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Montée du populisme de droite en Finlande : « les Vrais Finlandais »

jeudi 9 juin 2011

par Carl Mars [1]

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Ces dernières décennies, les partis populistes de droite [2] anti-immigration tels que le Front national français, le Parti de la liberté autrichien, le Parti du progrès norvégien et le Parti populaire danois ont beaucoup progressé dans plusieurs pays européens. Jusque-là, la Finlande faisait figure d’exception en Europe  : le pays était dépourvu d’extrême droite, ou du «  genre idéal  » généralement à succès de la droite populiste défini par Herbert Kitschelt et Anthony McGann (1997), qui combine idéologie de marché de droite, autoritarisme politique et attitudes xénophobes (Pekonen 1999). Ce n’est que maintenant, aux élections législatives de 2011, qu’on annonce que les Vrais Finlandais caractérisés par leur position sur l’immigration rencontreront un succès sans précédent.

Mon article étudie le rapport entre les Vrais Finlandais et les autres partis populistes de droite européens ainsi que les raisons du succès de cette étiquette populiste.

Les Vrais Finlandais, populistes de droite radicaux

David Arter (2010) considère les Vrais Finlandais comme des représentants du populisme de droite radical et constate, comme le montrent des études, que la ligne du parti s’est durcie sur les questions d’immigration et que ce sujet en particulier est au cœur du populisme de droite européen. Arter définit également les Vrais Finlandais comme un parti populiste et chauviniste social 2. Le profil des électeurs du parti ressemble beaucoup à l’archétype de l’électeur d’extrême droite, qui se définit, selon Arter, par un faible engagement partisan, une confiance plus faible que la moyenne à l’égard des hommes politiques, une origine prolétarienne et des hommes relativement jeunes (Arter 2010). D’un autre côté, Arter fait remarquer que les électeurs des Vrais Finlandais se perçoivent comme les plus à gauche des électeurs des partis de droite. Les Vrais Finlandais n’ont jamais flirté avec le néolibéralisme (Arter 2010). Par ailleurs, le parcours des Vrais Finlandais n’est pas celui de l’extrême droite, contrairement aux Démocrates suédois ou au Front national français. Le discours et la direction des Vrais Finlandais sont aussi plus modérés que, disons, le Parti pour la liberté néerlandais ou le FPÖ autrichien. Cependant, Arter place les Vrais Finlandais dans la tradition européenne occidentale du populisme de droite et non du populisme centriste, puisque c’est notamment le point de vue ethnonationaliste de «  finlandité  » qui définit toute la politique des Vrais Finlandais (Arter 2010).

En 2005, Elina Kestilä suggérait que l’état d’esprit et le point de vue des électeurs finlandais étaient aussi favorables à un parti d’extrême droite que dans les pays européens où la droite radicale avait remporté des succès. En réalité, les Finlandais craignent davantage les effets de l’immigration sur l’économie et la culture que la moyenne européenne. Leur attitude envers les immigrants est particulièrement dure par rapport à d’autres pays nordiques. Kestlilä a également constaté que le taux de participation aux élections avait baissé, tandis que l’insatisfaction à l’égard des institutions politiques et les critiques à l’encontre de l’UE s’étaient renforcées (Kestilä 2005). Toutefois, elle n’avait pas remarqué que l’extrême droite avait sa place au sein des partis finlandais, même si elle envisageait la possibilité qu’elle se mobilise ultérieurement. Au début des années 1990, l’autorisation des activités d’extrême droite a éliminé le plus grand obstacle aux mouvements (Kestilä 2005) et, selon Villina Hellsten (2001), l’arrivée au gouvernement du Parti de la coalition nationale après une longue pause entamée en 1987 leur a offert d’autres possibilités.

Dans le livre The New Radical Right in Finland (1991) édité par Kyösti Pekonen, la question se pose de savoir si la Finlande est réellement une exception en Europe, puisque le pays semblait être dépourvu de l’idéal-type de la droite populiste qui remportait des succès dans le reste de l’Europe et qui associe idéologie de marché, autoritarisme et attitude ethnocentriste voire raciste (Pekonen 1991  ; Pekonen, Hynynen, Kalliala 1999). Les auteurs ont décelé des signes du réveil de la néodroite même en Finlande. Selon eux, c’étaient notamment les attitudes populaires de la droite populiste qui semblaient trouver un écho auprès des électeurs, que les groupes ou partis politiques de l’époque ne savaient pas exploiter (Pekonen, Hynynen, Kalliala 1999).

