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Le militantisme aujourd’hui : quelle nouvelle donne ?

jeudi 16 septembre 2010

Ce texte de Gérard Mauger, Directeur de recherche émérite au CNRS, a servi de trame àl’introduction d’un débat sur la question du militantisme, organisé par Espaces Marx àla fête de l’Humanité. Ont participé àce débat animé pour Espaces Marx par Louis Weber : Maryse Dumas (conseillère confédérale àla CGT), Jacques Chabalier (responsable du secteur Vie du parti au PCF) et Patrice Cohen-Seat (président d’Espaces Marx)

- Constat d’allure triviale : les militants d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.

Mais ce « constat  » n’est pas àl’abri des illusions d’optique (médiatique, politique et sociologique) : cf. perte de visibilité du mouvement ouvrier (de la classe ouvrière et des classes populaires).

- Question issues d’une entreprise collective qui s’efforce de cerner les multiples changements qui affectent les « acteurs de la transformation sociale  » (« les militants  ») : elles conduisent às’interroger sur ce que l’état du militantisme aujourd’hui doit àl’état de la « demande d’engagement  », àl’état de « l’offre d’engagement  », àla réception et l’appropriation de cette offre d’engagement

1°) Quelles aires sociales de recrutement et de mobilisation ?

D’où émane la demande d’engagement ?

De « la classe ouvrière  » àla « petite bourgeoisie nouvelle  » (enseignement et fonction publique : la syndicalisation, par exemple, croît avec le capital scolaire) : le secteur public succède-t-il àla classe ouvrière àl’avant-garde de la conflictualité sociale ?

Places relatives des femmes/hommes, des jeunes/vieux (retraités), des immigrés/français, du public/privé dans la nouvelle configuration salariale et dans le recrutement militant (associatif, syndical, partisan) ?

De façon générale, comment identifier ces « acteurs  » - présumés - « de la transformation sociale  » (au-delàde la controverse rituelle sur « les ouvriers, les techniciens et les ingénieurs  ») ? Où passe aujourd’hui la frontière entre « eux  » et « nous  » ? (NB : Il y a aussi des militants de droite...)

En quoi, par ailleurs, l’offre d’engagement gouverne-t-elle la demande ? En dépit de la « casse industrielle  », de la reconfiguration de la condition salariale (sous-traitance, extension des services par rapport àla production, etc.), les grandes entreprises et les secteurs àstatut restent les zones d’implantation syndicale privilégiées (CGT) et - pour partie du fait d’une sorte de phénomène d’hysteresis des institutions (qui tendent àpersévérer dans leur être), de « routine  » ou de « bureaucratisation  » - des secteurs entiers, comme le commerce, échappent àtoute implantation syndicale : outre l’érosion, très inégale distribution des effectifs syndicaux

2°) Quelles modalités de l’engagement militant ?

« Engagement total  » (supposés caractéristiques du militantisme PC-CGT)/Engagement « Ã la carte  » et « militantisme distancié  » de « militants intermittents  » ? « Remise de soi  »/Autonomie revendiquée par rapport aux directions (cf. capital scolaire en hausse).

« Nouvelles générations  » de militants ? « Rupture générationnelle  » pose le problème des changements dans le « mode de génération  » de ces nouvelles générations de militants :

- ressorts du militantisme : (défense des) intérêts matériels et symboliques (« dignité  »), expérience de la condition salariale (et de la grève), conscience de classe, habitus de classe, héritages (militants, religieux)

- Â« carrières militantes  » (« effet d’âge  » et « disponibilité  ») : interruptions, bifurcations, désengagements (cf. turn over)

- Â« capital militant  » : expérience militante, « formation  » (par le PCF/apprentissage « sur le tas  »), transmission de l’expérience militante, capital scolaire détenu /autodidactes (professionnalisation du militantisme), « rétributions du militantisme  » (capital symbolique associé au militantisme dans les classes populaires, la pbn, le monde étudiant, le champ intellectuel)
3°) Quels champs d’investissement militant ?

