Accueil > Thématiques > Sciences > Science et démocratie

Une nouvele direction de recherche pour le groupe de travail "science et démocratie"

lundi 22 octobre 2012, par Annick Jacq

Le groupe "Sciences et démocratie" d’Espaces Marx, partant du constat de l’arraisonnement de la science par le capitalisme financiarisé et mondialisé, qui s’exprime à travers le concept d’économie de la connaissance (agenda de Lisbonne), et de la montée en puissance des revendications citoyennes de maîtrise social des conséquences des développements technologiques, travaille depuis plusieurs années sur la question de la démocratisation des choix scientifiques et techniques.

Par rapport à d’autres initiatives de réflexions et de militance dans ce domaine, notre groupe présente plusieurs spécificités :

La volonté de ne pas s’intéresser uniquement à la question des choix technologiques.

Nous avons repéré que les choix qui vont orienter les choix technologiques sont opérés bien en amont et structurent les choix de priorités scientifiques au niveau même des politiques de recherche fondamentale. C’est donc bien dès le niveau des choix de politique de recherche qu’il faut poser la question de la démocratie.

Une conception de la démocratie qui n’est pas uniquement "dialogique" ou "participative", même si ces dimensions peuvent être prises en compte dans la réflexion sur les formes de démocratie, mais qui prennent en compte les rapports de domination au sein de la société, tout particulièrement les rapports de classes structurés par les rapports de domination économique. C’est dans le cadre d’une contestation de ces rapports que nous analysons les relations ’sciences/société’ et revendiquons l’extension nécessaire de la démocratie.

Une posture qui questionne la science et la technique comme elles se pratiquent dans l’économie capitaliste néolibérale, sans être antisciences et/ou anti-techniques.

Nous souhaitons ouvrir des pistes pour mettre la connaissance scientifique et le développement technique au service des besoins humains. Ces pistes appellent de nouvelles formes d’intervention citoyenne.

Une posture qui conteste que la démocratie scientifique soit uniquement une question interne à la communauté scientifique, tout en prenant en compte les spécificités de la connaissance scientifique qui fondent un certain nombre de valeurs épistémiques. Nous ne nous accommodons pas d’une vision relativiste des contenus des savoirs scientifiques, conçus comme pures constructions sociales avec le risque d’ignorer les contraintes propres à cette activité : dimension créative, solidité épistémique des savoirs, charge de la preuve, compétences spécifiques des acteurs...Ceci implique de réexaminer à nouveau frais la question de l’autonomie nécessaire du champ scientifique et de ses rapports avec l’intervention citoyenne. Pour autant, nous ne nous interdisons pas de puiser dans des travaux contemporains d’histoire et de sociologie des sciences et de philosophie politique, ne se réclamant pas du marxisme, des ressources théoriques fécondes et utiles.

Depuis le début de notre groupe, nous avons, dans un premier temps travaillé dans le cadre de la lutte contre l’absolu manque de démocratie du projet d’OIN de Saclay. Ce travail a débouché sur une brochure (www.espaces-marx.net/IMG/pdf/OIN_Plateau_Saclay__2_.pdf) qui conclue sur un constat des difficultés d’appropriation des enjeux scientifiques et techniques par les citoyens et proposent quelques pistes d’analyse des causes de ces difficultés.

L’année 2011-2012 a été l’occasion d’un séminaire en collaboration avec le ’Fonds pour la Culture Démocratique’ et le Centre d’Étude et de Recherche de Sciences Administratives et Politique (CNRS) sur le thème : "Faire de la Science autrement pour changer la science, quelle latitude". Au cours ce séminaire, nous avons rencontré plusieurs fois le problème des institutions scientifiques, et de leur rapport aux institutions politiques et la dernière séance a été consacrée en partie à ce problème.

Pour poursuivre notre travail sur la base des spécificités rappelées plus haut, et de ces constats, nous proposons pour l’année à venir le programme de travail suivant :

1) Dans un premier temps il s’agira de faire un repérage.

L’idée de démocratie implique des choix à faire, choix qui peuvent être faits de manière plus ou moins démocratique. Nous examinerons quels types de choix sont faits à l’heure actuelle en matière d’orientation des recherches scientifiques, qu’il s’agisse de choix publics ou privés (on n’ignorera pas, par exemple, le rôle des grandes entreprises qui contribuent à l’effort de recherche, ou celui d’initiatives privées, fondations, associations caritatives, ou autres, ...). Nous nous demanderons comment ces choix sont faits, par qui et à quels niveaux (régionaux, nationaux, européens,...) ? A quelles motivations ces choix renvoient-ils ?

2) Dans un deuxième temps, ou parallèlement, nous tâcherons d’imaginer d’autres scénarios possibles.

A partir de cet état des lieux, nous élaborerons d’autres scénarios de choix possibles de manière concrète. En particulier, nous nous confronterons aux questions suivantes :

Quels types de choix doivent être soumis à la délibération démocratique ? A quels niveaux ces choix doivent-ils être faits ? Quels types d’acteurs doivent-être impliqués, selon ces différents niveaux ? Les scientifiques, et même plus largement les travailleurs scientifiques ; d’autres parties prenantes, et de quel type ; la représentation politique ; les structures d’état et de gouvernement ; des acteurs privés, qu’ils soient associatifs, ou fondations ; la société civile, les citoyens, tout en réinterrogeant ce concept-valise, flou, de citoyen...? Quelles formes institutionnelles peut-on imaginer pour permettre ces nouveaux types d’intervention ? De quels nouveaux rôles sociaux pour la connaissance scientifique, des choix faits par d’autres types d’acteurs seraient-ils porteurs ? Comment garantir la dynamique spécifique de production de connaissances scientifiques tout en faisant un bien commun ? Comment donner la parole à des catégories d’acteurs traditionnellement muets et sans pouvoir ? Quelles transformations sociales la mise en place de tels scénarios appellerait-elle ? Cette liste n’est pas limitative...

3) Un travail plus théorique pourra être mené, non pas à priori, mais sur la base d’obstacles rencontrés au cours de notre réflexion.
Ce travail pourra faire appel aux ressources théoriques diverses accumulées par tel ou tel membre du groupe, qui le fera partager aux autres membres afin que tous profitent de ces acquis, et pour nous permettre d’avancer ensemble autours de questionnements concrets. Cette approche, partant d’objectifs délimités et concrets partagés par tous, est préférée à une réflexion préalable, où la diversité souhaitable des membres du groupe risquerait de se traduire par une dispersion, et où des discussions interminables pour arriver à se mettre d’accord, signifieraient in fine l’impossibilité d’avancer.

Une première réunion, le 20 Octobre a acté et lancé cette nouvelle orientation du travail du groupe science et démocratie. (contact Annick Jacq)

Espaces Marx, 6 av Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19 | T: +33 (0)1 42 17 45 10 | F: +33 (0)1 45 35 92 04 | Mentions légales | Rédaction | Plan du site | Contact Suivre la vie du site RSS 2.0