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Extrême droite et amorce d’un dialogue Est-Ouest

dimanche 4 juillet 2010, par Louis Weber

Cet atelier s’inscrit dans la suite des activités d’un réseau créé à Prague en mai 2010 pour suivre l’évolution du vote d’extrême-droite en Europe. Animé par des militants du Forum social autrichien et de Transform !, ce réseau s’est penché jusqu’ici essentiellement sur les pays de l’Est. La réunion inaugurale de Prague était d’ailleurs organisée par une organisation tchèque. Pour Istanbul, le réseau a réuni des fonds pour financer le déplacement de nombreux militants de ces pays (Russie, Ukraine, Pays baltes, Hongrie, etc.), essentiellement des jeunes (ce qui est ’ailleurs assez inhabituel dans le cadre du FSE).

Voir aussi le "procès verbal" rédigé par les animateurs de l’atelier

Herrmann, du Forum social autrichien, a rappelé que le problème de la montée de l’extrême droite était général en Europe, mais particulièrement à l’Est. Pour lui, la gauche a commis l’erreur de croire que c’était fini après la Deuxième Guerre mondiale. En Hongrie, on retrouve même les traces liées aux suites de la Première Guerre mondiale et de la fin de l’Empire austro-hongrois.

Se sont ajoutés à cela les effets destructeurs du néolibéralisme et de ses conséquences : crise, populisme, etc. Pour réagir, il faut donc des mesures économiques, une extension de la protection sociale, pour changer la vie réelle des populations

Martin présente la situation en Hongrie. C’est, fait rare dans le pays, un jeune métis africain.Aux élections générales de cette année, l’extrême droite a obtenu 17% des votes. Elle a 3 parlementaires européens depuis 2009. Comme Martin fait partie d’une minorité visible, il peut mesurer les effets du racisme et de la xénophobie. L’extrême-droite gagne quand la situation économique se dégrade. Il n’y avait en effet pas beaucoup de racisme de la situation avant 1989. Le phénomène est venu après. (NB : Matin, qui devait être un enfant en 1989, fait une description angélique de l’avant-89 qu’il n’a pas vécu : plein emploi, pas de problèmes de logement, etc. Aujourd’hui, la première discrimination intervient à travers l’emploi. Il y a concurrence pour un emploi devenu rare.

Il y a pourtant peu d’immigrés. Les cibles principales sont donc les Roms (700 000, 7% de la population. Le groupe n’est pas homogène mais les pauvres en viennent principalement. Ils souffrent d’une image très négative : paresseux, chapardeurs, etc.

Des formes nouvelles de criminalité émergent. L’extrême-droite les ethnicise et oublie les causes sociales. Le problème est qu’il n’y a pas de force politique en Hongrie pouvant expliquer cela. Pourtant, résoudre les problèmes économiques couperait l’herbe sous les pieds du racisme.

Un jeune de Lituanie évoque la falsification de la Deuxième Guerre mondiale dans son pays. Dans ce schéma, il y aurait équivalence entre communisme et nazisme. L’URSS est présentée comme un pays fasciste, responsable de la guerre. S’y ajoute la réhabilitation des nazis locaux.
Cette année un tribunal a autorisé la célébration du 1er juillet, anniversaire de l’entrée des nazis à Riga en 1941. On veut même réhabiliter la svastika comme vieil emblème indo-européen de la Lituanie. Un tribunal est saisi à cette fin. La Légion SS lituanienne est célébrée. Les partis communistes sont interdits, tout comme l’étoile rouge comme emblème.

Pourtant, 45% des lituaniens sont russophones. Ils sont cependant citoyens, contrairement à ce qui se passe en Estonie et Lettonie. Les tendances fascistes et nationalistes montent. La protestation sociale est dénoncée comme de la propagande « soviétique ». La Lettonie et la Lituanie sauvés de la banqueroute par le FMI. Laboratoires pour le capital à la recherche de solutions autoritaires.

Carsten Hübner est porte parole du syndicat IG Metall à Wolfsburg (le site de Volkswagen). Il a été journaliste pendant 20 ans (radio, télé). Il travaille depuis 4 ans sur la montée de l’extrême droite. Pour lui, la situation doit être analysée aux plans national et européen. Par exemple, le SVP en Suisse a protesté contre la construction de mosquées. Le succès de sa campagne a donné des idées dans les autres pays européens.

Pourquoi les nationalistes travaillent-ils ensemble ? Ce n’est pas nouveau. Dans les années 1920, il y a eu un essai de développer un concept d’Europe dans l’extrême-droite ( Evola en Italie, Rosenberg en Allemagne). Ce sont des concepts « hiérarchiques » : l’Allemagne dominant l’Europe, un « empire européen » pour l’Italie. Ce qui revient à un partage Sud Nord entre Italie et Allemagne. Durant la guerre, cette « Europe » a été présentée comme rempart contre le bolchévisme, dans une conception défensive. Les SS sont alors présentés comme des « soldats européens »

Aujourd’hui, l’extrême droite se réfère à deux concepts différents, selon les pays : l’Europe des peuples (culturels, biologiques, etc.) et l’Europe des nations. En Belgique par exemple, il existe deux partis nationalistes. Les Wallons sont pour une Europe des peuples, Belgique unie. En Flandre, le parti nationaliste veut faire exploser la Belgique). C’est la même chose en Italie, où la Ligue du Nord et l’Alliance nationale n’ont pas le même projet pour l’Italie et pour l’Europe.

Il y a cependant un fonds commun. L’Europe est pour l’extrême droite au mieux un espace culturel, à isoler du reste du monde, de l’Asie et de l’Afrique mais même Amérique. Tous ces partis s’opposent à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Il y a refus des « nouveaux arrivants », en Europe et dans chacun des pays. Sur le plan économique et social ils sont contre le « communisme » et les syndicats mais pas nécessairement néolibéraux. Quand il n’y a pas beaucoup de migrants dans le pays, comme en Hongrie, on « construit » l’étranger de l’intérieur : le juif, le rom, les autres minorités. Mais il n’y a pas de lien automatique entre crise et montée de l’extrême-droite.

Pour les jeunes Russes qui sont intervenus, il y a depuis 10 ou 15 ans, tous les jours des attaques contre les étrangers. Mais aussi contre les leaders anti-fascistes, avocats, journalistes, etc. Le mouvement antifasciste de gauche s’est développé un peu, à l’origine à travers des concerts, des réunions, etc. Il est sorti aujourd’hui de la culture underground et a pris langue avec des partis politiques de gauche. Mais même le parti communiste a des positions nationalistes. Beaucoup de leaders politiques « fraternisent » avec les partis nationalistes d’extrême-droite. Que faire alors ? Proposer un autre vocabulaire, d’autres valeurs...

Pour un autre Russe, 80% de la population partage le discours nationaliste. « Les antifascistes restent un pas derrière les fascistes dans l’utilisation de la violence, mais l’utilisent aussi ».

Pour la suite, divers intervenants proposent de stabiliser le réseau et d’organiser des rencontres régulières d’information et de réflexion pour combattre la montée de l’extrême-droite en Europe (à Saint-Pétersbourg, en Ukraine, etc. Affaire à suivre, par conséquent.

PS : Un texte été présenté au nom d’Espaces Marx au séminaire de Prague, au cours duquel ce réseau est né. Il est disponible sur ce site.

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