Les Vrais Finlandais en Europe

L’idéologie populiste de droite repose sur l’hostilité aux migrants, le chauvinisme social et le populisme (Mudde 2010) ou bien sur l’ethno-nationalisme, le populisme et l’autoritarisme socioculturel (Arter 2010). On peut au moins citer l’immigration, la sécurité et la corruption comme ses sujets de prédilection (Mudde 2010). La droite populiste est née d’une contre-réaction à la gauche postmatérialiste des années 1960 et 1970, qui met l’accent sur les droits des minorités, le féminisme et les valeurs écologiques.

David Arter assimile les Vrais Finlandais aux partis populistes de droite européens. Il nous rappelle cependant que les déclarations du parti sont, du moins pour l’instant, dénuées de la tonalité xénophobe et extrême typique et que Timo Soini n’a rien proposé de similaire à Jörg Haider [3] du Parti de la liberté autrichien, favorable à la mise en place d’un Sonderlager pour les malades, les personnes âgées et les criminels (Arter 2010). Selon Soini, toutefois, il est trop facile d’étiqueter Jörg Haider et d’autres populistes de droite comme racistes [4]. Même si Timo Soini se déclare lui-même non raciste, 12 % des personnes interrogées lors d’un sondage de 2008 le jugent ouvertement raciste et 28 % le considèrent comme un raciste essayant de cacher son racisme (Arter 2010). Soini qualifie avec humour les membres ouvertement racistes de son parti de «  têtes de propulsion  » mais, en faisant cela, il ignore le problème en lui-même. Les critiques de Soini semblent viser uniquement leurs problèmes de communication et d’apparence, et non le racisme lui-même.

Néanmoins, les Vrais Finlandais diffèrent quelque peu de leurs modèles continentaux. Par exemple, les électeurs ne pensent pas que le parti soit particulièrement de droite. En effet, le populisme de droite scandinave est considéré comme plus modéré que dans le reste de l’Europe (Kitschelt & McGann 1997). Les partis scandinaves justifient souvent leur opposition à l’immigration par du chauvinisme social plutôt que du racisme. Leur nationalisme est plus modéré et leurs liens avec les groupes radicaux plus faibles qu’avec les populistes de droite d’Europe continentale (Kitschelt & McGann 1997). Les critiques à l’encontre de l’UE, dont les Vrais Finlandais ont fait la promotion, sont une caractéristique de la néodroite scandinave (Granfelt 2010).
Globalement, les partis populistes de droite ont des origines idéologiques très différentes. Pour le Jobbik hongrois et le BNP britannique, elles sont (1) néofascistes et racistes. Quant aux Vrais Finlandais, au Dansk Folkeparti et au Fremskrittspartiet norvégien, ils doivent leur succès à (2) une protestation populiste. En Suisse, l’Union démocratique du centre trouve ses racines (3) dans le paysage rural et, avant Haider, le Parti de la liberté autrichien était centré sur (4) les questions écologiques. En outre (5), parmi les partis ethniques-régionaux figurent, entre autres, le Vlaams Belang belge et la Lega Nord italienne (Lodenius & Wingborg 2010, 19).

Derrière certains partis se cache un mouvement à cause unique  : le Dansk Folkeparti est né d’une révolte fiscale (Betz 1994, 5) [5] et la Lega Nord italienne du patriotisme régional du nord de l’Italie (Betz 1994, 9)  ; les racines du FPÖ autrichien sont libérales (Betz 1994, 12) et celles du FN français néofascistes (Betz 1994, 13)  ; enfin, l’Autopartei suisse s’est déclaré parti des automobilistes afin de s’opposer aux aspirations de la gauche écologiste qui souhaitait freiner l’automobile et le shopping. L’histoire des Vrais Finlandais a, quant à elle, commencé au Parti rural finlandais (SMP) des petits exploitants populistes. Mais ces dernières années, le parti possède une aile ouvertement «  critique envers l’immigration  », qui est issue de l’extrême droite.

Qui sont les Vrais Finlandais  ?

