Accueil > Thématiques > Atelier L : Séance inaugurale du 20 mai 2006

Texte pré-colloque : quelles méthodologies pour penser efficacement la transformation révolutionnaire de la société ; quels types de conceptualisation, et quels emprunts faire auprès de la pensée scientifique actuelle ?

jeudi 23 mars 2006, par Janine Guespin

1. Proposition d’un atelier dans le cadre du colloque des 19-20 Mai 2006

Est-il possible tout d’abord de « comprendre » l’état du monde actuel, et de partager une analyse de ce monde ou tout au moins de pouvoir comparer les diverses analyses ? D’une part, le « socialisme scientifique » qui prétendait donner des « recettes » pour comprendre le monde a, très heureusement, disparu. D’autre part, avec la globalisation des échanges, avec l’économie libérale, domine de plus en plus le sentiment que « le monde est complexe », ce qui, souvent signifie « c’est trop compliqué pour pouvoir envisager une étude rigoureuse ». Tout ceci conduit à une volonté de « pragmatisme », à une méfiance très forte contre tout ce qui pourrait se prétendre « une théorie ». Entre l’utilisation naïve ou fallacieuse de « la théorie » pour justifier voire masquer des prises de position politiques, et l’abandon de toute analyse basée sur un corpus de concepts et de connaissances communes, il y a certainement place pour une démarche théorique maîtrisée, pour la recherche d’outils, de méthodes facilitant à la fois l’analyse du monde actuel et la mise en commun de cette analyse.

Deux méthodes, deux « boites à outils », ayant d’ailleurs des liens conceptuels, même s’ils sont le plus souvent ignorés, peuvent être proposées, l’un par la philosophie - c’est la dialectique -, l’autre par le développement actuel des sciences - c’est ce que l’on appelle les « sciences de la complexité ». Il y en a probablement d’autres.

Permettre à tous ceux qui le souhaitent, de s’approprier ces méthodes, dans le but de les mettre en œuvre, les approfondir et les faire progresser, dans le travail de compréhension du monde et les propositions pour transformer ce monde, tel est l’objectif de cet atelier.

Les « sciences de la complexité » désignent un ensemble de recherches très diverses, en cours depuis quelques décennies, et pourtant encore débutantes. D’ores et déjà cependant, elles fournissent un corpus de concepts et de méthodes qui permettent de commencer à se poser (et à résoudre) de nouvelles questions dans la plupart des disciplines, que ce soit en physique et en biologie ou en sociologie, histoire, économie. Ces questions concernent ce qui est considéré comme complexe, et en particulier ce qui correspond à l’existence et à la dynamique d’interactions non linéaires.

Depuis ‘la nuit des temps’, les raisonnements, qu’il soient naïfs ou scientifiques, s’appuient sur une conception « linéaire » du monde, où les effets sont proportionnels aux causes, où les causes s’additionnent pour conduire aux effets, et où on peut tracer une chaîne unidirectionnelle entre les causes et les effets. C’est tellement le sens commun, que personne ne réalise qu’en fait, il s’agit d’une vision du monde sous-tendue par une mathématique simple où l’additivité et la proportionnalité sont la règle. Bien entendu, tout le monde a rencontré des « exceptions » comme les effets de seuil par exemple. Eh bien, ces exceptions ne « confirment pas la règle », elles sont en fait l’immense majorité des cas, elles sont la règle, et cette règle est très différente de celle que le sens commun nous a enseignée. Mais ce n’est que depuis que les ordinateurs ont fait irruption dans notre quotidien que des méthodes ont été découvertes et largement utilisées pour étudier cette nouvelle « règle » de façon rigoureuse. Evidemment, puisque c’est contraire au sens commun, cela heurte nos habitudes de pensée, cela « dérange », y compris les communautés scientifiques au sein desquelles se développent ces nouvelles méthodes, ces nouveaux outils. En particulier, les notions de « changement », de « transformation », sont devenues beaucoup plus riches. A côté des changements que nous connaissons bien (où l’effet est proportionnel à la cause), on a découvert toute une flore de nouveaux types de changements, comme les bifurcations, où un système peut changer radicalement de nature lorsqu’une toute petite variation se produit, (dans un contexte évidemment très particulier). (On reconnaît d’ailleurs là ce que Hegel avait pressenti avec son « saut qualitatif », mais avec des cas de figure beaucoup plus divers et riches que celui de l’eau qui bout). On peut aussi mentionner l’auto-organisation, où un système peut s’organiser dans l’espace et le temps sans qu’il y ait de « chef » (on en connaît des cas en physique et en chimie, mais c’est aussi vrai d’une colonie de fourmis, ou encore du réseau internet), ou encore la multistationnarité, où un même système a deux ou plusieurs devenirs possibles dont le choix peut dépendre du hasard, de l’histoire du système, ou encore d’une intervention extérieure.

