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Danemark

Élections danoises – Un nouveau gouvernement

vendredi 25 novembre 2011

Inger V. Johansen
Membre de l’Alliance Rouge-Verte, du comité des Affaires européennes et membre du comité exécutif du Parti de la gauche européenne

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Un nouveau gouvernement danois a été formé le 3 octobre. Trois partis le composent : il est dirigé par les sociaux-démocrates – les autres partenaires sont les sociaux-libéraux (« Det Radikale Venstre ») et le Parti socialiste populaire (SF). Enhedslisten / l’Alliance Rouge-Verte (RGA) est un soutien (tolérant) dont dépend la formation du gouvernement mais le RGA n’a pas à approuver le programme du gouvernement.

Cet article a été écrit trois jours avant les derniers développements : un aperçu du programme politique du nouveau gouvernement montre qu’il n’y aura guère de changement dans les politiques économiques, en raison de la forte influence du parti centriste, néolibéral, « Det Radikale Venstre », qui, dans sa politique économique est proche de l’ancien gouvernement de droite. Le gouvernement va très probablement se tourner vers la droite dans le Folketing (parlement) où il peut trouver une majorité sur ces questions. D’un autre côté, il y a d’excellentes avancées dans le programme gouvernemental en ce qui concerne des changements progressifs en matière de politique d’immigration et de réfugiés, et surtout les politiques climatiques et environnementales.

Les élections législatives du 15 septembre au Danemark ont marqué un renversement de la situation politique de ces dix dernières années, en évinçant le gouvernement de droite soutenu par le Parti du peuple danois, d’extrême droite.

Les élections ont également été historiques sur un autre plan : pour la première fois, un gouvernement danois aura une femme comme Premier ministre, Helle Thorning-Schmidt, leader des sociaux-démocrates (SD) et, pour la première fois, le Parti socialiste populaire (SF) participera au gouvernement.

Élections à surprises

Les jours précédant les élections, la course entre les deux blocs politiques est devenue extrêmement serrée – et le résultat des élections s’est concrétisé par une victoire très étroite des partis d’opposition.

Alors que, depuis plus d’un an, les partis d’opposition avaient une nette majorité, ce fut une surprise. Par ailleurs, les sondages d’opinion d’après les élections montrent que l’écart entre les deux blocs s’est encore réduit !

Plus encore, ces élections ont été surprenantes sur bien des plans :

Les grands gagnants de ces élections ont été les libéraux-démocrates (« Radikale Venstre »), un parti de centre néolibéral, et le parti de gauche radicale Enhedslisten / l’Alliance Rouge-Verte avec un gain de huit sièges chacun. Tous les sondages pendant la campagne électorale avaient annoncé une augmentation importante de voix pour les deux partis. Pourtant l’importance du gain a surpris.

Le premier parti du Danemark est toujours les libéraux, « Venstre », qui a dirigé l’ancien gouvernement de droite, bien qu’on se soit attendu à ce que les sociaux-démocrates deviennent le premier parti, comme ils l’avaient été avant le gouvernement de droite.

Les conservateurs ont perdu plus de la moitié de leurs sièges. Avec leurs huit sièges actuels, c’est le dernier parti du parlement.

Un nouveau parti néolibéral, l’Alliance libérale, formé lors de la dernière période parlementaire, a remporté des résultats électoraux bien meilleurs que prévu.

Le Parti populaire danois, d’extrême-droite, a maintenant perdu son rôle clé et son influence cruciale sur les politiques gouvernementales.

Les sociaux-démocrates et le Parti populaire socialiste (SF) n’ont pas fait aussi bien que prévu lors des élections. C’est particulièrement le cas pour SF, qui a perdu sept sièges, devenant l’un des grands perdants de ces élections.

La participation électorale a été extrêmement élevée : 86,53 %.

Ci-dessous un tableau indiquant le nombre de sièges obtenus par les partis au Folketing (parlement danois) après les élections, les chiffres concernant les élections de 2007 figurent entre parenthèses :

Résultat des élections - 15 Septembre 2011 - Participation : 86,53 %

Il semble que les deux partis vainqueurs des élections – les libéraux-démocrates et l’Alliance Rouge-Verte – ont aussi été ceux qui ont une posture claire et qui ont parlé clairement lors de la campagne électorale. Cela a apparemment attiré un assez grand nombre d’électeurs. En ce qui concerne les choix politiques, les deux partis sont proches quand il s’agit de l’immigration et des réfugiés, mais très différents en ce qui concerne la politique économique et le marché du travail. En matière d’immigration et de réfugiés, les sociaux-démocrates et SF sont plus proches de l’ancien gouvernement de droite.

Négociation concernant un nouveau gouvernement

Le principal problème avec les négociations en cours (fin septembre) est bien sûr que les sociaux-démocrates et SF ont été décimés et dépendent tout à la fois des libéraux-démocrates et de l’Alliance Rouge-Verte pour former un gouvernement. En principe, ils doivent construire une passerelle entre les politiques et les intérêts des deux partis, mais ils cherchent à former un gouvernement avec les libéraux-démocrates qui ont une influence importante, étant donné leurs gains électoraux.

