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L’état de la crise de l’UE après le sommet d’octobre

vendredi 16 décembre 2011, par Louis Weber

Bruxelles 8 décembre, séance d’ouverture : L’état de la crise de l’UE après le sommet d’octobre

Introduction de Élisabeth Gauthier

Cet atelier organisé à Bruxelles le 8 et 9 décembre 2011 par Transform ! en coopération avec le Parti de la Gauche européenne se tient à un moment clé de la crise et pour l’avenir de l’Europe. Nos remerciements aux représentants de différents réseaux et institutions qui ont accepté notre invitation. Il s’agit d’évaluer la situation à travers les regards croisés entre chercheurs et acteurs sociaux et politiques, de préciser les processus de travail y compris des initiatives inhabituelles que nous avons besoin d’organiser.

Nous sommes confrontés à l’impuissance des gouvernements (UE et zone Euro) à résoudre la crise que leurs politiques, leurs traités ont engendrée. L’ensemble des dispositifs mis en place trop tard sont insuffisants voir contre-productifs. Le nouveau traité constitue un chantage : l’austérité sinon rien ! Malgré l’échec patent du régime néolibéral, ses fondements sont maintenus voire accentués sous forme autoritaire. Dorénavant, les enjeux « démocratie » et « social » sont intimement liés. Refonder l’Europe – aujourd’hui une question immédiate, une urgence - doit se concevoir comme un nouveau type de développement économique, social, écologique et démocratique.

Les raisons de la crise (logique du capitalisme financiarisé ; pouvoirs des marchés financiers, banques et actionnaires ; privatisation de la création monétaire et des banques ; construction européenne selon les préceptes du néolibéralisme pur ; écrasement du travail salarié ; appauvrissement des sociétés et assèchement des recettes publiques…) doivent être clairement identifiées afin de concevoir une véritable logique alternative. Il est intéressant de voir émerger un socle convergent de propositions alternatives de nature à rassembler différents acteurs, de différents pays. Pourquoi dans les conditions actuelles, la pensée alternative et la gauche critique ont-elles si peu de crédibilité et de poids dans les confrontations en cours, c’est également un sujet essentiel des débats à mener. Ainsi que les possibilités concrètes pour avancer, pour gagner en pertinence quant à logique alternative en faveur d’une sortie de crise. Cela suppose de ne pas nier les contradictions inhérentes à l’intégration européenne, mais de réfléchir aux moyens de les traiter.

Maïté Mola (vice-présidente du PGE)

Les résultats des élections sont désastreux pour les Espagnols : la droite a la majorité absolue dans les deux chambres. Elle a gagné 1,5 millions de voix, les socialistes en ont perdu 4,5 millions. La Gauche Unie a gagné 800 000 voix (près de 7%). Cela crée des bases pour un bon travail avec les syndicats et les mouvements. Reste le problème de la loi électorale, qui favorise les partis nationalistes régionaux. La Gauche Unie n’obtient que 11 députés contre les 25 auxquels elle aurait eu droit à la proportionnelle.
Un des enseignements est que la gauche unie ne peut pas être uniquement dans les institutions. Il lui faut surtout être sur le terrain avec les Indignés, le mouvement social et les syndicats. Le travail du groupe parlementaire sera un travail de témoignage. Les relations sont bonnes avec les Commissions ouvrières et les syndicats en général.

Il faudrait aussi réussir des actions au niveau européen, et pas seulement dans chaque pays. Le PGE souhaite travailler aussi avec les mouvements. Il prépare une initiative législative populaire pour demander un Fonds européen pour la solidarité et le développement et non pour les banques. Il a dénoncé les attaques contre la démocratie en Grèce (avec l’extrême-droite xénophobe au gouvernement) et en Italie : les gouvernements ont été constitués sans aucune intervention populaire. L’objectif du PGE est d’être utile pour les citoyens.