Alors, les Vrais Finlandais sont-ils «  le plus à gauche des partis de droite  », une prolongation des traditions du SMP ou bien un parti de droite radical ou sur le point de se radicaliser né de l’islamophobie européenne  ? En tout état de cause, les électeurs du parti ressemblent aux électeurs typiques de l’extrême droite (Arter 2010). Les sympathisants des Vrais Finlandais sont, en moyenne, selon une enquête réalisée en 2008-2009 [6], des salariés hommes aisés d’une cinquantaine d’années. La moitié de ces sympathisants (une part plus importante que dans tout autre parti) sont des ouvriers. D’un autre côté, le pourcentage d’ouvriers qualifiés et de cadres votant pour eux est plus faible que dans tout autre parti  ; malgré tout, les sympathisants ont une situation financière confortable. Seuls le Parti de la coalition nationale et le Parti populaire suédois avaient plus de sympathisants dans la tranche de revenus supérieure (plus de 50 000 euros par an) et, en ce qui concerne la tranche inférieure (moins de 20 000 euros par an), seul le Parti de la coalition nationale et le Parti populaire suédois comptaient moins de ces personnes parmi leurs électeurs.

Le niveau d’études des sympathisants des Vrais Finlandais est relativement faible. 53 % d’entre eux ont une formation professionnelle et 27 % d’entre eux se sont arrêtés à l’école primaire, moyenne ou générale. Seuls 5 % d’entre eux sont allés à l’université. À titre de comparaison, les sympathisants des Verts sont 33 % à avoir suivi un enseignement universitaire, 26 % à posséder une qualification professionnelle et seulement 7 % à n’avoir pas été au-delà de l’enseignement général. La base de sympathisants du parti est celle où la représentation masculine est la plus élevée (67 %). Un rapide coup d’œil aux postes à responsabilité permet de constater que les dirigeants du parti sont des hommes. Les Vrais Finlandais obtiennent plus de votes dans les secteurs peu peuplés que dans les villes. En ce sens, la base de sympathisants du parti ressemble à celle des électeurs du Parti du Centre, quoique la différence soit plus importante chez ce dernier (Rahkonen 2010). Selon Paavo Niskanen (2008), les Vrais Finlandais défendent la cause des fermiers et, hormis les fonctionnaires, des ouvriers non organisés de la classe moyenne.

D’après les déclarations des Vrais Finlandais, leur valeur la plus proche de la classe moyenne serait l’entreprenariat, selon Niskanen. Le parti se présente plus comme un défenseur des valeurs de la classe moyenne que ne le fait la bourgeoisie. Néanmoins, l’orientation de classe des Vrais Finlandais est plus forte que dans beaucoup d’autres partis, puisqu’ils ne mettent pas autant l’accent sur un intérêt interclasse commun que les autres.

Parmi les objectifs les plus centraux des Vrais Finlandais, David Arter (2010) évoque l’aspiration relative à l’intégration des minorités, c’est-à-dire la défense de la majorité face aux demandes d’égalité jugées excessives des minorités et la défense de la sécurité fondamentale et de l’imposition progressive ainsi que la baisse des impôts pour les ouvriers mal payés. Sur la question de la sécurité fondamentale, Arter se réfère au manifeste de 2003 [7] des Vrais Finlandais, dans lequel ils considéraient que la gauche traditionnelle avait abandonné la tradition du tailleur Halme et du fermier Koskela et avait rejoint l’élite socialiste froide et inconnue de l’UE. En effet, les Vrais Finlandais sont souvent présentés comme un parti de centre gauche et la population ne veut pas les considérer comme des populistes de droite européens, en raison de leurs liens passés avec le SMP. Les thèmes de l’immigration n’ont pas été abordés dans les programmes du SMP [8] (Pekonen 1999  ; Kestilä 2005).

Néanmoins, le discours de gauche des partis populistes de droite concernant le rôle de l’État dans l’économie n’est en rien exceptionnel (Mudde 1997). Jörg Haider a, par exemple, défini la politique économique et sociale du FPÖ comme «  sociale, non pas socialiste  » (Arter 2010). À l’instar de Haider, Timo Soini considère les Vrais Finlandais comme un parti ouvrier sans socialisme. Ce qu’ils proposent en lieu et place du «  socialisme  » est, bien sûr, une «  socialité  » fondée sur les valeurs chrétiennes (Mudde 1997). Par ailleurs, les Vrais Finlandais s’appuient sur les valeurs chrétiennes dans une certaine mesure et Timo Soini souligne son catholicisme.

