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Démondialiser

Patrice Cohen-Seat, Marc Delepouve, Élisabeth Gauthier, Janette Habel, Jean-Marie Harribey, Étienne Lebeau, Gus Massiah, Jacques Rigaudiat, Bernard Salamand et Christophe Ventura, Louis Weber

mardi 18 septembre 2012

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Le débat sur la démondialisation a occupé les médias au printemps 2011. Mené depuis quelques mois à travers livres et articles spécialisés par des économistes de diverses orientations, il a été lancé dans l’espace public par Arnaud Montebourg à l’occasion de la primaire organisée par le Parti socialiste pour désigner son candidat à l’élection présidentielle de 2012. Un an après, on peut avoir l’impression qu’il n’aura duré qu’un été et que ses initiateurs de la sphère politique sont rentrés dans le rang. Il est vrai qu’il n’a pratiquement pas été évoqué au cours des campagnes électorales présidentielle et législative de 2012, en tout cas pas directement.
Tout juste a-t-il été rappelé au moment de la constitution du premier gouvernement Ayrault en mai 2012 que Arnaud Montebourg, devenu ministre du Redressement productif, avait mené entres autres croisades celle de la démondialisation et défendu une forme de « protectionnisme » européen.

Ce serait pourtant une erreur de croire qu’il n’est rien resté de ce débat et, bien entendu, des questions fondamentales qui étaient posées. Pour s’en convaincre, il faut se souvenir du contexte dans lequel la référence à la démondialisation est apparue, en France tout au moins. Elle a parfois été perçue comme une transgression, insupportable pour certains. Pour toute une partie de la gauche en effet, il existait un non-dit, et même un tabou : la mondialisation néolibérale était certes fortement critiquée, c’était même le fondement du mouvement altermondialiste. Mais l’idée qu’il convenait peut-être de revenir en arrière sur certains points était soupçonnée immédiatement de relents nationalistes, du risque tout au moins de faire le lit du Front national et de ses idées. La même chose ou à peu près existait pour la construction européenne. La vigueur des campagnes contre les traités de Maastricht ou de Lisbonne n’invalidait pas totalement dans l’esprit d’une partie de la gauche le fait qu’il s’agissait aussi d’un héritage de François Mitterrand et de Jacques Delors, figures tutélaires de la gauche sociale-démocrate. Ce que confirme le fait qu’il ait pu y avoir une large majorité de gouvernements sociaux-démocrates au tournant du xxie siècle sans que change fondamentalement l’orientation de la construction européenne. Cette période fut même marquée par l’apogée d’une certaine pensée productiviste et libre-échangiste avec la stratégie de Lisbonne adoptée en 2000 et destinée à faire de l’Union européenne « l’économie la plus compétitive au monde ». C’était aussi la période où l’Union européenne se montrait particulièrement agressive à l’OMC pour inciter les pays en développement à ouvrir largement leurs marchés intérieurs. Et ceci sous la houlette de Pascal Lamy, membre de toujours du Parti socialiste et qui fut successivement et pendant dix ans directeur de cabinet de Jacques Delors à la Commission européenne, commissaire européen au commerce avant d’être élu directeur général de l’OMC avec l’appui du gouvernement français alors dirigé par Jean-Pierre Raffarin.

Dans cet environnement, il n’est donc pas sans intérêt de relever le fait que l’idée de résistance aux injonctions européennes ou à celles de l’OMC, voire celle de désobéissance, est aujourd’hui reprise bien au-delà des cercles se situant à la gauche du Parti socialiste et historiquement plus enclins à critiquer l’hégémonie néolibérale dans le processus de mondialisation ou la construction européenne. Le propos n’est évidemment pas de dire ici qu’il s’agit d’une conséquence de l’intensité nouvelle du débat sur la mondialisation ! La crise est passée par là, avec le formidable effet de révélation sur les impasses des politiques actuelles qu’elle a eu. C’est vrai dans le domaine économique mais plus largement pour les conquêtes sociales, pour l’écologie, pour la démocratie, et même pour l’éthique des gouvernements et de leurs affidés.

Surmonter les tabous anciens et revenir à une vision moins idéologique des évolutions du monde a donc pu apparaître comme un révélateur parmi d’autres de la crise du politique (et des politiques). Pour tenter de retracer la courte histoire de ce débat sur la mondialisation, sur ses déterminants profonds et sur les enjeux sous-jacents, Espaces Marx a donc réuni en mars 2012 des chercheurs et des militants de diverses origines pour faire avec elles et eux le point sur les convergences et les éventuelles divergences dans leur appréciation de la situation. Ce sont les contributions à ce débat qui constituent la trame de ce livre, avec un rappel des principaux moments du débat public.

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