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Une journée de réflexion sur le travail le 18 novembre

mardi 20 septembre 2011

Espaces Marx organise une journée de réflexion sur « la crise du travail », le 18 novembre prochain. Pour s’inscrire, télécharger l’invitation.

Elle se situera dans le prolongement du colloque organisé en janvier dernier sur le thème « Une crise de civilisation ? » (voir le compte rendu). Il a semblé nécessaire d’approfondir certains aspects de cette réflexion, et de poser notamment, dans ce cadre, la question de la « crise du travail ». Elle paraît en effet beaucoup trop peu prise en compte par la gauche, comme un enjeu de civilisation et comme l’un des principaux leviers d’une construction politique alternative.

Une des séquences sera consacrée à la Grande enquête ; Quel travail voulons-nous ? de l’Espace Public Le site des auditeurs de Radio France (http://espacepublic.radiofrance.fr)

Changer le travail : un enjeu de civilisation, un défi pour la gauche

Si la première définition du travail dans le dictionnaire de la langue française est celle d’ « une activité humaine organisée et utile », la citation de Confucius, « choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie », montre toute l’ambiguïté de ce concept qui a notamment parmi ses nombreux synonymes : boulot, emploi, corvée, gagne pain, métier.

La confusion entre un travail défini par son contenu ,« une activité concrète de participation à la production de richesses », et un emploi défini par son statut (salarié ou non, à temps plein ou à temps partiel, précaire ou stable…) est notamment la plus répandue.

Nous proposons de centrer la réflexion sur la place des transformations de l’activité de travail des salariés (et non des transformations du statut de l’emploi) dans la crise de civilisation occidentale et les possibilités de construction d’une alternative - tout en étant conscients de leur articulation et des obstacles que le chômage et la précarisation des emplois constituent pour libérer le travail salarié de l’exploitation.

Pour étudier le rôle de la crise du travail dans la crise de civilisation, nous proposons de revenir sur trois grandes questions :

  • en quoi la crise du travail est-elle au cœur de la crise de civilisation ?
  • quelle est la place du travail dans les discours des acteurs sociaux et politiques ? que nous disent-ils ?
  • comment construire politiquement une alternative à la crise de civilisation à partir de la question du travail ?

1) Quelle est la place du travail dans la crise de civilisation ?

Pour nous le travail se définit de deux manières comme un rapport social : le lien dialectique incontournable entre capital et travail, d’une part, le travail en tant que lien social nécessaire à toute vie en société, d’autre part. Dans le cadre du salariat et de l’aliénation de sa force de travail par le salarié, le travail est donc à la fois à la source de l’exploitation des travailleurs et à la source des possibilités d’émancipation pour l’individu et la société.

Tout au long des Trente glorieuses, un processus de conquêtes sociales progressives pour faire reculer l’exploitation paraissait envisageable. Il a nourri les perspectives de « gauche » jusqu’au début des années 80. Mais avec le tournant de la rigueur puis le développement des politiques libérales et l’intégration européenne, avec le dogme de la concurrence « libre et non faussée », ce processus s’est interrompu puis inversé. Précarisation des emplois, mise en concurrence des salariés, réduction du pouvoir d’achat, intensification des rythmes de travail, destruction des collectifs de travail…ont conduit à une véritable crise du travail, en faisant obstacle à tous les moteurs d’engagement des salariés dans l’activité de création de richesses (la possibilité de se réaliser dans une œuvre utile et de qualité, la récompense des efforts fournis et enfin la qualité des relations dans le travail et la reconnaissance de son rôle dans la participation à une œuvre commune ).

Pourquoi la révolution informationnelle, le développement des sciences et technologies, l’accès à l’éducation et l’élévation du niveau de formation du plus grand nombre, n’ont-ils pas débouché sur un développement sans précédent des individus, de leur prise d’initiative dans le processus de travail et de leur prise de conscience du travailleur collectif, des rapports sociaux existant et de la possibilité de les transformer ?

Les rapports de domination, d’exploitation qui caractérisent le capitalisme financiarisé et globalisé actuels sont-ils des obstacles irréductibles à l’émancipation du travail ? Faut-il abandonner l’espoir pour les générations futures de vivre mieux, comme la possibilité de conquêtes de droits nouveaux pour les salariés ? Est-ce plutôt dans le hors du travail qu’il faut chercher les perspectives d’émancipation humaine ?