De vraies peurs

En Finlande, le creusement de l’écart des revenus depuis le milieu des 1990 a été plus rapide que dans tout autre pays de l’OCDE [9]. Depuis la fin des années 1980, la croissance économique n’a pas amélioré le bien-être de la population (Hänninen & Palola 2010). Les revenus de la propriété ont notamment grimpé par rapport aux revenus du travail, les premiers ayant été taxés de façon proportionnelle et les deuxièmes de façon progressive. Une nouvelle classe de travailleurs pauvres est également apparue en Finlande [10].

Dans une situation semblant ne présenter aucune alternative, la peur a mobilisé la population. La peur des immigrants, des criminels et du désordre, un secteur public devenu un fardeau ou une catastrophe écologique redonnent du sens à la politique (Žižek 2010). Dans le contexte de la guerre contre le terrorisme, le monde est maintenant divisé entre amis et ennemis. Par la peur, «  nous  » nous transformons en un groupe homogène et notre comportement envers «  eux  » s’amplifie. La forte pression morale liée à cette division rend les compromis pratiquement impossibles. «  Nous  », les moralement vertueux, ne pouvons pas être contaminés par «  eux  », aussi peu nombreux soient-ils (Mudde 2007).

Les populistes de droite, bien que tirant parti des opinions xénophobes, essaient d’éviter le racisme et l’antisémitisme directs. Pourtant, leur idéologie renferme des éléments typiques de l’extrême droite, comme l’idée de «  nation  » (Jokisalo 2009). En effet, le programme électoral des Vrais Finlandais (2011) propose plusieurs moyens de préserver «  l’héritage culturel national  », notamment en axant les subventions publiques sur les projets culturels et les activités «  renforçant l’identité finlandaise  ».

Leur programme électoral reprend également la théorie «  ethnopluraliste  » de la néodroite, qui remplace les opinions raciales considérées comme désuètes par la notion de culture nationale. Au lieu de hiérarchies raciales, la lutte contre l’immigration passe par un appel à la préservation de «  la diversité culturelle  ». Dans l’ethnopluralisme, on estime que les cultures nationales ont évolué par le biais d’une lutte sociale-darwinienne pour leur survie et qu’elles sont homogènes et inchangées. L’ethnopluralisme considère la culture comme une culture «  nationale  » naturelle, homogène et préservée (Jokisalo 2010). Selon les Vrais Finlandais, «  une Finlande indépendante et prospère est, même à l’échelle internationale, l’une des réussites les plus miraculeuses sur Terre  » (programme des élections législatives de 2011). On doit donc chérir la culture nationale pour empêcher sa destruction. L’Islam est considéré comme sa plus grande menace. Le blog d’un membre du conseil municipal d’Helsinki, le deuxième Vrai Finlandais le plus connu, Jussi Halla-aho, Kirjoituksia uppoavasta lännestä [Écrits en provenance de l’Occident en péril], fait la promotion de la théorie du complot soutenue par la néodroite dans le reste de l’Europe, selon laquelle l’Islam mènerait une guerre d’invasion contre l’Europe.

Jussi Halla-aho fait une comparaison directe entre la valeur humaine et le principe de réussite [11]. Timo Soini, quant à lui, essaye de se distancer quelque peu du numéro deux du parti  : leurs propos prennent des directions différentes. Ainsi, dans leur programme pour les élections législatives de 2007, les Vrais Finlandais déclarent que les handicapés ont autant de valeur que les autres et qu’ils doivent donc bénéficier des mêmes opportunités. Ils sont également contre la proposition de suppression du handicap de la société grâce à plusieurs dépistages prénataux. Toutefois, ces propositions auxquelles s’opposent les Vrais Finlandais proviennent de la néo-droite européenne et des populistes de droite (voir par exemple Jokisalo 1995). La ligne politique du programme fait probablement écho à leur définition interne d’une politique.

De toute évidence, le radicalisme de droite tente de séduire aussi bien les perdants de la société que les gagnants du développement néolibéral. Sur les listes des Vrais Finlandais, on retrouve donc à la fois des sympathisants de la ligne dure à succès et des personnes ordinaires inquiètes pour leur avenir.

Pourquoi un populisme de droite et non de gauche  ?

Pour les populistes, «  le peuple  » et «  l’élite  » sont des opposés  ; ils ne souhaitent donc pas être associés à la droite ou à la gauche politique. Selon Ernesto Laclau, le populisme concentre un mécontentement caché, l’expérience d’une injustice. Il s’agit plus d’un accent politique s’efforçant de séduire «  le peuple  » et de le défendre contre cette «  élite  » (Laclau 2005). Le populisme de gauche est centré sur les questions socio-économiques, tandis que le populisme de droite privilégie les questions ethniques et culturelles (Arter 2010).

