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Un antiréformisme ?

samedi 22 avril 2006, par Raymond Huard

Une série de textes publiée dans le quotidien L’Humanité le 25 mars 2006 durant le 33e Congrès du PCF au Bourget et portant sur l’analyse du communisme en lien aux débats du temps présent, nous a paru relever directement des problématiques que nous souhaitons soulever dans le chantier "Alternatives, émancipations, communisme"... Voici celui de Raymond Huard.

Le communisme, dès lors qu’il ne se limite plus au rêve d’une société idéale, mais vise à se réaliser concrètement, est fondé, comme l’écrivent Marx et Engels dans le Manifeste, en 1848, sur le projet d’ « une rupture radicale avec les rapports traditionnels de propriété ». Mais comment réaliser cet objectif ? Dès l’origine, dans le mouvement communiste, les avis ont été partagés. Faut-il faire une révolution politique ou seulement créer de petites communautés communistes qui auront valeur d’exemple ? Toujours dans le Manifeste, Marx et Engels définissent de façon nuancée la tâche des communistes, encore peu nombreux à l’époque : « Ils combattent pour les intérêts immédiats de la classe ouvrière ; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l’avenir du mouvement. » L’essentiel est dit : s’ils ne se désintéressent pas des réformes partielles, les communistes doivent en même temps tracer la perspective d’une transformation décisive de la société. C’est ce qui les différencie d’autres réformateurs sociaux qui veulent simplement « assurer la continuité de la société bourgeoise ». C’est après 1880, quand la République est consolidée, que le terme « réformisme » se répand. Les républicains et les radicaux s’efforcent de persuader les ouvriers que le régime républicain peut leur permettre, à lui seul, d’améliorer leur condition. Pas besoin dès lors de révolution. Les socialistes s’affrontent sur cette question pendant toute la fin du siècle. Peut-on, comme l’imagine Jaurès, passer au socialisme par un processus continu de réformes - révolutionnant le régime de propriété ? Lors de l’unité socialiste en 1905, le choix révolutionnaire est fermement réaffirmé, mais les réformes ne sont pas condamnées. La révolution russe d’octobre 1917, en relançant de façon décisive en France l’option révolutionnaire, renforce aussi la critique contre les réformistes qui se fait plus intransigeante. Mais en 1936, les communistes, affinant leur stratégie, impulsent dans le cadre du Front populaire, la mise en oeuvre d’importantes réformes, sans renoncer à leur projet révolutionnaire. Ce sera aussi le cas dans d’autres contextes politiques en 1945-1946 et en 1968.

Par Raymond Huard, historien.

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