Accueil > Thématiques > Mondialisation > Forums Sociaux

TINA est morte, vive TATA !

samedi 3 juillet 2010

Nous ne faisons pas que critiquer, nous proposons aussi. Ce texte est une tentative de résumer ce que des mouvements sociaux, des partis, des syndicats impliqués dans le processus du Forum social, préconisent pour sortir de la crise. La tâche a été moins rude que prévu car les propositions existent et ne sont pas si éloignées que cela les unes des autres.

Premier constat : les diagnostics se rejoignent. Que ce soient les syndicats déclaration de l’European network of trade-unionists de juin 2010), la déclaration d’une bonne centaine d’universitaires économistes d’Italie, des organisations comme le CADTM, ATTAC, Tranform !, les partis politiques de gauche (vraiment de gauche, attention), nul ne songe une seconde à reprendre la scie qu’on entend chaque jour dans les médias : « la dette publique est à l’origine de tout, il faut la réduire » et donc « rassurer les marchés ».

Non, la crise n’est pas grecque, elle est mondiale, elle n’est pas singulière mais systémique (et on parle de plusieurs crises qui se conjuguent : financière, économique, de production, de distribution, institutionnelle et démocratique). Les crises sont intrinsèques au système, et d’ailleurs, on peut se demander si, du point de vue du système, il s’agit bien de crises ou de l’expression normale du système lui-même.

Le déclencheur de la crise financière (les subprimes) vient de ce que le partage de la plus-value se fait de plus en plus en faveur des détenteurs de capitaux et en défaveur du travail. Ceux et celles qui n’ont que leur travail pour vivre ont dû recourir à l’emprunt massif, généreusement octroyé par des organismes privés dans n’importe quelles conditions, puis titrisé par des opérateurs devenus incontrôlables depuis les dérégulation des années 1980, dans une économie mondialisée transformée en casino. Maintenant, les banques massivement renflouées par l’argent public, se retournent contre les États, instrumentalisant la dette publique pour contraindre les populations à payer une fois de plus pour les crises dont elles ne sont pas responsables. Les populations auront payé trois fois : une fois en renflouant les banques, une deuxième en subissant concurrence, précarisation et pauvreté, et maintenant une troisième avec les plans d’austérité qui ne sont qu’une façon de céder encore aux banques et aux marchés financiers. Là dessus, le diagnostic est général.

Deuxième constat : le niveau de la riposte. Là, un débat existe : au niveau national ou au niveau européen, voire mondial ? Visiblement, les partis politiques, s’inscrivant dans la perspective d’une prise de pouvoir revendiquée (ce qui est logique), posent qu’il faudra passer des alliances au niveau européen, y mener des combats politiques, et sérieusement envisager de se dégager des directives européennes en en suspendant l’application une fois arrivé au pouvoir. Les mouvements sociaux n’ont pas cette difficulté : ils se contentent de dire que tous les niveaux sont concernés. Peut-être l’idée consiste-t-elle à dire qu’il n’y a pas de réelle division là-dessus, mais une appréciation du temps de l’action : « action immédiate au niveau national pour changer le rapport de force politique au niveau européen dans le but de créer des alliances pour réorienter la politique de l’UE » pourrait être une solution acceptable de ce problème stratégique important.

Troisième constat : le type de riposte. Il y a de fortes convergences : globalement, l’idée de départ est que, fondamentalement, la crise est une crise de système. Ce qui veut dire que la démocratie est mise à mal, même si les dirigeants de pays comme les nôtres s’en gargarisent. La réalité est que ce sont les marchés qui dictent leur loi, et non les peuples. Il s’agit d’inverser cet état de fait, d’où l’idée de prélèvements fiscaux sur les marchés financiers, de réguler les banques et le secteur financier (Attac, et tous les autres). Ensuite, quelles régulations ? La séparation entre banques de prêts et banques d’affaires revient fréquemment (lettre des économistes italiens, PG, Attac) ; la création d’un « pôle bancaire public », passant éventuellement par l’expropriation des banques (CADTM) ou pas nécessairement. L’idée est ici de considérer que le crédit est un bien commun et qu’il est légitime que les politiques de crédit soient contrôlées par les citoyens d’une manière ou d’une autre.

Autre proposition : le rôle de la BCE. Son indépendance par rapport aux gouvernements est globalement considérée comme inacceptable, ne serait-ce que parce qu’elle n’est pas indépendante des dogmes libéraux. Au moins qu’elle agisse avec l’obligation de mettre dans ses objectifs celui de
l’emploi et du développement et pas seulement celui de la lutte contre l’inflation. Certains estimant par ailleurs (Transform, Attac, PG) qu’elle doit aussi financer les dettes des États.

Ce qui est intéressant, c’est que personne ne s’en tient à ces solutions techniques : tous disent que le problème est plus large et qu’il faut rompre avec le type de production insoutenable actuel, et avec une manière profondément anti-démocratique de conduire des choix publics qui sont finalement ceux de la finance. Alors fleurissent les propositions de rupture avec les dogmes libéraux, avec les politiques européennes dès lors qu’elles se conçoivent comme autant de moyens de contraindre les peuples (les partis politiques préconisant notamment une suspension de l’application des directives européennes au cas où ils seraient en charge des affaires publiques). Les propositions passent aussi par une réorientation complète des politiques fiscales (fin du dumping fiscal) et budgétaire (en finir avec ce budget européen misérable permettant à peine de gérer la pénurie). D’autres insistent sur la nécessité de revoir entièrement les finalités de la production, de ce type de production car il est générateur des soubresauts violents que nous connaissons. Le chantier est vaste, il ne faut absolument pas compter sur les gouvernements en place si ne sont pas créés les rapports de forces nécessaires. D’où la nécessité des résistances, à quelque niveau que ce soit.

Margaret Thatcher le rabâchait voici bientôt trente ans : « Il n’y a pas d’alternative » (« There is no alternative »). Ce slogan était devenu son mantra, au point qu’elle fut surnommée TINA (acronyme anglais de « There is no alternative »). Trois décennies de casse sociale et quelques crises violentes plus tard, j’ai le plaisir d’annoncer que TINA est morte. En revanche, TATA, «  There are thousands of alternatives" »(« Il existe des milliers d’alternatives ») se porte très bien, merci.

Frédéric Viale, Attac France.

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0