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Faire de la science autrement pour changer la science : quelle latitude ?

Séminaire de recherche coopérative Espaces Marx, CERSA, FDC

samedi 21 avril 2012

présentation et invitation à la troisième séance :Institutionnalisation de la science et démocratie

L’expression « science et démocratie » tend à se répandre. Sa signification devient dès lors très polysémique. Y a-t il d’un côté « la science » éternelle, qu’elle soit présente ou passée, (et plus ou moins fantasmée), et d’un autre côté « la démocratie » qu’il faudrait « administrer » à cette science en vue de l’« améliorer » ? Ou, plus fondamentalement, comment penser la co-évolution entre la science et la société ? De quel ordre est-elle ?

Ainsi, sans nul doute, la situation actuelle de la science ne peut être comprise en dehors du stade ultralibéral, mondialisé et financiarisé de la société capitaliste à l’intérieur duquel elle se développe. Il est frappant de voir la similitude entre la situation actuelle (centrée sur la logique libérale et ses injonctions linéaires et unidimensionnelles de compétitivité et de profit) et la situation qui prévalait en 1942 et que décrit John Baker dans son livre “La science et l’Etat planifié“.

Inversement, tout projet de démocratisation de la société ne doit il pas entrainer en retour, ou être précédé par, une modification de la science à laquelle il paraît nécessaire de réfléchir, voire de commencer à donner corps ?

A partir de la question cruciale : “Un autre manière de faire de la science est-elle possible ? », peut-on faire un lien entre les démarches sérendipitaires (Et pour tous ceux qui ne savent pas ce qu’est la sérendipité, voila une bonne occasion de la connaître) et les stratégies scientifiques dites contextualisées ? Entre les démarches personnelles, et les processus scientifiques collectifs et institutionnalisés ? Entre la production sociale sous le capitalisme et la production de la science ? Entre de nouvelles formes de production sociale à venir, qui pointent sous la crise du capitalisme, et la production de la science à venir ?

Sans vouloir faire le tour de cette question très vaste et de ses multiples questions sous-jacentes, le séminaire de recherche pluraliste entend explorer collectivement quelques pistes, en vue d’un travail futur plus élaboré. Il sera constitué de trois séances d’une demi journée, organisée par trois associations ayant déjà eu des collaborations par le passé et qui, par-delà leur diversité, souhaitent œuvrer à cette réflexion commune pour trouver des orientations nouvelles et pertinentes à l’articulation des la science et de la démocratie.

troisième séance : Institutionnalisation de la science et démocratie

2 Samedi 12 mai 2012, de 9h30 à 13h,
Fond pour la Culture Démocratique (FDC) - 5 rue d’Alsace 75010 Paris (Gare de l’est)
Séance co-organisée par les organisateurs du séminaire : Espaces Marx, CERSA, FDC

Contact : Gilles Hériard Dubreuil (g.heriard-dubreuil@wanadoo.fr)
Entrée libre mais inscription obligatoire

Présentation de la séance

Au cours des deux précédentes séances de ce séminaire, nous avons eu l’occasion d’explorer différentes manières de faire de la science qui se distinguent de celles qui se pratiquent majoritairement aujourd’hui dans le cadre institutionnalisé de la science, lequel est très fortement contraint par les évolutions institutionnelles des vingt dernières années (en France comme au plan européen et international), qui visent à inscrire la connaissance scientifique dans une logique unilatérale de compétitivité au service d’une économie de marché financiarisée.

Dans les premières séances, nous nous sommes interrogés sur la capacité de formes de recherche contextualisée, de recherche participative, d’une recherche ouverte à la “sérendipité“, à renouveler les modèles et les cadres existants de production scientifique. Dans quelle mesure contribuent-elles à créer des éléments de résilience ou de résistance ? Ceux-ci concernent-ils des individus ou des communautés de chercheurs ? Doit-on voir dans ces exemples des expériences originales mais finalement relativement marginales et peu significatives ? Où doit y entrevoir les premiers indices d’une transformation des formes et des cadres actuels du métier de chercheur ?

Au cours de cette 3ème séance, nous nous interrogerons, en passant par un point de vue historique, pour savoir si la science et le métier de scientifique, en tant qu’activité sociale mobilisant d’importantes ressources humaines et techniques, peut exister en dehors d’un cadre institutionnel. L’institution serait alors à la fois, le lieu d’exercice de la contrainte sociale sur la science et la condition d’existence même de la science. Dans quelle mesure cette institutionnalisation de la science est-elle compatible avec l’existence d’une communauté de chercheur ?

Comment donc prendre en compte cette réalité si l’on aspire à la fois à l’émergence de formes nouvelles et originales de pratiques scientifiques, mais également, plus largement à une transformation des pratiques scientifiques qui concerne l’ensemble du champ scientifique et qui permette l’intervention citoyenne en matière de choix de priorités scientifiques, tout en prenant en compte les nécessités liées à cette forme spécifique du savoir humain ?

Programme

La séance comprend deux interventions suivies de questions, puis une discussion générale avec l’ensemble des participants du séminaire

1) Joëlle Zask, enseignante au département de philosophie de l’université de Provence, spécialiste de philosophie politique et notamment des travaux de Jefferson, Thoreau, Tocqueville et Dewey sur lequel elle a publié plusieurs ouvrages, interviendra sur :

A quelles conditions une institutionnalisation de la science est-elle compatible avec l’existence d’une communauté de chercheurs ?

