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Richard D. Wolff : Présence de la pensée marxiste aux Etats-Unis

jeudi 13 avril 2006, par Guy Carassus

Compte-rendu de la rencontre avec l’universitaire américain et directeur de la revue "Rethinking Marxism", le 22 mars 2006.

Vue depuis l’université du Massachusetts, la situation paradoxale du marxisme aux Etats-Unis - au regard de l’expérience qui est la nôtre - trouve quelques éléments d’explication. On les doit à l’analyse de Richard D. Wolff, professeur d’économie dans cette même faculté et directeur de la revue « Rethinking Marxism » [1], qui organise tous les trois ans la plus importante conférence sur la pensée de Marx aux Etats-Unis.

Le constat s’énonce ainsi : « La présence du marxisme est extrêmement faible au sein des forces politiques de gauche et des organisations syndicales comme chez les jeunes. Mais elle est très marquée dans les universités et les milieux intellectuels. » Deux facteurs structurants peuvent fournir quelques explications. Historique. Le capitaliste américain a imposé sa domination par la violence et la répression. Les luttes de la classe ouvrière en firent la dure expérience et l’opposition d’obédience communiste ne put jamais s’y déployer. Ce n’est qu’avec le mouvement anti-impérialiste contre la guerre au Vietnam qu’un marxisme ouvert aux interprétations d’un Lukacs, Gramsci, Adorno, Marcuse et d’autres, réussit à s’implanter dans les universités. Idéologique et politique. Le capitalisme américain a su efficacement contrer une pensée marxiste, limitée à la critique sociale, en faisant de la consommation de masse le critère de la réussite sociale et la mesure du bien-être. Si les couches les plus pauvres purent trouver quelques intérêts à cette pensée sociale, les couches moyennes n’y prêtèrent guère attention.

Aujourd’hui dans les universités américaines, la pensée critique issue de Marx se retrouve dans quatre groupes fort différents. Associée à celles de penseurs comme Foucault et Derrida, elle devient un instrument privilégié d’investigation des questions culturelles. Le courant du marxisme analytique la revisite à l’aune des concepts et des méthodologies utilisées dans les sciences humaines actuelles, au détriment de certaines notions clés. D’autres l’utilisent plus classiquement à partir de son noyau dur pour critiquer le néolibéralisme. Quant à l’invité de ces rencontres philosophiques, il est de ceux qui prônent un retour sur l’œuvre majeure de Marx Le Capital - en appui sur une lecture qui se revendique d’Althusser - pour mettre en avant le rôle de la production et de la distribution de la survaleur dans toute la société. La centralité de cette notion leur permet d’investir des champs comme l’économie familiale et les rapports sociaux de domination qui s’y déploient, ou encore de concevoir que le communisme se met à exister concrètement avec l’appropriation de la survaleur par ceux qui la produisent. Quelques exemples pris dans l’actualité des résistances sociales dans ce pays ont montré que la pensée issue de Marx a de l’avenir même au cœur de l’empire.

Guy Carassus

Notes

[1(sur le web : www.rethinkingmarxism.org/)

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