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Essais de critique marxiste : histoire, esthétique, politique

dimanche 28 août 2011, par Janine Guespin

Textes de Jean Jacques Goblot, présentation de Lucien Sève (la dispute 2011).

En présentant ce livre, regroupant 6 textes (5 publiés, 1 inédit) de J.J. Goblot, Lucien Sève dit « lancer une bouteille à la mer ». On pourrait tout aussi bien parler de coffre aux trésors, tant sont divers et passionnants les apports de ces textes, (qui s’échelonnent des années 60 à nos jours) à la pensée contemporaine.

Je n’en veux ici souligner qu’un seul, qui me touche particulièrement, dans le cadre de notre réflexion (dite « atelier 2L ») sur la recherche et la diffusion d’outils conceptuels utilisant la pensée du complexe et la dialectique, pour la transformation sociale. Il s’agit de la manière dont J.J. Goblot explicite de façon soigneuse et rigoureuse sa méthode d’analyse. Présente dans tous les textes, cette démarche est longuement mise en œuvre dans le premier, publié en 1973 sous forme de livre, à partir d’ une série d’articles (de 1967) consacrés à L’histoire des « civilisations » et la conception marxiste de l’évolution sociale.

Il s’agissait d’un débat, remontant au milieu des années 60 et initié par le CERM, sur la notion de civilisation qui avait été introduite au cœur des enseignements d’histoire dans les lycées au début de la décennie. Les marxistes s’opposaient vigoureusement à cette notion.
Dans ce texte, Goblot commence longuement par expliciter le matérialisme historique comme méthode d’étude de l’histoire. Pour ce faire, il part des textes de Marx et Engels, mais aussi de ceux de Staline, Plékhanov et d ’autres, où il traque et décortique l’utilisation du matérialisme historique détourné en dogme plaqué sur l’histoire. Il montre notamment comment, même chez Plékhanov, les citations exactes de Marx, ne suffisent pas à mettre en œuvre sa méthode. (Ce qui, personnellement, m’évoque aussi la manière dont l’utilisation, de plus en plus fréquente, du mot complexité ne correspond que rarement à l’utilisation réelle des concepts liés à ce terme). C’est seulement après avoir longuement et méticuleusement explicité et expliqué, ce qu’est et n’est pas le matérialisme historique vivant, non de façon théorique abstraite, mais à partir d’exemples concrets tirés de la littérature, que l’auteur aborde son sujet précis : l’histoire des civilisations et le débat contemporain sur cette notion. Il y met alors en œuvre la méthode explicitée dans la première (et la plus longue) partie du texte. Et là encore, il va se confronter aux acceptions données par les historiens non marxistes, non en rejetant leurs ’inepties’, mais en analysant les causes (outils conceptuels) de leurs positions.

Au delà du contenu sur ce thème, qui reste, hélas, de très grande actualité, j’ai donc aimé lire ce texte du point de vue de sa méthode. Expliciter ses outils d’analyse n’est pas un exercice courant, ni facile, nous le savons. C’est peut être l’un des grands défis de notre époque où la « guerre terminologique » menée dans le cadre de l’idéologie dominante exploite l’implicite au maximum.

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