Trevor Evans, professeur à l’université à Berlin, présente les travaux de l’EuroMémorandum

1° Ce ne sont pas les dettes publiques qui sont la cause de la crise.
2° Les déséquilibres liés à la monnaie unique sont anciens. Il y a des excédents allemands et des déficits dans les pays du « Sud »
3° La crise de l’euro est due à la spéculation des banques, qui avaient pourtant été « sauvées » avec l’argent public. Le premier prêt à la Grèce a été versé en mai 2011 seulement.
4° La crise a rebondi cette année. Il y a eu la demande de l ‘Allemagne de faire payer les banques privées. Ce qui a provoqué des ventes massives d’actions de ces banques. Ensuite il est apparu clairement que les plans d’austérité freinaient la capacité des pays à rembourser. La décote a d’abord été refusée pour la Grèce, du fait de l’opposition de la France et de l’Allemagne (dont les banques sont très exposées à la dette grecque). Il y a eu une nouvelle vague de spéculation sur les obligations espagnoles, italiennes et même françaises.

Au total, il y a eu des réductions budgétaires drastiques dans de nombreux pays. La stagnation est en vue pour 2012. La croissance a ralenti aussi dans beaucoup de pays émergents. Il y a eu des pressions sur les banques européennes. Les banques américaines ont par exemple cessé de prêter aux banques européennes.

Le sommet d’octobre a pris 3 décisions : renforcer le mécanisme de stabilité, augmenter l’aide à la Grèce, imposer une décote de 50% sur la dette grecque. Le seul objectif des instances européennes a été la discipline budgétaire (avec l’adoption du 6 pack). Mais aucun des problèmes fondamentaux n’a été traité, du fait de l’obsession budgétaire et de la crainte de l’inflation.

Johannes Jäger, université des sciences appliquées de Vienne

Il ne faut pas regarder seulement ce qui se passe dans l’économie. Il y a aussi les relations centre-périphérie. Outre la financiarisation du système économique, il existe bien un problème d’intégration politique et de domination du capital allemand.

A. Merkel semble « dominer » dans le débat. Mais en réalité c’est le capital allemand qui est derrière elle. Plus que l’accumulation, c’est la centralisation du capital qui est l’objectif. C’est le grand capital qui décide. Peu importe la crise et l’insuffisance d’accumulation qui l’accompagne. Le capital ne cherche pas à résoudre la crise par la croissance. Les détériorations actuelles l’arrangent. L’important pour le capital financier est de garder, de concentrer le pouvoir. La classe ouvrière est perdante (démantèlement de l’État-providence).. D’où trois scénarios possibles :

1) « poursuivre » cette politique afin d’imposer d’autres mesures d’austérité, de renforcer le pouvoir du capital aux dépens de l’État, des salariés. Pendant combien de temps est-ce possible ? Face à cela, des propositions comme celle de l’ « EuroMémorandum » existent.
2) Les classes dirigeantes procèdent à des régulations, à une sorte de néo-keynésianisme autoritaire ? Ce qui n’est possible que si les classes dirigeantes réagissent à temps. Il s’agirait alors d’une redistribution autoritaire des richesses pour rester au pouvoir et stabiliser l’économie, sans autant laisser de place à la gauche.
3) Laisser le chaos s’installer en Europe, du fait de l’incapacité du grand capital à se remettre en cause. Mais ceci pourrait favoriser les solutions d’extrême-droite, la renforcer, tout en ouvrant (peut-être ?) de plus grandes perspectives pour la gauche.

La situation est ouverte, on ne sait pas si les classes dominantes arriveront à gérer les problèmes. Besoin de construire une stratégie de gauche, une ambition.

Arguments développés lors de la discussion

Les banques augmentent les taux d’intérêts pour les clients, qui payent donc la crise. Les banques ne veulent pas que les dettes privées soient remboursées, mais seulement les intérêts c qui leur assure durablement une rente.

Le Japon est d’une certaine façon « en dehors » : sa dette , comme d’ailleurs en Belgique, est détenue par la population. Pourquoi ne pas procéder de même en proposant des obligations européennes réservées à la population ?

Pourquoi les Grecs « ne mettent-ils pas le feu ? ». Ils sont indignés mais ont peur de l’avenir et sont insuffisamment organisés. L’indignation ne suffit pas, il y a besoin de définir une alternative politique et économique.