On peut en distinguer trois :

a) Mouvements sociaux (engagement « associatif  » ou « citoyen  », « société civile  »)

b) Mouvement syndical

c) Champ politique (partis politiques, organisations politiques non partisanes : LDH ou ATTAC)

Discrédit du politique au profit de l’attractivité prêtée aux « NMS  » ?

Dévaluation du militantisme partisan / engagement associatif ou syndical ?

Le discrédit du politique renvoie, en particulier,

- Ã l’effondrement du PCF (àla dévaluation du « marxisme  » et de la prophétie communiste),

- au discrédit de « la gauche de gouvernement  ».

- Ã la persistance de l’humeur « anti-étatique  » (sinon « anti-politique  ») post soixante-huitarde (« libertaire  ») (cf. « l’État jacobin  » contre les régions, « l’État colonial  » ou « post-colonial  » contre le Tiers-Monde, « l’État policier  » contre les libertés, etc.),

- Ã la persistance de l’humeur « anti-institutionnelle  » post soixante-huitarde (qui trouve un écho dans le lexique associé àl’hégémonie libérale : individu, autonomie, responsabilité, projet, etc.) : « démocratie participative  », « délibération collective  » (AG), décentralisation/« centralisme démocratique  », « coordinations  » et/ou « réseaux  »/institutions, etc.

Quels rapports entre « mouvements sociaux  », mouvement syndical et champ politique ?

4°) Quelles « causes  » ?

Au déclin (discrédit) du mouvement ouvrier (jugé « dépassé  », « révolu  ») et de la lutte des classes correspond, au début des années 1970 :

- l’essor des luttes perpendiculaires aux clivages de classes, la construction de « nouveaux  » clivages « identitaires  » où Alain Touraine voyait « un nouvel âge de la contestation  » : de « genre  » (cf. « féminisme  »), d’orientations sexuelles (cf. mouvement « LGTB  »), « ethniques  » (« raciaux  » ou « post-coloniaux  ») et/ou « religieux  » (cf. « communautarismes  »), « géographiques  » (cf. régionalismes), etc.

- l’essor de l’écologie

- les « luttes pour les droits  » (de l’homme).

À ces « nouveaux fronts  » (ouverts maintenant depuis plus de quarante ans... ou plus) correspondent, selon Alain Touraine, des « luttes post matérialistes  », « qualitatives  », opposées aux revendications dites « matérialistes  », « quantitatives  » (salaires, temps de travail).

Puis, avec le revival de « la question sociale  » l’essor des luttes des « sans  » dans la périphérie du mouvement ouvrier : « sans emploi  » (mouvements de chômeurs et précaires), « sans logement  » (DAL), « sans papiers  ». Pose la question du « peuple de prédilection  » des intellectuels : « précaires  » et « sans  » (cf. engagements « humanitaires  », « compassionnels  »), « minorités visibles  » (cf. « tiers-mondisme  » contemporain).

Place des luttes des classes populaires ? des revendications quantitatives ? des luttes pour l’égalité ?

5°) Quels « répertoires de l’action collective  » ?

Répertoire d’action stable (registre dit « ancien  » ou « traditionnel  » d’action collective associé aux conflits du travail : grève, manifestation)/« Nouvelles formes de lutte  », « formes inédites de protestation  » :

- cf. Internet / redécouverte du « militantisme de proximité  » ;

- cf. emprise croissante du champ médiatique sur le champ politique, sur le champ syndical, sur les mouvements sociaux : essor des actions « pour médias  » (flash mob de Génération précaire, de Jeudi Noir, des Enfants de Don Quichotte, plus ou moins démarquées d’Act Up)

Au sein des conflits du travail :

- Concertation, négociation / conflit, luttes = luttes pour le monopole de la définition et de la représentation du syndicalisme « contestataire  »/« responsable  »

- JINT (Journées Individuelles Non Travaillées) en baisse avec pour corollaire la « grève par procuration  » ou les « conflits dos au mur  »/enquête REPONSE et grèves de moins de deux jours, débrayages, refus d’heures supplémentaires, pétitions, manifestations, etc. en hausse

- Enjeux interprofessionnels/Enjeux locaux (revendications spécifiques)

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De g. àdr. : P. Cohen-Seat, J. Chabalier, G. Mauger, M. Dumas, L. Weber
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