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À propos des militants du Parti communiste

samedi 26 juin 2010, par Jacques Chabalier

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Présentation-Chabalier

Cette audition consacrée aux militants du parti communiste est plutôt bien placée puisqu’elle se tient 3 jours après notre congrès qui est un moment toujours très important dans la vie de notre parti, comme de tout parti en général. Plus encore peut être que d’autres ce congrès a largement traité de notre vie militante : nous avons décidé en effet de poursuivre et mettre en œuvre le travail qui doit conduire à des transformations de notre organisation parti communiste français dans la recherche d’une nouvelle efficacité politique de notre combat.

La résolution que nous avons adoptée affirme la volonté de « garder le meilleur de la démocratie militante permettant l’affirmation de grands choix nationaux et gagner dans la réalité le meilleur de la démocratie de participation et d’initiative. Notre démocratisation, passant par la participation effective des adhérents à l’élaboration de la politique de leur parti, nous semble la voie la plus féconde pour l’avenir ».

Je ne reprends pas toutes les pistes de travail et décisions de notre congrès ; malgré la date, j’ai conscience de ne pas participer à une réunion de compte rendu de congrès.

Mais à l’évidence nos décisions reposent sur la volonté de « donner au militantisme de proximité non pas une importance plus grande dans notre vie de parti, nous l’avons toujours fait, mais une plus grande efficacité.

D’où la décision de créer une direction nationale de la vie militante permettant l’impulsion la mise en réseau, le partage, l’efficacité du militantisme de proximité.

Dit autrement, ce que Anne Coulon , dans une récente Humanité des débats, appelait la force d’un parti, la transmission orale et le nombre de ceux qui colportent les idées de façon vivante.

Ce travail doit s’effectuer à partir d’une connaissance réelle de nos adhérents, et un diagnostic qui soit le plus réel et le plus partagé possible sur l’état de notre organisation.

Beaucoup de travail reste à faire pour aboutir à cette bonne connaissance de nos adhérents, malgré le travail important réalisé par le secteur vie du parti et la visite personnalisée des 96 fédérations avec les exécutifs départementaux organisée en 2005 qui a abouti à la mise en place en 2006 du fichier cociel.

Le premier constat est que malgré notre affaiblissement depuis un quart de siècle le parti communiste reste, à gauche, une importante force politique militante.

Le parti compte fin 2009 134000 adhérents, nombre qui s’est stabilisé depuis 2005, année du référendum où pour la première fois depuis 1981 nous inversions la courbe de nos effectifs.
Nous avons enrayé et commencé à inverser l’érosion entamée au début des années 80.

Les adhésions réalisées en sont le premier indicateur : après les 8000 adhésions de 2005, nous avons recueilli depuis chaque année en moyenne, 6000 adhésions.

Ces nouveaux adhérents sont pour moitié âgés de moins de trente ans, jeunes salariés, les autres des militants associatifs, syndicaux certains anciens membres du parti. (Tendance qui se renforce ces dernières années, ce qui peut rendre confiant pour notre travail à destination des lieux de travail).

Prés de 41% de nos adhérents sont des adhérentes, ce qui, au regard des autres partis, est une bonne proportion : nous avons pointé au congrès des difficultés réelles dans la mise en œuvre de la parité, ce chiffre montre en tout cas qu’il n’y a aucune fatalité aux difficultés rencontrées.

Prés de 6% des membres du parti ont moins de trente ans et un peu plus de 30% plus de 65 ans pour des proportions dans la population de 21% pour les 18/30 ans et de 20% pour les plus de 65 ans.

Il est à noter que dans les départements plus urbains nos effectifs sont plus à l’image de leur population, plus jeunes et plus féminines.

Ces premiers éléments doivent nous préoccuper même si nous pourrions nous rassurer en nous comparant à tous les autres partis, qui sont eux plus âgés et moins féminins que le PCF.

Cette réalité des chiffres montrent que contrairement à l’idée reçue que nous sommes un parti vieillissant.

Nous avons par contre, nous le savons, une vraie difficulté pour que ces jeunes ou nouveaux adhérents, dont nous ignorons pour beaucoup d’entre eux les suites données à leur adhésion, trouvent le cadre collectif propice à leur épanouissement militant.

