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« Une civilisation de liberté et de créativité »

samedi 22 avril 2006, par Paul Boccara

Une série de textes publiée dans le quotidien L’Humanité le 25 mars 2006 durant le 33e Congrès du PCF au Bourget et portant sur l’analyse du communisme en lien aux débats du temps présent, nous a paru relever directement des problématiques que nous souhaitons soulever dans le chantier "Alternatives, émancipations, communisme"... Voici celui de Paul Boccara.

Si toutes les civilisations du passé ont fini par disparaître, notre civilisation du capitalisme et du libéralisme semble bien désormais en crise radicale. On assiste, à la fois, à la mondialisation et à l’exacerbation de ses « modernisations » et de ses maux, comme à des nouveautés radicales et des potentiels de transformations systémiques. Tandis que l’hégémonie des États-Unis sur le monde entier se relie à la domination de l’ultralibéralisme, s’affirme au contraire l’aspiration à une autre civilisation de toute l’humanité, allant bien plus loin que toutes les libertés acquises, tout en s’émancipant des monopolisations et des dominations, des rejets sociaux actuels.

Ainsi, la problématique marxiste de dépassement révolutionnaire du capitalisme pour un projet de société radicalement autre mais partant des réalités et des luttes existantes peut se poser pratiquement. Dépasser, c’est arriver à supprimer de façon réussie, par une progression radicale, une réalité sociale existante, car on ne nie pas mais on conserve le problème auquel elle donnait un type de réponse et on garde la force relative de cette réponse, mais en donnant une autre solution, avec un progrès fondamental et un renversement de principe.

C’est ce dépassement que nous voulons traiter avec le projet de sécurité d’emploi ou de formation, pour dépasser le chômage. Le chômage n’est pas seulement un mal terrible, économique, social, moral, c’est aussi une force considérable du système capitaliste. La suppression d’emploi peut pousser fortement, à travers ses souffrances, au changement d’activité, contribuant à favoriser le progrès technique. Or on pourrait désormais conserver la force de la suppression d’emploi, mais sans son obsession capitaliste et sans tous les maux du chômage, avec le reversement de la précarité en sécurité. Il s’agit du passage, pour chacun(e), de l’emploi à la mise en formation, choisie et avec un bon revenu, pour revenir par la suite à un meilleur emploi, en favorisant encore bien davantage le progrès technique.

La révolution informationnelle en constitue une condition essentielle, à travers les ambivalences de sa portée actuelle. En allant au-delà de la révolution industrielle du remplacement de la main par la machine-outil, grâce au remplacement de certaines fonctions du cerveau par les ordinateurs, la révolution informationnelle entraîne la prédominance des informations. Or une information, comme les résultats d’une recherche, à la différence d’une machine-outil qui se situe ici ou là - d’où son appropriation privative -, peut être partagée indéfiniment jusqu’à l’échelle du monde. D’où, pour se partager notamment les coûts de recherche, l’expansion extraordinaire des monopoles multinationaux et les constructions pluriétatiques. Mais aussi montent des exigences de partages non antagonistes, contre tous les rejets sociaux, monopoles et dominations exacerbés par ce type de mondialisation sur tous les salariés, les femmes, les jeunes, les peuples, les cultures.

D’autres révolutions vont dans le sens de partages pour toute l’humanité : les révolutions écologique (des pollutions et des nouveaux espaces), monétaire (d’émancipation de l’or), démographique (de réduction de la natalité et de la longévité), parentale (des parentés recomposées, etc.).

Une autre civilisation ne concerne pas seulement l’économie et le capitalisme, avec le dépassement des marchés du travail, de la monnaie, des productions, du marché mondial, et l’appropriation sociale. Il s’agit tout autant des dimensions non économiques de la société, de l’anthroponomie : de l’émancipation des femmes et des jeunes à des coopérations usagers-personnels dans les services publics et à une démocratie participative du local au mondial. Cela rejoindrait l’espérance du Manifeste du parti communiste de 1848 : « le libre développement de chacun » devient « la condition du libre développement de tous ». L’expression « communisme », pour cette civilisation, a l’avantage d’insister sur la radicalité de la suppression des monopolisations de certains groupes d’individus à l’exclusion des autres membres de la société. Elle a l’inconvénient du discrédit de l’expérience extrêmement violente et liberticide malgré ses apports de l’Union soviétique à laquelle on la rattache à tort. Mais des expressions récentes comme « biens publics mondiaux » ou « biens communs de l’humanité » reviennent vers la mise en commun. Nous parlons aussi de « partage », en mettant l’accent sur des transformations révolutionnaires, pacifiques et démocratiques, pour le dépassement des libertés individuelles, si aliénées soient-elles, et du système actuel, avec des partages des moyens, pouvoirs, informations et rôles jusqu’à chacun(e), favorisant la créativité de tous dans toute l’humanité. Peut-être devrait-on qualifier ce communisme que nous voulons pour notre époque de « communisme de liberté pour chacun ».

Par Paul Boccara, économiste.

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