Les transformations qui ont affecté le salariat au cours des 40 dernières années, ne participent-elles pas d’une véritable crise de civilisation, notamment en nourrissant des processus de perte de confiance en soi ? Ne donnent-elles pas également des pistes pour son dépassement, à travers les aspirations à un travail toujours plus autonome,‘à s’approprier toute la richesse potentielle de l’emploi’ et à acquérir une compréhension de l’ensemble du processus de production ? Ne donnent-elles pas naissances à des processus d’insécurité, de repli sur soi, de peur de l’autre, en même temps qu’à des exigences de respect au travail, d’ouverture sur le monde, de solidarités nouvelles, d’aspirations à communiquer avec les autres ? Des processus de violence face à un sentiment d’impuissance,en même temps qu’un développement de multiples initiatives individuelles et collectives pour intervenir sur le cours des choses . Des processus de remise en cause de l’idée même de la possibilité de progrès, de priorité donnée au court terme, en même temps qu’une prise de conscience de l’impact de l’activité humaine, de l’empreinte écologique et une plus grande intelligence du long terme .

2) Quelle représentation du travail dans la société ? De quoi parle-t-on quand on parle de travail ?

Quels sont les discours tenus par les différents acteurs sociaux et politiques sur le travail ? Incarnent-ils la réalité actuelle du travail, ce que vivent et ressentent ceux et celles qui vivent de leur travail ? Quelle est par conséquent leur efficacité politique, mais aussi leur portée symbolique ?

Pourquoi le travail occupe-t-il une place presque marginale dans les discours et préoccupations de gauche alors que la droite et l’extrême-droite en font un axe majeur et renouvelé de leur idéologie, à l’opposé des fondamentaux respectifs des clivages gauche- droite ?

Pourquoi les forces de transformation, syndicales et politiques, ont-elles tant de mal à opposer une alternative cohérente à l’idéologie patronale et de droite, pour qui la valeur travail (assimilée à un engagement plein et entier dans l’activité de production de richesses dans le cadre d’une compétition mondiale) est un devoir moral des détenteurs de la force de travail à l’égard de la société qui assure leur survie (devoir moral qui justifierait leur opposition à la rémunération du non-travail, le rejet de l’assistanat et donc la baisse du salaire indirect que constituent les cotisation sociales) ?.

L’éclatement et l’individualisation des situations rendent certes très difficile la détermination de repères et de valeurs fédératrices et collectives. Mais la gauche considère-t-elle que le travail en tant que rapport social est le fondement de la société ? Faut-il distinguer la sphère du travail de celle du politique et déléguer au syndicat la sphère du travail ? Qu’en est-il, pour les partis de gauche, du travail comme facteur de socialisation et de construction politique ?

3) A partir de quels angles construire des alternatives visant l’émancipation du travail ?

Comment construire concrètement une alternative à la crise globale de civilisation à partir de la question du travail et de ses enjeux anthropologiques, dans une perspective d’émancipation humaine ?

Où en est le monde du travail dans sa perception des contradictions du travail, à la fois source de souffrance et instrument possible d’émancipation ? Quelles nouvelles formes de résistances à l’exploitation observe-t-on sur les lieux de travail ?

Comment libérer le travail des règles du marché ? Comment « changer le travail » dans ses finalités et dans sa dimension collective et sociale (restaurer des coopérations et des valeurs collectives au lieu et place des concurrences interindividuelles) ?

Quelle place ambitionner pour le travail dans nos vies, comme dans la société ? Comment libérer cette capacité propre à l’être humain, « la liberté créatrice de transformation du monde », indispensable à la vie de l’être social qu’est l’homme, un travail qui produit indissociablement du « je » et du « nous » ? Cette liberté créatrice ne pourra-elle s’exercer véritablement qu’en se libérant de la condition salariale ? Peut-on parler d’une abolition du salariat à propos des nouveaux statuts proposés aux travailleurs, comme celui d’auto-entrepreneurs sans contrat de travail ? Quelle visée démocratique, pour que finalités, organisations et conditions de travail soient l’objet de nouveaux pouvoirs des travailleuses et travailleurs au lieu et place des actionnaires et manageurs ?

Quel fil conducteur construire pour un autre modèle de développement humain qui prendrait appui sur les attentes des salariés à l’égard de leur travail –notamment celles recueillies dans leur diversité dans l’enquête de France Inter-France culture - mais aussi sur une analyse du travail réel des femmes et des hommes et de tout ce qu’il recèle comme potentialités d’action pour construire un autre monde possible ? Comment articuler analyse des attentes des salariés à l’égard du travail et travaux des médecins du travail, des psychologues, des sociologues mais aussi des consultants en management et en organisation du travail,et de tous ceux que ces questions intéressent (écrivains, cinéastes..) pour mettre au jour les potentialités d’émancipation observées dans le travail et permettre une intervention des salariés pour changer le travail dans ses finalités, lui donner une autre dimension collective et sociale, et redonner sens au vivre ensemble ?

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