Il est de plus en plus courant, à l’heure actuelle de parler de « réseaux », et là encore, des études récentes permettent de proposer des pistes d’étude pour appréhender certaines propriétés des réseaux, telle leur robustesse, à partir de leur structure, ou encore leurs possibles devenirs à partir de la présence de circuits de rétroaction.

Une caractéristique des ces nouvelles méthodes, c’est qu’elles ont vocation à s’utiliser lorsque des interactions non linéaires sont la cause de changements, quelle que soit la nature des processus en cause. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’elles donnent des recettes qu’il suffirait de plaquer sur l’étude de problèmes nouveaux. Ces études confirment même d’une certaine façon le bien-fondé de la méfiance actuelle envers une théorie qui se prétendrait « omnisciente » car elles montrent aussi qu’un certain degré d’incertitude est obligatoire, comme l’indique l’expression « déterministe et non prédictible ». Mais ne doivent-elles pas interpeller ceux qui précisément veulent « changer » le monde ? Comme toute méthode, comme tout outil, il est nécessaire de les adapter (au sens fort) aux problèmes posés, par exemple par la transformation sociale, mais pour cela, encore faut-il se les approprier. La nature particulière de ces méthodes (qui s’opposent au sens commun, donc à la philosophie spontanée et à l’idéologie actuelle) nécessite plus que jamais de convoquer aussi la philosophie et notamment la dialectique dans ce débat. (Ce qui ne veut pas dire que la philosophie n’a pas son mot à dire, indépendamment des sciences de la complexité).

L’atelier que nous proposons devrait regrouper ceux qui pensent que les concepts nouveaux issus des sciences, qu’elles soient de la nature ou de la société, doivent être mis en commun et confrontés aux concepts philosophiques, pour aborder la tâche de transformation du monde.

Il devrait déboucher sur un séminaire où on se donnerait le temps d’exposer et de discuter ces méthodes.

Janine Guespin


2. Déroulé de l’atelier

Atelier L samedi 20 9h30-12h

Quelles méthodologies pour penser la transformation révolutionnaire de la société ; quels types de conceptualisation, et quels emprunts faire auprès de la pensée scientifique actuelle ?

Nous proposons une démarche en trois temps pour permettre à tous les participants de s’impliquer dans la discussion de chacun des aspects.

Présenter et discuter les nouveaux concepts à partir de l’expérience de scientifiques en sciences de la nature et en sciences sociales (Janine Guespin présentera les réseaux et les systèmes dynamiques non linéaires, Pascal Lederer les transitions de phase, René Mouriaux présentera les relations entre sciences de la nature et sciences sociales (évolutions et échanges)

Croiser ces concepts avec la logique dialectique (Lucien Sève et Wolfgang Fritz Haug ont annoncé leur participation).

Discuter avec les acteurs « de terrain » dans le but de démarrer un travail de recherche (démarche expérimentale) sur l’utilisation de ces « outils » pour l’étude de un (ou quelques) problème(s) concret(s).


...Translation into « globish ». ENGLISH.

What methods may be useful to think revolutionary transformation and the society, what type of concepts, what can be borrowed from the present day scientific thought ?

We propose three themes to allow all participants to discuss each of them.

Presentation and discussion of new concepts, from the experience of scientists and human scientists.

Cross talkwith dialectics

Discussion with those that are in the”field”, in order to start a research work on the use of these tools to study one (or more) actual problem.

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