Peut-on vraiment distinguer l’économie réelle et la sphère financière ? Qui contrôle la monnaie ? Pour les capitalistes, c’est le marché. Pourtant la solution n’est pas financière mais politique (cf. Équateur). La BCE demande un « nouveau contrat budgétaire ». Mais qui décide de la politique monétaire, budgétaire, fiscale.. ?

Une politique keynésienne autoritaire est-elle de nature à résoudre les contradictions ? Le scénario « stabilisation autoritaire » est-il susceptible de susciter un nouveau bloc social ? Et nos propositions alternatives restent-elles valables quel que soit le scénario ?

Pourquoi y a-t-il des politiques d’austérité alors qu’on sait que cela se traduira par des récessions et que l’objectif affiché (réduire les déficits) ne pourra pas être atteint de ce fait ? Une hypothèse possible est que les gouvernements sont peuplés d’incapables. Mais il y en a une deuxième, plus plausible : ils veulent en finir avec l’État-providence. Les classes dirigeantes n’ont-elles pas choisi cette voie ?

La gauche de transformation n’a pas profité de la crise. Du coup elle ne peut guère agir sur le rapport de force. Ceux qui avaient dénoncé les politiques néo-libérales n’en récoltent pas les fruits. Peut-être faut-il être plus clairs sur ce que nous voulons au niveau européen : harmonisation sociale, harmonisation fiscale, euro-obligations, monétisation de la dette, rôle de la BCE, etc.

Il existe déjà un large consensus sur les propositions, il émerge une sorte de plateforme commune, grâce à toutes les rencontres antérieures et surtout aux luttes sociales et politiques. Ce qui pose problème, c’est la question des forces sociales susceptibles de les porter, la différence des réalités et la méconnaissance des situations dans autres pays. Ce déficit de connaissances peut être un frein dans la construction des convergences en Europe.

Le parti de l’Alliance de Gauche finlandais a été au gouvernement. Il a fait l’expérience du fait qu’un pays tout seul ne peut pas régler les problèmes, il peut juste les « retarder » ou les atténuer. De nouvelles perspectives semblaient s’ouvrir avec l’entrée dans l’UE. Mais le pessimisme a gagné depuis.

En France, la campagne électorale est lancée. La gauche doit dire que l’Europe ne peut pas rester en l’état. Mais que proposer ? Pas la sortie de l’euro mais une forme de désobéissance par rapport aux règles européennes. À défaut de cela, on resterait dans la contradiction sans la nommer. L’absence de marge de manœuvre explique d’ailleurs le fait que la social-démocratie ne propose plus de réponses alternatives et cherche à s’accommoder des « contraintes ».

Il y a une contradiction entre les propositions de l’EuroMemo et le fait qu’on ne sait pas bien quelles sont les forces sociales susceptibles de les prendre en charge. Quelle stratégie politique ?

Le risque que la situation échappe à tout contrôle, y compris celui des classes dominantes, existe. D’autant plus qu’il existe des contradictions au sein de la classe capitaliste et que la gestion de la crise au niveau européen est tout sauf démocratique. Ainsi, la classe dominante autrichienne ne peut pas accepter une prise de pouvoir de quelques-uns (Merkel, Sarkozy, BCE, Barroso).

On s’inquiète de la montée de la Droite populiste et extrême. Peut-on exclure la guerre ?

La crise a à voir avec la sur-accumulation. La gauche n’arrive pas créer de bloc social en faveur d’un changement. La crise est une crise de civilisation et pas seulement une addition de crises. Ce qui suppose une logique alternative et non seulement une série de propositions alternatives.. Il y a urgence, alors que créer un groupe social hégémonique est une perspective à (très) long terme !

Brève conclusion  : il est nécessaire de bien analyser la situation existante et de combiner niveau national et européen. La situation historique est spécifique : il faut avoir une vision claire des contradictions qui ouvrent des possibilités pour une bataille idéologique. La solution est politique et européenne, malgré les insuffisances et limites de la construction européenne.

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