“L’énoncé des motifs justifiant qu’on puisse voir en effet dans une communauté de chercheurs un modèle moderne de la communauté auto-gouvernée",… “Il convient simplement de rappeler qu’une communauté de ce genre ne peut exister, d’une part, que si elle se forme autour du difficile problème de l’identification d’un commun (ce à quoi par exemple contrevient fortement une politique publique de la science tombée d’en haut, avec son cortège de programmes fléchés, d’incitations, de financements récompensant l’obéissance du chercheur, etc.) et, d’autre part, que si chaque membre de la communauté s’associe volontairement et librement tout en jouissant d’une autonomie individuelle dans l’équipe."

2) Annick Jacq, chargée de recherche au CNRS, microbiologiste, animatrice du groupe ’Sciences et démocratie’ d’Espaces Marx, interviendra sur :

L’institutionnalisation de la science, condition du développement scientifique, peut-elle s’affranchir de son instrumentalisation ?
L’institutionnalisation de la science s’est fortement renforcée avec l’avènement de la science moderne, essentiellement à partir du 17ème
siècle, qu’il s’agisse d’institutions privées ou d’état. Les disciplines expérimentales utilisent souvent des moyens considérables, gérés dans des cadres institutionnels puissants, eux-mêmes en lien étroit avec d’autres institutions économiques et politiques. Cette institutionnalisation a-t-elle partie liée uniquement avec les enjeux sociétaux des sciences, les intérêts privés ou étatiques qui sont ‘demandeurs’ de sciences ? Ou est-elle aussi liée aux conditions mêmes d’existence de la science en tant qu’activité humaine ? Peut-on changer la science sans changer les institutions scientifiques et leur organisation ?

3) Discussion générale

Bulletin à renvoyer rapidement à g.heriard-dubreuil@wanadoo.fr pour permettre une organisation optimale de la séance.
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Nom, prénom

Participera à la séance du 12 mai du séminaire ’faire de la science autrement’

Souhaite introduire un point de vue introductif dans la discussion finale (5mn maximum), sur le sujet suivant :

séances précédentes :

première séance : “Des stratégies scientifiques contextualisées“

Samedi 4 février 2012,

séance organisée par le groupe science et démocratie d’Espaces Marx
contact : Janine Guespin

voire compte rendu de cette séance et documents

deuxième séance : "La sérendipité : une autre dynamique pour la recherche"

le 31 mars 2012 au CERSA,
 
La sérendipité est un processus de découverte particulier1 qui, partant d’une observation inattendue est guidé par une méthodologie ouverte, inductive, fondée sur le “désir de connaissance“ et la liberté de la recherche. Le monde scientifique nous rapporte une foule de récits et d’anecdotes mettant en scène le phénomène de la sérendipité autour des grandes découvertes dans lesquelles interviennent, chez les « esprits préparés » suivant l’expression de Pasteur, aussi bien la chance, que la curiosité, le goût, l’intuition et l’appétit de personnes pour des chemins scientifiques qui ne leur sont pas dictés à l’avance.

A l’heure du néo-libéralisme globalisé, les chercheurs, notamment dans les technosciences, sont de plus en plus contraints par une science planifiée, tournée vers des impératifs d’efficacité, de rendement, d’utilitarisme. Souvent leur situation n’est pas très différente de celle des cadres d’industrie, requis d’apporter leurs efforts personnels à une dynamique de résultats à court terme directement liée au développement économique. Force est de constater que cette vision managériale de la science s’accorde mal à ce qu’ont été les conditions du développement de la science moderne. Le processus scientifique peut-il être entièrement planifié ? “E = MC2“ est-il un “deliverable“ ?

D’un processus endogène laissant une large place au désir, au non-programmé et à l’intuition, on passe ainsi à un processus exogène dont les acteurs (les scientifiques) sont sommés d’orienter leurs travaux sur les objectifs qui leur sont assignés (objectifs militaires, idéologiques, économiques), de répondre à des questions hors champ de leur responsabilité (combien d’emplois pensez-vous que ce projet pourra créer ?) ou de candidater à des appels d’offres mettant en cause leur propre éthique (comment réduire les dépenses de santé ?).

Si l’on essaie de réfléchir autour du thème : « Un autre manière de faire de la science est-elle possible ? », comment faire le lien entre recherche libre favorisant les phénomènes de sérendipité, et les objectifs programmés institutionnalisés ? Science sauvage ou science d’élevage ? Peut-on sortir de cette alternative ?

PROGRAMME

9 h 30 Introduction
La sérendipité : le mot, le phénomène et la méthode, une dynamique pour penser actuellement la recherche ?
Danièle Bourcier, CNRS

10 h A partir du Récit d’une découverte par sérendipité ...
Réflexions sur "les poubelles de la transgénèse" (De l’inexplicable à l’explication passe-partout)
Hervé Vauchet, INRA

10 h 30 Débat

11 h Interprétation sociale du phénomène
La place de la sérendipité dans les politiques scientifiques
Jean Marie Brom, CNRS

11 h 30 Expériences et récits de sérendipité des participants (APPEL À COMMUNICATION)

pour en savoir plus  : Le long voyage d’une notion
La sérendipité, de la fiction à la science. Pek van Andel & Danièle Bourcier. daniele.bourcier@cersa.cnrs.fr.

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le long voyage d’une notion : la sérendipité
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De l’inexplicable à l’explication passe partout. Hervé Vaucheret

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