Cela provoque souvent chez nos militants une retenue à être audacieux et visibles dans nos campagnes de renforcement ; je pense que les décisions de notre résolution sur les transformations du parti communiste, cette volonté d’impulsion, de mise en réseau, de partage des expériences etc. ne peuvent que nous encourager, nous décomplexer pour être offensifs sur le renforcement car elles peuvent nous donner l’assurance que toutes ces femmes et hommes, ces jeunes qui peuvent nous rejoindre seront des acteurs et actrices de notre organisation, dans laquelle leurs idées, leur audace ou leur créativité trouvera pleinement l’espace pour s’exprimer et se réaliser.

Autre élément structurant de la vie de notre organisation, la cotisation : à partir des décomptes des ADF 52% de nos adhérent(e)s sont cotisants, dont prés de 15% en prélèvement automatique. Nous constatons cependant des écarts importants entre fédérations ou entre sections allant de taux de cotisants de moins de 20% à 85 % de cotisants.

Le taux moyen de cotisation par adhérent est stable ces trois dernières années(120 euros annuels) mais la somme totale de cotisation récoltées au budget du CN augmente et passe de 6Millions en 2007 à 6 millions 242 mille en 2009.

Cela confirme le retournement de tendance que j’évoquais tout à l’heure, tout en montrant aussi les marges de progression possibles.

Il s’explique par une meilleure maîtrise grâce à la mise en place des ADF qui constituent maintenant un élément structurant de la vie du parti.

Ces débuts d’amélioration s’expliquent aussi par un travail entamé et bien sûr à encourager de réorganisation du parti avec une action plus précise envers les adhérents.

Par les moments de vie démocratique, comme le vote qui permet de se mettre à jour.

Par l’encouragement au prélèvement automatique qui permet de régulariser et finalement augmenter le taux de cotisation.

Et dans ce domaine aussi le comparatif avec les autres formations est plutôt à notre avantage puisque des organisations déclarant plus du double d’adhérents n’ont qu’ à peine 15% de ressources de plus que le PCF qui proviennent des cotisations de leurs adhérents.

En annonçant ces premières données je veux dire qu’elle ne sont pas toute exploitables dans l’activité quotidienne soit parce que elle ne sont pas connues ou tout simplement pas répertoriées.

La collecte de ces renseignements et leurs saisies dans Cociel est donc pour nous un enjeu essentiel : c’est à partir de ces renseignements et de leurs saisies que nous pourrons de façon précise connaître notre pyramide des ages, l’ activité professionnelle de nos adhérents, leur centre d’intérêt.

Comment en effet être utile à l’activité militante à l’entreprise sans être en connaissance du lieu d’activité, comment mettre en dynamique des jeunes adhérents du parti quand dans certains cas nous n’avons aucune liste renseigné sur l’âge (a titre d’exemple alors que nous sommes en passe d’avoir 95000 de nos adhérents répertoriés dans cociel pour près de 50% d’entre eux nous n’avons pas l’âge.)

Le grand recensement de nos adhérents que nous avons décidé d’organiser est une réponse qui doit s’articuler avec une réflexion politique sur ce que nous voulons connaître prioritairement de nos adhérents pour leur permettre de déployer leur activité, comment assurer l’actualité et le suivi de cette connaissance et la rendre exploitable pour l’activité militante ?

Le suivi au quotidien de cet outil est aussi un moyen de notre démocratie interne. Depuis le 32ème congrès nous vivons le pluralisme de droit en particulier au moment des votes. L’établissement des listes électorales doit pouvoir complètement correspondre à nos règles de vie commune.

Cela nécessite de connaître la qualité ou non de cotisants de nos adhérents, l’état de la mise à jour de leur cotisation, leur lieu d’organisation et de vote. Autant d’élément pouvant être obtenus à partir de ce logiciel qui devient de fait notre référence et évitera des litiges.

Toutes ces données doivent aboutir à un élargissement du nombre de nos adhérents prenant part à l’activité collective.

