Accueil > Thématiques > Le retour de Marx et théories critiques

HEMISPHERE GAUCHE : UNE CARTOGRAPHIE DES NOUVELLES PENSEES CRITIQUES

mardi 31 janvier 2012, par Patrick Coulon

Note de lecture

HEMISPHERE GAUCHE : UNE CARTOGRAPHIE DES NOUVELLES PENSEES CRITIQUES

ZONES 2010

RAZMIG KEUCHEYAN

Par Patrick Coulon

S’il est un titre qui résume bien ce livre c’est bien celui-ci. Razmig Keucheyan a littéralement cartographié un bon nombre de pensées critiques contemporaines, leurs auteurs, ainsi que leurs trajectoires.
Parce qu’on assiste depuis la seconde moitié des années 1990 au retour de la critique sociale et politique, du mouvement altermondialiste à la campagne contre le traité européen ( le mouvement des Indignés surgissant après l’écriture de l’ouvrage confirmant ce processus) et parce que la critique n’est pas que dans la rue , que la bataille idéologique fait rage aussi il était utile et nécessaire de pointer les thématiques montantes dans la critique du capitalisme. Des théories diverses et – fait nouveau- dépassant les sphères géographiques habituelles : la mondialisation est passée par là.

Tout au long de ces 310 pages on se familiarisera avec des auteurs tels que Alain Badiou, Slavoj Zizec, Judith Butler, Fredric Jameson, Toni Negri, Axel Honnet, Jacques Rancière, Paolo Virno, Perry Anderson ou Gayatri Spivak…et bien d’autres que la lecture que je vous recommande vivement vous fera découvrir.

Quant aux théories développées elles se veulent résolument innovantes. Elles sont selon l’auteur le produit d’ une part de l’hybridation, qui voit d’anciennes références du corpus critique se combiner de manières inédites, ou être associées à de nouveaux auteurs ou courants qui n’étaient pas présents dans ce corpus précédemment. L’innovation résultant aussi de l’introduction de nouveaux objets d’analyses, comme les médias, l’écologie.
Ce livre rend compte au final d’une grande diversité de nouvelles pensées : théorie queer, marxisme et postmarxisme, théorie post-coloniale, théorie de la reconnaissance, poststructuralisme, néo spinozisme, etc.

Elles s’ajoutent à celle plus classiques concernant l’exploitation, et illustrent le fait que de nouvelles idées surgissent là où se posent les nouveaux problèmes. Or c’est aussi dans des pays comme la Chine, l’Inde, ou le Brésil que ces problèmes surgissent déjà, ou surgiront à l’avenir.

On retiendra les quatres hypothèses fortes que soumet le maître de conférences en sociologie à l’université Paris IV-Sorbonne

Une première hypothèse est que les nouvelles théories critiques se développent dans le cadre de coordonnées politiques héritées des années 1960 et 1970. Ceci signifie d’abord que certains des principaux débats existant au sein de ces théories sont apparus à cette époque. C’est notamment le cas du débat portant sur la nature des sujets de l’émancipation, et de celui qui concerne la question du pouvoir. Dans ces deux cas, les problèmes surgis de la crise des modèles et des théories classiques du mouvement ouvrier à la fin des années 1950 sont encore en vigueur aujourd’hui. De ceci, l’auteur déduit que, d’un certain point de vue, nous évoluons toujours à l’heure actuelle dans la séquence historique ouverte alors. Par ailleurs, les nouvelles théories critiques doivent être pensées en rapport avec le cycle politique des années 1960, car elles sont le produit de la défaite des mouvements de l’époque. On ne comprend rien à la situation politique et théorique actuelle si on ne voit pas qu’elle regorge de ce pessimisme dont seules témoignent les périodes marquées par la défaite.

Une deuxième hypothèse est que rares sont les théoriciens critiques actuels en prise avec des processus politiques réels. Dans la plupart des cas, les penseurs dont il est question dans cet ouvrage n’ont pas ou peu de rapports avec des organisations politiques, syndicales ou associatives. Ceci vaut d’ailleurs aussi bien pour les plus radicaux d’entre eux que pour les modérés. Il s’agit en somme d’un problème structurel. Les nouvelles théories critiques ont accentué une tendance inaugurée au milieu des années 1920 par le marxisme occidental, décrite par Perry Anderson, conduisant à la dissociation de la théorie et de la pratique.

Une troisième hypothèse avancée est l’internationalisation des pensées critiques. De plus en plus, celles-ci proviendront à l’avenir de régions situées dans les périphéries du système-monde, comme l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique. L’Europe et le monde occidental ont perdu le (quasi-) monopole dont ils disposaient jusqu’ici sur la production des théories critiques. Ceci n’empêche pas le caractère central des États-Unis et de leurs universités dans la « république mondiale des théories critiques ». Les universités états-uniennes constituent pour les théoriciens critiques actuels un lieu de consécration comparable à celui que fut Paris pour les écrivains de la première moitié du XXe siècle.

La quatrième hypothèse est que l’innovation au sein des théories critiques actuelles est pour l’essentiel le produit de deux mécanismes. Le premier est l’hybridation, qui voit d’anciennes références du corpus critique être combinées de manière inédite, ou être associées à de nouveaux auteurs ou courants qui n’étaient pas présents dans ce corpus précédemment. En outre, l’innovation résulte de l’introduction de nouveaux objets d’analyse, comme les médias ou l’écologie. Ceci implique un renouvellement de l’appareillage conceptuel sur lequel s’appuient les pensées critiques concernées.

Enfin précisons pour finir que la présentation de tous les auteurs et de leurs pensées , des hypothèses formulées par Razmig Keucheyan s’avère toujours claire et éminemment lisible.

titre documents joints

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0