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« Sciences et démocratie », autour du projet d’OIN du plateau de Saclay

jeudi 17 juin 2010, par Annick Jacq, Philippe Brunet

Dans le cadre du groupe Sciences et Démocratie d’Espace-Marx, nous réfléchissons au rôle assigné à la science et à la connaissance dans le système de production capitaliste actuel, et à des voies possibles pour permettre non seulement aux scientifiques mais aussi aux citoyens de s’emparer des enjeux scientifiques et techniques pour prendre toute leur part dans la prise de décision politique à leur égard. 

Ceci suppose, notamment, une appropriation à un tout autre niveau que ce qu’il en est aujourd’hui, des enjeux sociétaux et économiques des sciences, appropriation qui concerne aussi bien les scientifiques que les forces politiques, syndicales, associatives et aussi tout citoyen en tant que personne. Notre groupe, qui se réunit régulièrement depuis deux ans, rassemble des scientifiques, des militants politiques et syndicaux mais aussi des experts qui, toutes et tous, par leurs activités professionnelles, sont confrontés aux évolutions sociales des sciences et cherchent à agir pour favoriser les processus démocratiques les plus larges face aux politiques autoritaires et technocratiques actuelles. Dans cet esprit, il s’intéresse aux politiques publiques de recherche et développement qui sont, dans la réalité ou dans les discours politiques, destinés à une accélération de la subordination des sciences aux politiques industrielles libérales. 

En même temps nous devons bien constater les difficultés. D’une part, les citoyens s’intéressent tout naturellement aux questions de politiques scientifiques quand les retombées négatives les affectent, souvent trop tardivement et à travers les impacts de développements technologiques. Les questions de choix scientifiques leur apparaissent légitimement comme compliquées, nécessitant une expertise qu’ils n’ont pas et essentiellement affaire des seuls scientifiques. D’autre part, les scientifiques ont du mal à aller vers les citoyens et quand ils le font, c’est souvent pour défendre les mérites intrinsèques de la connaissance scientifique, sans vouloir mettre en débat avec les citoyens les choix des priorités en matière de politique scientifique. Comment, à partir de ce constat, construire du commun, et faire prendre conscience aux citoyens de l’importance des enjeux autour des sciences dans une société qui affirme vouloir être basée sur "l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde" ?

Certains systèmes institutionnels comme la mise en place des pôles de compétitivité se caractérisent par une grande opacité et la mise à l’écart de tout processus démocratique. Dès lors c’est la question des choix politiques en matière de sciences qui se trouve aliénée à des exigences privées ou étatiques sans que les citoyens ni les scientifiques puissent débattre de leur pertinence à court comme à long terme. L’OIN de Saclay en est un cas exemplaire : concocté et géré de longue date dans les cabinets ministériels et les conseils d’administration de sociétés, le projet est mis à distance de tous ceux qui, par leur travail ou leur lieu d’habitation, sont concernés.

Comment procéder pour créer du commun, qui soit un appui pour les mobilisations ? 

Le premier temps serait pour notre groupe de l’écoute de toutes les forces citoyennes qui agissent vis-à-vis de ce projet gouvernemental afin d’échanger à partir de leur expérience militante. Dans un second temps, il s’agirait de réunir toutes les forces citoyennes vives qui auraient contribué au « premier temps », dans une journée de travail publique, faite de réflexions et de propositions. Nous espérons que le croisement et la confrontation de ces points de vue aboutira à trouver des convergences, à détruire des préjugés, et à faire émerger des propositions auxquelles aucune des parties prenantes n’auraient pu aboutir seule, concernant les rapports entre société, sciences et démocratie. Il s’agit d’explorer et autant que possible de mettre en œuvre des pratiques démocratiques nouvelles.

Enfin, ces deux temps pourraient aboutir à la publication d’un ouvrage collectif retraçant notre parcours commun qui, par ses multiples point de vue « d’en bas », constituerait, dans le domaine des relations entre sciences et société, un acte citoyen et intellectuel original. 

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