Dans le débat de gauche, deux arguments qui paraissent presque contradictoires (du moins en surface) émergent souvent à propos de la montée du populisme de droite. L’un de ces arguments est que le populisme de droite anti-immigration a eu du succès parce que la gauche – en particulier les sociaux-démocrates – a abandonné la classe ouvrière et accepté le consensus néolibéral favorisant les riches. L’autre argument est que les attitudes de droite et les valeurs dures des gagnants se sont vraiment renforcées dans la société.
Dans son livre intitulé Frp-koden, Magnus Marsdal décrit la success story du Fremskrittspartiet norvégien. La gauche, emmenée par les sociaux-démocrates, a participé au creusement de l’écart des revenus et à la dissolution de l’État-providence. Selon Marsdal, la gauche ne représente pas les ouvriers mais les gagnants de la révolution éducative des années 1960, l’élite culturelle actuelle. Au mieux, même si elle souhaite s’identifier à la classe ouvrière, l’élite de gauche méprise en réalité (et peut-être sans le vouloir) le mode de vie, la tonalité et les valeurs familiales de la classe ouvrière. Par ailleurs, il est difficile pour un membre de la classe ouvrière de comprendre, par exemple, les critiques de la gauche sur la consommation (Marsdal 2007). Selon Marsdal, lorsque les intellectuels de gauche norvégiens font la fine bouche devant les menus en norvégien ou les discothèques péquenaudes de Torrevieja, ne comprenant pas que les gens ne peuvent pas tous parler une langue étrangère, voyager de manière autonome et manger de façon sophistiquée, leur attitude n’a rien à envier à l’homophobie ou à la xénophobie de la classe ouvrière  :
« Lorsque nous nous moquons des menus en norvégien de Torrevieja, ne nous moquons-nous pas des gens dont la maîtrise de l’anglais n’est pas aussi bonne que la nôtre  ? […] Ai-je le droit de me moquer de la façon dont ils passent leurs vacances s’ils séjournent à Gran Canaria ou sur la Costa Blanca  ? Quoi qu’il soit advenu de l’attitude bienveillante, ouverte et légèrement autocritique avec laquelle j’ai appris à considérer les immigrants, ne devrais-je pas traiter les gens des autres classes sociales avec le même respect également  ?  »
Le populisme de droite est, selon Masdal (2007), un homologue hideux créé pour son propre compte par l’élite culturelle de gauche. Contrairement aux débuts du mouvement ouvrier, où la classe ouvrière dirigeait elle-même son mouvement, les dirigeants politiques d’aujourd’hui, de gauche comme de droite, naissent directement au sein de l’élite. Lors des élections, la classe ouvrière a donc le choix entre l’élite culturelle de gauche ou l’élite des affaires de droite. Les ouvriers rejettent encore plus l’élite culturelle que l’élite des affaires. Un homme ordinaire peut, du moins en théorie, imaginer devenir millionnaire mais pas professeur (Marsdal 2007). Marsdal estime qu’une grande partie des sympathisants des populistes de droite voterait pour la gauche si cette dernière offrait une alternative à la politique néolibérale et élitiste.

Les humanistes de gauche – à orientation sociale, en particulier – ont tendance à considérer le racisme comme un problème de jeunes hommes exclus. Le stéréotype de l’Européen aux opinions d’extrême droite est celui du pauvre chômeur sans instruction, vivant dans une banlieue misérable. Cependant, des études montrent que la détresse économique n’expose pas au radicalisme de droite. Au contraire, l’extrême droite semble être constituée des gagnants de la modernisation occidentale, qui haïssent les pauvres et les étrangers (Jokisalo 1995). Selon Jokisalo (1995), la thèse de la rébellion des victimes de la modernisation transforme la violence envers les plus faibles en résistance contre l’injustice sociale. Mudde (2007) réfute également la thèse selon laquelle les sympathisants d’extrême droite seraient les perdants du «  processus de modernisation  ». Selon Mudde, seule une petite partie des véritables perdants du changement structurel votent pour les populistes de droite.
Selon un autre point de vue, le populisme de droite serait donc constitué de la classe moyenne occidentale bien installée et de la tranche la plus aisée de la classe ouvrière essayant de conserver sa position privilégiée sous la pression de la mondialisation. L’insécurité générée par la mondialisation et le changement structurel du capitalisme favorise le populisme de droite, mais au sein d’une population relativement aisée. Des études montrent notamment que l’emploi précaire et un contexte économique difficile nuiraient au soutien des populistes de droite, tandis que de meilleures conditions de vie ouvriraient les gens au parti (Mudde 2007, 223). C’est ce que l’on pourrait appeler, par exemple, l’amertume de la réussite. L’homme blanc a commencé à se battre pour défendre les privilèges du riche hémisphère nord.