Il est plus au moins établi que nous avons une relation soutenue avec seulement 20 à 30 % de nos adhérents cela indique tout le potentiel d’organisation qui est devant nous.

Dans ce domaine il est intéressant par exemple de mettre en rapport le nombre de voix communistes et le nombre de nos adhérents.

Une étude réalisée sur la base des élections législatives 2007 montre qu’en moyenne un adhérent communiste représente 9 voix, mais avec des écarts importants d’un département à l’autre de 1 pour 5 et 1 pour 31.

Rayonnement des militants à développer d’un côté, potentiel d’adhésion insuffisamment pris en compte peut être de l’autre, ces données indiquent cependant les possibilités qui sont les nôtres.

Cela nous amène à réfléchir à notre conception du militantisme : Pour gagner les combats politiques dans son appropriation citoyenne quel sera l’élément décisif, outre bien sûr la qualité du message ?
Le nombre de tracts portant ce message mis dans les boites au lettre ? Ou bien le nombre d’adhérents en capacité de parler avec ses voisins, ses collègues de travail, celles et ceux qu’il retrouve dans l’association, le syndicat, ou ses loisirs.

Le meilleur antidote du 20 heures n’est-elle pas ce dialogue politique de gens qui se connaissent, se respectent et vivent les mêmes choses partagent les mêmes centres d’intérêt.
Ce n’est pas une invitation à ne pas distribuer de tract, ne pas travailler à la médiatisation de nos idées c’est replacer la question de l’existence d’un parti de masse et non d’un parti de supporter.

D’autres que nous ont compris cela : La campagne américaine a réinventé le militantisme de proximité. Des centaines de milliers de citoyens américains ont frappé aux portes de leurs voisins, ont organisé des cellules d’actions, ils ont créé une campagne de terrain. J’ai coutume de dire qu’il ont réinvente le parti communiste des années 70 dans sa conception du militantisme en utilisant Internet non pas pour convaincre par écran interposé mais pour organiser et recueillir les adhésions et permettre le militantisme.

Ce sont d’ailleurs des éléments de connaissance de nos adhérents qui sont essentiels à recueillir. Aujourd’hui 70% des foyers sont équipés d’Internet, mais nous n’en avons que 11 000 répertoriés sur Cociel sur les 95 000 qui y figurent.

Internet peut devenir un outil d’ organisation. C’est ce que disait Patrice Bessac qui militait pour un rapprochement entre les fans du mulot et les partisans du militantisme traditionnel. Nous savons aussi d’expérience qu’ Internet est devenu un outil d’adhésion, plusieurs témoignages nous racontent que suite à des discutions nous avons été saisis par Internet de la demande d’adhésion.

Cela m’amène à quelques réflexions sur nos structures et nos objectifs d’organisation.

Des structures en mouvement à réorganiser

Nos structures, des cellules de proximité jusqu’au CN ont vocation à être au service du déploiement de l’activité politique de chacun(e) de nos adhérents.

Nous avons une fédération dans la totalité des 96 départements, disposant de locaux. Avec des locaux qui bien souvent se rénovent, avec des acquisitions de nouveaux locaux, mieux adaptés à l’activité militante ; une des premières présences de Pierre Laurent sera avec Jacky Hénin, l’inauguration des nouveaux locaux de la Fédération de l’Aisne. Je serai pour ma part Dimanche à l’inauguration de celle du Calvados dans le cadre de leur fête fédérale.
D’ailleurs, à ce propos, après une tendance à la suppression de ces fêtes, on constate une inversion de tendance, avec un travail intéressant sur les objectifs et les contenus de ces fêtes.
Nous avons 1400 sections dont 1000 sont organisées, animées. Les renseignements dont nous disposons ne permettent pas d’établir de façon fiable le nombre d’organisation de proximité d’autant que si certaines ont une activité soutenue et permanente, d’autres agissent et se réaniment en fonction de la vie politique mais surtout parce que, à un moment donné, un militant ou un groupe de militants décident de s’en occuper.