Il est intéressant de noter que, pendant la campagne électorale, les libéraux-démocrates ont conclu un accord avec les conservateurs afin de se soutenir mutuellement à l’avenir et de combler ce qu’on appelle le fossé des blocs au sein du parlement danois, situation que nous avons vécue au cours des dix dernières années. Cependant, avec les pertes des conservateurs cet accord a été rendu caduc. D’un autre côté, il a clairement bénéficié aux libéraux-démocrates lors des élections.

Le partenariat sociaux-démocrates / SF

Ces élections montrent une profonde polarisation de la société danoise. Mais elles montrent aussi que les travailleurs ont été attirés en plus grand nombre vers la gauche que par le passé, au cours des dix années de gouvernement de droite. Cependant, ils ont voté pour des partis d’opposition autres que ceux que l’on attendait il y a tout juste deux ans.

Les élections ont provoqué un problème pour le partenariat SD / SF. Depuis quelques années (depuis 2007), de nombreux électeurs (plus probablement les travailleurs du secteur public en raison des conflits du travail en 2007-08) ont semblé attirés par le SD et SF, lorsque les deux partis (mais SF en particulier) enregistraient une importante augmentation de leur influence selon les sondages d’opinion. Cela a coïncidé avec le nouveau rapprochement des deux partis. Mais les dernières élections montrent un recul des deux partis – dans le cas de SF loin derrière son résultat électoral de 2007.

Que s’est-il passé ?

Il y a certainement eu une désaffection croissante à l’égard du partenariat SD / SF et leurs choix politiques – qui a particulièrement nui au SF, puisque le partenariat s’était plus ou moins appuyé sur les termes et les choix politiques des sociaux-démocrates. Dans le même temps, le partenariat SD / SF a adopté un profil confus, rendant peu perceptible aux yeux des électeurs ce qui différenciait leur politique de celle du précédent gouvernement de droite. L’alliance SD/SF avait une politique sociale plus progressiste et a aussi proposé des investissements publics afin de créer des emplois. Mais dans de nombreux cas (par exemple l’immigration et les réfugiés, la défense), les deux partis ont adopté la politique du gouvernement précédent.

Le partenariat SD/SF n’étant plus nouveau et ayant été testé, il était naturel que les partisans de gauche de SF glissent à gauche – c’est-à-dire vers l’Alliance Rouge-Verte. D’autres partisans de SF se sont tournés vers les libéraux-démocrates qui ont, eux aussi, une posture claire ; par exemple, en ce qui concerne le traitement des immigrants et des réfugiés.

La progression de l’Alliance Rouge-Verte

L’Alliance Rouge-Verte s’attendait à une progression de son influence lors de ces élections. Les sondages d’opinion avant même les élections avaient prédit au minimum le doublement de ses sièges au parlement. Mais le fait qu’ils aient été triplés, avec 12 sièges, a vraiment été une grosse surprise.

Cet important soutien peut s’expliquer de plusieurs manières, outre la désaffection croissante à l’égard des politiques de SF. La progression des votes RGA peut se constater dans tout le pays – ce qui montre qu’un des facteurs doit également être le niveau élevé de colère et de détresse générale générée par les choix politiques du gouvernement de droite, au cours des dix dernières années. L’Alliance Rouge-Verte a paru très bien traduire cela. Le candidat qui l’a sans doute fait le mieux pendant la campagne électorale a été Johannne Schmidt-Nielsen, une jeune députée de l’Alliance Rouge-Verte, figure de proue de la campagne électorale. Elle est devenue extrêmement populaire et a très bien réussi ; elle a réuni sur son nom le deuxième plus grand nombre de votes de ces élections (plus de voix que Helle Thorning-Schmidt, Première ministre).

En dehors de cela, l’Alliance Rouge-Verte a travaillé très dur pour surmonter la déplorable défaite des précédentes élections législatives de novembre 2007.

L’Alliance Rouge-Verte a affirmé très clairement pendant la campagne électorale que le vote en sa faveur renforcerait la possibilité d’un « gouvernement rouge » – c’est-à-dire sans les libéraux-démocrates. Elle a également précisé que le parti ne participerait pas à un futur gouvernement, mais le soutiendrait avec ses élus. Telle est la ligne politique du parti, adoptée lors de son congrès annuel. Il existe des choix politiques du partenariat SD / SF pour lesquels l’Alliance Rouge-Verte ne peut assumer aucune responsabilité sans rompre avec les choix politiques clés de ses propres organisations.
Le parti a collé à une ligne de gauche radicale pendant la campagne : une défense claire des droits sociaux des travailleurs, contre la réduction et la suppression des retraites anticipées et l’élévation de l’âge de la retraite, contre la détérioration constante des règles régissant les allocations de chômage (politique du précédent gouvernement) et pour un plan climat radical investissant dans de nouveaux emplois verts, pour un asile décent et d’autres politiques relatives aux immigrants et aux réfugiés.

Mais le parti est bien conscient que beaucoup d’électeurs qui l’ont soutenu lors de ces élections ne soutiennent pas sa politique. Beaucoup tout simplement étaient motivés par l’envie de s’opposer au gouvernement précédent. Ils connaissent probablement peu le détail des propositions politiques de RGA. Il y a donc un gros travail à effectuer pour convaincre ces électeurs qu’ils ont fait le bon choix et pour les tenir informés. Cela dépend aussi des résultats concrets de l’Alliance Rouge-Verte dans les futures politiques danoises.

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