette déclaration est un véritable coup de poignard dans le dos des salariés et contribue à décrédibiliser toute alternative à gauche.

Le discours de la gauche critique proposant de s’attaquer à la logique du capitalisme peine à se faire entendre.

Tous les sondages montrent que si les Français ne font pas confiance à Sarkozy pour régler les problèmes dans le bon sens (57% jugent l’action de Sarkozy négative face à la crise économique et financière), ils ne font pas davantage confiance aux partis de gauche. 69% ne font confiance ni à la gauche ni à la droite pour résoudre la crise.

La confrontation politique en France, notamment la confrontation avec Sarkozy, ne prend pas l’ampleur nécessaire. Elle tend plutôt à se focaliser sur les alliances électorales pour battre Sarkozy et nullement sur le contenu. Le Parti socialiste n’imagine pas d’autre alternative qu’une vaste coalition anti-Sarkozy autour du PS : du Modem aux communistes en passant par les Verts.

La confrontation principale avec la gauche a eu lieu à l’automne dernier autour de la privatisation de la Poste. Tous les partis de gauche, du PS au NPA, une partie des syndicats et de nombreuses organisations ont organisé ensemble un référendum militant concernant le projet de privatisation du service public. Plus de 2,3 millions de personnes y ont participé et une majorité écrasante (98%) a voté contre. Mais, devant la détermination du gouvernement, le mouvement est retombé. Les Français sont très fortement attachés aux services publics mais le débat concernant leur avenir, leur évolution vers plus de démocratie, d’efficacité n’est pas suffisamment mené au sein de la gauche. La crédibilité de la gauche a d’ailleurs été mise à mal par des années de gouvernement social démocrate, auquel a participé le PCF, qui ont vu se multiplier les discours justifiant les privatisations engagées par la gauche.

4.2. En quoi ces affrontements diffèrent-ils de ceux d’avant la crise ?

Les enjeux liés à la défense des services publics apparaissent plus nettement qu’avant la crise.
Mais l’urgence concernant la préservation de l’emploi laisse une place insuffisante à la réflexion sur un nouveau mode de production et de développement. Des voix s’élèvent depuis longtemps dans des groupes altermondialistes, paysans, écologistes, associatifs pour contester le modèle de croissance actuel. Ces problématiques sont maintenant prises en compte à gauche. Mais on n’en tire pas encore politiquement toutes les conclusions…

4.3. Avez-vous été confrontés à une accentuation du caractère autoritaire de l’action du gouvernement ?

Le Gouvernement applique avec détermination sa règle d’or : « Ce n’est pas la rue qui gouverne ». S’il lui arrive de reculer, ce n’est jamais sur le fond et c’est le plus souvent une manœuvre de temporisation afin de pouvoir imposer sa ligne de conduite, en faisant semblant de répondre à des exigences des populations.

Dans beaucoup de domaines, se développent des offensives antidémocratique et autoritaires (démantèlement de secteurs de la justice ; intégration de métiers sociaux dans la répression ; la « culture des résultats » comme règles pou la police ; répressions contre manifestants, syndicalistes, lycéens et étudiants ; arrestations arbitraires, garde à vue prolongées, condamnations lourdes…).

4.4. Avez-vous été confrontés à une réforme de l’État ou des territoires durant cette période ?

Une réforme des collectivités territoriales est en cours et s’inscrit dans un double objectif : d’une part, un autoritarisme renforcé par le pilotage direct par l’État au détriment des collectivités territoriales et des élus locaux jugés trop proches des aspirations des populations ; d’autre part, le démantèlement des services publics locaux par l’assèchement des ressources des collectivités territoriales. Il s’agit de diminuer les dépenses publiques et d’en finir avec la démocratie de proximité.
L’État entend écarter les élus locaux des décisions concernant l’aménagement et mettre la main sur les transports et l´urbanisme et imposer la promotion de quelques pôles, laissant à l’abandon d’autres territoires. Cette réforme s’inscrit clairement dans la stratégie de Lisbonne.

4.5. Y a-t-il eu des changements notables dans les affrontements au sein des institutions ?

La justice a profondément été réformée dans un sens plus sécuritaire et autoritaire. Son indépendance par rapport au pouvoir est remise en cause ce que contestent de nombreux mouvements dans la justice. De façon générale, comme dans d’autres pays européens, une série de réformes a tendance à renforcer les pouvoirs des exécutifs aux dépens des assemblées législatives, au point qu’on parle d’une série de « mini coups d’État ». La présidentialisation du régime s’accroît, et les Régionales constitueront un moyen de faire vivre des contre-pouvoirs.

4.5. Des propositions de nature protectionniste ont-elles été faites dans votre pays par la droite ou la gauche ?

Tout en pourfendant le protectionnisme, Sarkozy propose, avec la taxe carbone aux frontières, un protectionnisme au service des pays les plus développés au détriment des autres. Tout doit être mis au service de « l’avantage concurrentiel ».

Sur le plan idéologique et politique, un débat sur l’identité nationale a été orchestré pour remobiliser les voix à droite sensibles à une conception plus souverainiste et plus réactionnaire de la Nation. Mais au bout de quelques mois, ce débat s’est avéré un échec favorisant avant tout un petit regain du Front national.

Dans le courant de l’année 2009, les médias se sont emparés du débat sur la zone euro, et le protectionnisme. Diverses voix y plaident pour un protectionnisme européen contre les avantages indus de certains pays. Mais, si la presse consacre davantage de place à la question du protectionnisme, on peut toutefois constater que le panel de ceux qui s’expriment en faveur du protectionnisme est assez étroit et que leur position n’est pas nouvelle.

De fait, le protectionnisme ne règlera rien. La déflation salariale est au cœur du modèle productif néolibéral et ne vient pas de l’extérieur. Dans l’ensemble, la réflexion, les propositions et les critiques portent plutôt sur les institutions et les règles européennes, la BCE et son fonctionnement.

4.6. Les critiques de gauche de l’UE vont-elles jusqu’à proposer que votre pays quitte la zone euro ? Quelle est votre opinion ?

Il est à noter qu’aucune liste à l’élection au parlement européen, en juin 2009, n’a proposé d’abandonner la zone euro. Seul, à l’extrême droite, le Front National évoque l’éventualité de la quitter s’il est impossible de réformer la BCE.

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