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Jeunes et rapports au politique

Dernier ajout : 12 mars 2012.

Les rapports de la jeune génération à la politique apparaissent, aussi bien pour les analystes que pour les acteurs sociaux, comme des rapports brouillés et distanciés. Tantôt on évoque le déclin des identifications partisanes, tantôt la défiance des jeunes à l’égard de la représentation politique. Mais on a du mal à identifier avec précision et à éclairer ce rapport spécifique qui prend des allures d’une boite noire. Comment les jeunes pensent-ils les questions de société, les affaires publiques, leur propre avenir ? Comment réagissent-ils face à la crise systémique et à l’effondrement du Principe espérance qui hante notre ère réputée « post-moderne » ? Quelle est leur perception de la « bonne conduite » à suivre pour s’accomplir comme individualités dans la vie, même si leur feuille de route biographique reste toujours imprécise ?

La crise financière et économique actuelle oblige à revisiter les positionnements et les représentations des jeunes sur la politique. Elle bouleverse les équilibres sociaux, la morphologie sociale, les conditions de vie de la nouvelle génération. C’est une période paradoxale, confuse, contradictoire. Les rapports sociaux d’échange et de communication apparaissent plus que jamais comme des rapports de dissociation et de mise en concurrence généralisée.
Face à l’ampleur des dégâts et à la perte de la hiérarchie des valeurs, une grande partie de la jeunesse résiste à la tentative d’être réduite au statut d’une variable d’ajustement du marché de l’emploi. Comme le montre l’irruption de différents collectifs revendicatifs dans l’espace public, et plus récemment, l’émergence du mouvement des Indignés, notamment en Espagne et en Grèce, beaucoup de jeunes retrouvent l’envie d’actionner des leviers pour combattre la montée des précarisations, pour s’opposer à la dictature du résultat économique sur les besoins humains. Ils souhaitent déplacer les lignes de démarcation entre le possible et le souhaitable en faveur de ceux et de celles qui produisent des richesses.

Mais cette posture exprime un désir de changement encore imprécis plutôt qu’une conception cohérente et alternative aux tendances dominantes du présent. S’agit-il des signes annonciateurs d’une nouvelle période de contestation sociale ? Le revers de la médaille est le risque d’exacerber les attitudes de repli sur soi, individuelles, corporatistes, nationales, en faisant jouer la sécurisation identitaire contre l’ouverture et la solidarité.
Entre apprentissage collectif et quête de réalisation individuelle, la jeune génération accède à la « société de la connaissance » et aspire à la reconnaissance sociale. C’est ici que le rapport des jeunes à la politique devient effectif. En fait, quelles sont leurs préoccupations, leurs critiques, leurs projections dans l’avenir ? Quelles sont les « chances » et les conditions de leur participation politique pour défendre la dignité humaine, la démocratie, le bien commun ? Quels axes de recomposition du politique envisager pour qu’il se fasse en tenant effectivement compte des nouvelles formes de politisation qui traversent la nouvelle génération ? Quel rôle politique peuvent valablement jouer les formations progressistes qui s’inscrivent dans cette direction ?

Autant de questions fondamentales sur lesquelles il est nécessaire d’apporter quelques éléments de réponse critiques. L’enquête empirique comparative en cours, initiée par Espaces Marx en partenariat avec la Fondation Gabriel Péri et le réseau Transform, est menée par le philosophe et politologue Michel Vakaloulis (Université Paris VIII), spécialiste de l’action collective. Elle vise à interroger le rapport de la jeune génération à l’action politique et à l’engagement public dans la diversité de leurs configurations actuelles. Son objectif est de contribuer à informer sociologiquement le travail réflexif des forces progressistes sur ce segment très « disputé » de la citoyenneté.
Le dispositif empirique de l’enquête est composé de nombreux entretiens sociologiques approfondis (individuels et collectifs) avec des jeunes menés dans plusieurs pays européens. À cela s’ajoute une série d’entretiens de préenquête avec des dirigeants politiques de la gauche européenne, des spécialistes de l’opinion et des chercheurs. Un rapport de synthèse sera rédigé et publié à la fin de l’enquête.

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