Notes

[1Pseudonyme.

[2Les populistes de droite s’adressent aux gens ordinaires et dans la norme, aux vrais Finlandais, et soulignent leur supériorité intellectuelle et morale sur les fonctionnaires, les politiciens et autres élites cultivées (ex  : Lodenius & Wingborg 2010, 16). Pour les chauvinistes sociaux, le but est de limiter la sécurité sociale et les services «  aux citoyens appartenant au pays  » (Lodenius & Wingborg 2010, 13), (Arter 2010, 499).

[3Jörg Haider qui, par exemple, qualifie les camps de la mort des nazis de «  camps de punition  » et admire la «  politique de l’emploi modérée  » du Troisième Reich d’Hitler. L’une des dernières actions de Haider a été la mise en place de ce qu’il appelle un Sonderlager, un camp spécial pour les demandeurs d’asile âgés, malades ou criminels, sur un pâturage alpin isolé à 1 200 m d’altitude. Il a annoncé à ses électeurs qu’il prévoyait d’y «  concentrer  » les Tchétchènes afin de faciliter la mise en œuvre de «  l’objectif final  » de leur extradition. http://www.guardian.co.uk/world/2008/oct/18/haider-austria-fascism-far-right

[4En 1971, Mogens Glistrup, un avocat fiscaliste millionnaire, a encouragé les Danois à ne pas payer leurs impôts. Il a comparé les fraudeurs à des héros résistant à l’occupation allemande lors de la Deuxième Guerre mondiale. L’année suivante, il fondait le Parti du progrès danois (Betz 1994, 6)

[5En 1971, Mogens Glistrup, un avocat fiscaliste millionnaire, a encouragé les Danois à ne pas payer leurs impôts. Il a comparé les fraudeurs à des héros résistant à l’occupation allemande lors de la Deuxième Guerre mondiale. L’année suivante, il fondait le Parti du progrès danois (Betz 1994, 6)

[6http://yle.fi/uutiset/talous_ja_politiikka/2009/02/perussuomalaiset_nakertavat_keskustan_kannatusta_555161.html. & yle. fi/tvuutiset/uutiset/upics/…/Perussuomalaisten_kannattajaprofiili. ppt

[8L’ancien président du SMP, Pekka Vennamo, a contesté le fait que les Vrais Finlandais puissent succéder à son parti, au motif qu’ils «  encourageaient des attitudes xénophobes et anti-immigration  ». (http://www.uusisuomi.fi/kotimaa/62560-vennamon-poika-perussuomalaisista- “veikko-pyorisi-haudassaan  »). En outre, Timo Soini reconnaît la différence de point de vue sur l’immigration entre les Vrais Finlandais et le SMP (http://atuubi.yle.fi/videot_ja_kuvat/id-10010550).

[9(http://www.stat.fi/til/tjt/2007/tjt_2007_2009-05-20_tie_001_fi. html) Sous le premier et le deuxième «  gouvernements arc-en-ciel  » de Lipponen ainsi que peu de temps après, en 1995-2008, les revenus du travail ont augmenté de près de 38 % et les revenus des dividendes de 425 %, mais le niveau de redistribution a baissé (http://www.stat.fi/til/tjkt/index.html). Au cours de cette période, la croissance réelle des revenus a été de 70 % pour les 10 % de revenus les plus élevés. Pour la partie la plus riche de la population, l’évolution des revenus correspondante a été d’un peu plus de 120 % (http://www.stat.fi/til/tjkt/2008/tjkt_2008_2009-12-22_kat_002_fi. html).

[10À Helsinki, par exemple, 10 % des personnes recevant une aide aux revenus sont des actifs. Parallèlement, les secteurs à bas salaires génèrent des bénéfices importants. Alors que les résultats de Kesko ont progressé de presque 100 % en avril-juin 2010, les hausses de salaire n’ont été que de 1 à 2 % (Dan Koivulaakso, lors du meeting de printemps 2010 de l’Alliance de gauche).

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