Un constat s’impose il existe une désorganisation en profondeur à la quelle il faut remédier.
Elle est du bien sur à l’affaiblissement, à des perte d’effectifs, au vieillissement des animateurs et animatrices mais aussi il faut bien le dire à de fausses bonnes idées.

Celle qui au nom de collégialité de la mise en réseaux a conduit à ne pas responsabiliser des militants sur telle ou telle tâche.

Il faut considérer que tout collectif a besoin de se définir des objectifs politiques pour trouver sa dynamique et son renforcement.

Rien n’est spontané, il est nécessaire de prendre des dispositions d’organisation reposant sur la prise de responsabilité d’adhérent. Cela à besoin de ce faire dans la transmission des expériences, l’accompagnement, le soutien.

D’où l’exigence de formation qui s’est exprimé dans tous les congrès départementaux, demande qui a fait l’objet de décisions du congrès.

Nous avons donc en terme d’implantation d’organisation un important travail à poursuivre ou à engager.

Nous avons des axes mises en avant par le 34 congrès : quartier, entreprise, jeunesse.

Le 35 congrès a décidé de construire une stratégie de déploiement du militantisme à l’entreprise. A cet effet, le Conseil national avec les militants des entreprises concernées devra décider d’objectifs précis d’implantation dans des champs professionnels ou des grandes concentrations de salariés. Des collectifs de travail nationaux pour chacun de ceux-ci seront constitués.

En lien avec les fédérations et les sections concernées, ils auront dans un premier temps la tâche d’aider à la structuration d’un travail national dans ces entreprises ou ces champs professionnels.

Le but de cette expérimentation n’est pas de « centraliser » l’activité des communistes ou des sections d’entreprises concernées mais de la mettre en réseau pour la développer, pour créer un mouvement national de reconquête d’un militantisme communiste sur ces lieux de travail.
Notre atout pour cette réorganisation, dans les entreprises comme ailleurs, ce sont les nouveaux adhérents.

Ils sont depuis 2005 29000 : avec 21% de nos effectifs nouveaux moitié jeunes ou associatifs, nous avons un sérieux potentiel pour cette réorganisation d’autant que la grande majorité d’entre eux ont adhéré en nous en faisant la demande avant que nous ne les sollicitions.

Ces nouveaux adhérents ont une caractéristique : ils le font parce qu’ils ont vécu avec des communistes des expériences positives nous montrant tel que nous sommes et non à partir de ce qui se dit de nous.

Ce constat nous indique que en matière de renforcement nous sommes loin d’exploiter le potentiel.

Un mot de conclusion justement là-dessus

Les raisons d’adhérer au PCF sont souvent à puiser dans l’actualité politique.
Comment créer les conditions politiques d’une résistance et d’une alternative politique, comment créer les conditions de la mise en chantier d’un projet politique de réponse à la crise qui devienne le socle politique de la gauche, comment battre la droite lors des prochaines échéances, 2012 et avant, et permettre que soient élues des majorités qui se mettent au service des attentes populaires face à la crise ?

Être plus nombreux au PCF est pour nous un enjeu central.

Quand des milliers de gens font d’eux mêmes, comme je viens de le dire, la démarche d’adhérer au parti, nous devons réfléchir à comment être beaucoup plus public dans notre offre d’adhésion.

Ce travail de renforcement outre ses moments publics a besoin d’être organisé, suivi pour prendre plus d’efficacité en lien avec nos objectifs d’organisation.

En lien avec nos objectifs d’implantation, de réorganisation, de renouvellement, de rajeunissement d’implantation dans les lieux de travail, dans les quartiers populaires...
Il y a là un travail concret dans la définition des objectifs et en suite dans l’accompagnement concret de leur réalisation.

Dans cette présentation il s’est agi de donner des éléments qui soient le plus près possible du réel ; sans masquer les difficultés bien réelles qui sont les nôtres, l’important reste de dégager les chemins pour les surmonter.

Un reportage samedi soir sur F3 disait que la tâche première du nouveau secrétaire national serait d’arrêter l’hémorragie de militants.

Mon propos n’était évidemment pas de se résigner à des départs, mais de dire que ce tableau ne correspond pas à mon expérience toute fraiche de responsable à la vie du parti.

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