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Après la crise sociale et politique grecque, devons-nous construire une autre Europe ?

dimanche 4 juillet 2010, par Louis Weber

Une cinquantaine de personnes sont présentes. Michel Rousseau, des Marches européennes contre le chômage, anime l’atelier. Pour lui, le débat est ancien : quelle Europe voulons-nous ? Il devient plus important encore avec la crise.

Zeos Tesses, un dirigeant du syndicat de la banque, présente la situation en Grèce. Ce pays est au centre des réflexions à cause des mesures antisociales très dures prises par le gouvernement « socialiste », en liaison avec le FMI. Les conservateurs au sein de l’UE, avec la complicité des gouvernements grec, espagnol et portugais, utilisent la crise pour imposer des mesures drastiques. La Grèce est devenue une semi-colonie du fait du gouvernement et du FMI car toutes les décisions sont prises à Berlin et Washington. En impliquant le FMI, l’UE se transforme en rouage de « stabilité », elle est devenue un mécanisme supranational contre les droits sociaux. Le FMI accorde des crédits dans un esprit néolibéral, en relation avec les banques et les agences de notation (c’est un « abattoir des peuples », « complice d’une mafia économique sans état d’âme ».

Le FMI et l’UE font baisser les salaires, favorisent les licenciements dans le privé et le public, cassent le droit du travail, la protection sociale et les retraites, la suspension des conventions collective et l’abolition du salaire minimum.

La Grèce ne sera pas « sauvée ». L’économie est condamnée à la récession et le pays à la pauvreté et au chômage. Dettes et déficits vont se creuser. Elle a affaire à des requins : plus on les alimente, plus ils en redemandent.

Une autre solution existe : le financement par la BCE de tous les pays attaqués par les marchés (avec un taux de 1%, le même que celui qui est appliqué aux banques privées). Les travailleurs ne sont pas responsables de l’énorme dette publique, gonflée pour augmenter les profits des banques et des grandes entreprises. .La Grèce ne sera pas capable au cours des années qui viennent de rembourser les dettes du secteur public (plus de 100% du PIB). La dette doit être restructurée, une partie annulée et de nouveaux prêts à des taux plus favorables accordés.

Cela permettrait de respirer et d’utiliser les ressources dégagées pour programme le développement des investissements publics, la modernisation, un système financier contrôlé par secteur public. La même recette est valable pour les pays dans une situation semblable.

Ce qui arrive en Grèce est le résultat de la crise globale du capitalisme. D’autres pays du Sud de l’Europe peuvent être touchés de la même façon, avec des conséquences similaires pour les travailleurs. La Grèce a l’habitude d’être utilisée comme terrain d’essai pour expérimenter un capitalisme sans droit des travailleurs et sans protection sociale. La capitalisme, notamment allemand, est devenu plus agressif partout en Europe : baisse des salaires, austérité. L’UE terrorise les populations en agitant le spectre de la fin de l’Europe, en tout cas de l’euro, etc.

En Grèce, on lutte, il y a eu déjà trois grèves générales. Les forces dominantes ont peur de la contagion. Vers une grève européenne le 29 septembre ? L’objectif est une Europe refondée, complètement différente, pour la paix, de l’Atlantique à l’Oural, une Europe de la démocratie, de l’environnement, sans les menottes du Pacte de stabilité. Une Europe du plein emploi, du développement durable, du plein-être social.

Jürgen Klute est un député européen allemand, du parti Die Linke, veut expliquer comment un petit groupe parlementaire peut lutter pour une autre Europe (NB :le Parlement européen est composé de 736 députés, dont 35 sont membres du groupe GUE/NGL, l’avant-dernier en importance). Pour lui, « la révolution ne commencera pas au PE », où la majorité de droite est solide.

Les décisions européennes ont des conséquences au plan national. Le groupe est petit mais il est important d’être là et de participer au mécanisme de décision. Sa stratégie principale consiste à être en contact étroit avec des personnes et des organisations en dehors du Parlement. Il peut s’appuyer sur le mouvement social et obtenir des informations qu’il peut faire passer au sein du Parlement. En retour, le groupe organise des conférences au sein du Parlement, avec la participation d’organisations.

Le groupe a beaucoup débattu de la situation en Grèce. Deux de ses membres, dont un Grec, font partie de la commission économique. Ils sont les seuls à avoir fait entendre une voix différente. Le discours majoritaire au sein du Parlement insiste sur les aspects « grecs » de la crise grecque. Pour la GUE, ce n’est pas juste. La cause première réside dans la façon dont l’euro a été mis en place. Ce n’est pas une crise grecque mais une crise européenne et une crise de la zone euro. Il est important d’amener ces thèses dans les débats du Parlement européen et de les reprendre en dehors pour créer une dynamique que le Parlement puisse reprendre à son compte.

Certes, il est difficile de porter une perspective non-libérale au sein du Parlement. Mais il y a des résultats quand même : sur directive « durée de travail des conducteurs », grâce au soutien des syndicats, sur la « directive portuaire ». Cela montre qu’il est possible d’influencer les politiques européennes. Mais c’est difficile et possible seulement avec un soutien extérieur.

Pour Christine Mendelsohn, du Parti de la gauche europénne, : transfert de la plus-value du travail vers le capital est à l’origine de la crise. Cela a constitué un tournant de la lutte des classes en Europe. Les mesures de sortie de crise doivent s’appuyer sur un « nouveau projet de civilisation ». Pour Christine, il y a trois batailles à mener :

1) changer le rôle de la BCE pour empêcher la spéculation, augmentation le budget européen pour aider les pays les moins développés

2) changer le mode de production pour sauver la planète, actuellement mise au service des riches. Les gains de productivité doivent être au service de l’après-pétrole, pour redonner du sens au travail

3) depuis 2009, les femmes sont plus diplômées que les hommes. Il convient par conséquent de changer les rapports dans les entreprises et les partis politiques.

Il faudrait des services publics européens, notamment dans les transports et l’énergie (qui est une source possible de guerre à l’avenir pour l’OTAN). Pour être crédibles, il faut « rassembler assez pour peser ».

Un représentant de la Gauche verte de Hongrie rappelle qu’il s’agit d’une coalition formée il y a un an. Le chômage dans le pays est à 10,5% officiellement, en réalité 20 ou 25%. Les jeunes sont les plus affectés (et non comptés quand ils sont à la recherche d’un premier emploi). Un million de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Le FMI est intervenu récemment, à cause d ela dette publique.

Les récentes élections ont été marquées par des pertes des socialistes. Les conservateurs utilisent une rhétorique de gauche : ils ont pour un « bon capitalisme », qu’ils opposent au « mauvais capitalisme », pour préconiser un « capitalisme des travailleurs ». Il n’y a pas de tradition de lutte, la première vraie grève a eu lieu en 2009. Le problème fondamental avec l’Union européenne est l’inégalité entre l’Ouest et l’Est. La France et l’Allemagne ont totalement colonisé l’Europe de l’Est. Les avoirs agricoles et industriels ont été vendus, notamment aux Allemands. Les acheteurs ferment les entreprises ou alors ils ne les développent pas. Ce qui fait qu’il n’y a pas de création d’emploi.

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